‹ Lettres et opuscules inédits (volume 2)Chapitre 7 sur 100 · t A M. l'abbé VvariM · texte numérisé non relu

t A M. l'abbé VvariM

Tarin, 25 mari 1820.

Monsieur l'abbé ^

Je vous dois depuis un siècle deux lettres et mille remercîments. Je ne puis vous rendre le plaisir que vous m'avez fait en réunissant sur ma table doux lettres d'un grand vicaire qui trouve l'écrit passablement misérable^ et celle d'un écrivain protestant qui le porte aux nues et en espère beaucoup pour la grande cause. Voilà de ces disparates véritablement humains. Ici l'ouvrage a une action sourde, mais très-marquée. Quelqu'un disait l'autre jour à quelqu'un : « Quand on a lu V Indifférence et le a Pape, on est vaincu, il n'y a pas moyen de reculer.» J'ai beaucoup de témoignages de ce genre ; mais nul ne m'a flatté autant que celui de M. de Huiler, qui porte avec tant de distinction un nom si difficile à porter. Il me fait trop d'honneur en me supposant habile dans sa langue; je la déchiffre assez difficilement, mais je suis extrêmement aidé par mes enfants, qui l'entendent et la parlent couramment. Je suis parvenu, à l'aide de mon lils, à lire la moitié de la Messiade de Klopstock, mais sans la goûter beaucoup ; ce qui me prouve que mon oreille était encore fermée. Rien, au reste, ne pouvait m'arrivcr de plus flatteur que de me trouver d'accord mot à mot avec M. de Ualler. Les derniers moments de son illustre père m'ont beaucoup occupé jadis; mais je ne veux pas commencer ce grand chapitre.

J'ai lu avec beaucoup de plaisir la réponse à M. Célérier, qui est écrite avec beaucoup d'esprit et de sagesse. L'auteur a parfaitement bien lait de mettre pour ahisi dire

A M. l'àbbê YUAR1?(. 15

les protestants de notre côté, eu ayant Pair de faire cause commune avec eux. — Et en effet, la cause est bien commune contre les ariens. Je suis fâché de n'avoir pu contribuer en rien à votre bonne œuvre anticélérienne , mais il n'y a pas eu moyen ; je m'acquitte avec beaucoup de résignation de mes pénibles fonctions, mais peut-être que j aurais de meilleures choses à faire. Je dis peut-être, car qm peut se juger? Cependant il me vient des témoignages qui me semblent annoncer des succès assez évidents. Je Toudrms au moins avoir le temps de revoir, d'achever et de publier nn pxand ouvrage de prédilection; mais, hélas! je vois passer les jours sans pouvoir rien achever. 11 est bien entendu que si nous mettons enfin la main à Tanti- Sturdza, toutes les pièces vous seront remises; mais, en vérité, la chose va assez lentement, et, conmie on dit vulgairement, d'une aile seule. Rome, comme vous venez de le voir, n'est pas encourageante. Je sais bien qu'il faut la servir, comme les autres souverainetés, malgré elle ; cependant l'humanité ne saurait être totalement effacée, et dans certain moments on se sent engourdi. Sed de his coram.

Le rétablissement des évêchés de Savoie est désormais certaine. Annecy surtout (ou Genève, si vous voulez; est sur pied, et il n'est pas nécessaire de vous nommer la tète qui doit porter la mitre de saint François de Sales. M. l'abbo de Thiollat s'en tirera comme il pourra; mais je ne puis parler d'évèchés (i), mon cœur S(i fend.

Si vous jugez à propos de copier à ^ï. Haller quelques mots de ma lettre pour entretenir l'amitié, penne licet.

Je suis de tout mon cœur, avec les sentiments les plus distingués d'affection et de considération, Monsieur TaLbr, Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

(i> s n frcre André, é\cquo nommé d*Ao6le,élail mort Uepub peu.

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