A M. le Ticointe de Bonald^ à Paris
Turin, 25 mars I820.
Monsieur le vicomte y
Je profite d'une occasion russe parfaitement sûre pour répliquer tout à mon aise à vos deux lettres du 15 décembre et du 14 février. Je copie ces dates sans rire , puisque nous sommes convenus de ne jamais nous gêner^ et d'attendre l'inspiration pour prendre la plume. Je dirai d'abord, en vous copiant , Monsieur le vicomte : Je l'ai lue votre aimable lettre. Il n'y a rien qui me plaise, qui me réjouisse, qui me console autant que vos lettres ; mais celle que vous m'avez écrite le lendemain du jour affreux a pour moi un titre particulier. J'aime à voir votre cœur se répandre et vos idées se précipiter immédiatement après cet attentat qui écrase la pensée avant de la faire renaître, qui vous stupéfie d'abord, pour vous entraîner ensuite dans le champ immense des profondes réflexions et des sublimes espérances. Nous chantons bien à l'église, Félix culpa! pour le plus grand de tous les crimes, puisqu'il a perdu le genre humain. Pourquoi ne nous permettrions-nous pas la môme exclamation en voyant dans l'avenir tout ce que doit produire celle grande mort toute vitale et vivifiante? Notre exclamation dérogerait-elle au respect sans bornes, à la tendre et profonde compassion que nous devons aux augustes affligés? J Imagine que non. N'en doutez pas, Monsieur le vicomte, nous venons de voir la fin des expiations. Le régent même et Louis XV ne doivent plus rien, et la maison de Bourbon a reçu l'absolution...
Gomment descendre de là jusqu'à mon livre ! J'aurais