‹ Lettres et opuscules inédits (volume 2)Chapitre 53 sur 100 · SUR LA BÉPUTATION DES LIVRES · texte numérisé non relu

SUR LA BÉPUTATION DES LIVRES

plus dairemenl rinfluence des circonstances sur la réputation des auteurs. On comprend bien les sommeils passa* g€C8 du bon Homère; mais que le pi\emier des poètes iragi|ues présente habituellement la réunion de tous lés défauts inagisables, c'est ce qui se conçoit fort peu. Ce qu'il y a d'étrange» c'est que les Anglais , qui sont de grands hellénistes, admettant assez volontiers la supériorité des tragiques grecs sur Shakspeare; mais s'il s'agit de Racine^ qui n'estâufond qm'un Grec parlant français (Ij, la règle du beau change tout à coup; et Racine, qui est au moins ^galaux Grecs, demeurera cependant torl au-*dessous de Shakspeare, qui leur est inférieur. Ce théorème de trigonométrie ne choque point les esprits les plus justes de r£urope.

Que fii vous êtes un peu scandalisée de voir, dans une pièce de Shakspeare, un consul romain jouer un rôle de bouffon, et dans une autre un roi jouant celui d'un ivrogne, rhypcrcriitiqueiolmson ne sera point embarrassé : Croyez- Vûus^ vous dita-t-iltf qu'il n'y eût pas toutes sortes de ca~

(i) 11 me semble rnSme que le défaut général da théâtre français est d'être grec. La Harpe a dit, avec «a Justesse ordinaire, en parlant de la eamédie latine : // n'y o point, à proprement parler, de comédie latine,, puisque les Latins ne firent que traduire ou imittr les pièces grecques ; que jamais iis ne mirent eur te théâtre un seul personnage romain, et que, éamt iouàes leurs pièces^ c'est toujours une ville grecque qui est le lieu de la scène. Qu'est-ce que des comédies latines, où rien n'est latin que le latiyaye? Ce ifest pas ta, sans doute, un spectacle national. (Lycée, t. Il, êtisi. II.) &9uveiil j'ai été tenté de parodier ce HMroeau, et de dire : // n'y a point, à proprement parler, de tragédie française, puisque les Français n'ont fait que traduire ou imiter les pièces grecques; que jamais ils ne mirent sur le théâtre un seul personnage français, et que, dans toutes leurs pièces, c'est toujours une ville étrangère qui est le lieu de la scène. Qu'estce qttune tragédie française, où rien n'est français que le langage? Ce n'e$t pas là, sans doate, un spectacle national. Racine et Conteiile ont été queW|uefoi8 Latini*, mais la même objection subsiste toujours. Voltaire seul essaya dette Français dans la tragédie, et il est asi*ei rcmart]oati1e qae la tirade de Lnsignan, qui est française, est, «ans contredit, ce qo^ a prodnit de plus éloquent.

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