A H. LE COMTE JEAN POTOCKI
suite de rois^ dénuée de faits y est un monument assez insi^ gnifiant. C'est bien moins que cela, Monsieur le comte, ce n'est rien du tout. Une chronologie sans faits est précisément une géographie sans terre.
Une autre réflexion non moins essentielle, c'est celle qui se présente à l'esprit en lisant le texte de Strabon, que vous citez à la page 11. Qu'il n'y ait eu dans une antiquité très-reculée, en Egypte comme ailleurs, et plus qu'ailleurs peut-^tre, des hommes initiés à des connaissances du premier ordre, c'est ce que je suis fort éloigné de nier. Mais je crois encore plus certain que ces connaissances ont dû s'effacer graduellement; qu'à l'époque de Cambyse surtout elles reçurent un coup mortel, et que, sous les Lagides, les prêtres n'étaient et ne pouvaient être que de misérables charlatans. Il serait possible peut-être de découvrir à cet égard une loi générale ; mais je ne veux pas entamer cette question.
J'aime mieux vous dire encore deux mots sur les pasteurs. Dans les Mémoires de l'Académie de Calcutta (sir Will. Joncs's Works, supplem., t. II, in-4^, p. 545), vous trouverez un mémoire extrêmement intéressant de M. Francis Wilford surTÉgypte et sur le Nil; vous y verrez, comme dans d'autres endroits encore de ces Mémoires, les preuves des anciennes relations entre les Indiens et les Égyptiens. On y établit longuement cjne les pasteurs conquérants de rÉgypte étaient Induits; que, dans la langue sanscrite, palli signifie pasteur; que les différents établissements de ces pallis se nommèrent Pallist'han ; d'où les Grecs ont fait Palaistinc; que l'histoire de cette invasion est contée avec toutes ses circonstances dans un Purana; que les quatre Puranas avaient été portés en Egypte {ibid., p. 509), etc.
Il me semble, Monsieur le comte, que vous de\Tiez lire ces Mémoires pour assurer davantage vos opinions sur ce point; car il m'a paru voir, dans votre Manéthon, tantdt
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vaisseau propre à aller fort loin. (Menu des Missionn. cM" nots, 1. 1, p. 158.)
Et les kvres sacrés de l'Inde disent que ce roi s'appelait Menu ; qu'il était fils du Soleil ; que toute la terre fut inondée et tout le genre humain détruit par ce déluge universel^ qui n'épargna que le saint roi et sept reyschees ( ou saints personnages)^ qui furent sauvés avec leurs femmes dans un bahitra (or capacious ark, Maurice^ ibid., p. 57). Et le pouvoir générateur mâle et femelle étant demeuré endormi au fond des eaux, le pouvoir femelle en sortit après le déluge sous la forme d'une colombe. (Dissert, sur le mont Caucase, par M. Fr. Wilford, Asiat. Res.y t. Vil, p. 455 sqq.)
Voilà, Monsieur le comte, d'assez bons témoins du côté de Moïse; maintenant, paitons de ce grand fait, et laissons au genre humain le temps de s'établir sur toutes les parties de sa triste demeure. Si vous réfléchissez bien à ces différents établissements, vous comprendrez clairement pourquoi répociue qui suivit le déluge est mythique, c'està-dire merveilleuse chez toutes les nations; car, dans un sens très-intéressiuit, fùen n^est si vrai que la fable.
Les ronnaissances primitives ayant dû s'effac>er graduellement et les hommes s'étant considérablement multipliés, il dut paraître des hommes extraordinaires pour constituer les nations, et c'est en effet ce qui arriva. Zoroastre, Gonfucius, Solon et Numa furent à peu près contempurains (Jones's short history of Persia^ Works, tom. V, p. 596). Le Persan Hemsliid et Lycurgue avaient précédé de peu. G est l'époque de la civilisation et des monuments historiques; et voilà pourquoi, suivant la remarque très-juste de Lengicl {l{<m, sur l'hist. anc. de la Chine, tom. II, p. 461), la cet (i/ude jjovr toutes l^s histoires profanes ne commence que vers le temps de la fondation de Rome, 800 ans avant J. C.