‹ Lettres et opuscules inédits (volume 2)Chapitre 72 sur 100 · SUR LÀ NÀTUHE ET LES EFFETS DU SCHISME · texte numérisé non relu

SUR LÀ NÀTUHE ET LES EFFETS DU SCHISME

établi divinement par la seule force des choses, et qui a toujours existé dans l'Église depuis le concile de Jérusalem^ où Pierre prit la parole avant tous ses collègues^ jusqu'à celui de Gonstantinople en 869, où la dernière acclamation fut, A la mémoire éternelle du pape Nicolas, jusqu'à celui de Trente, où les Pères, avant de se séparer, s'écrièrent de même : Salut et longues années au trèssaint-père^ au souverain pontife, à l^évéque universel l

Or, dès qu'un gouvernement est établi, c'est une maxime aussi vraie et plus évidente qu'un théorème mathématique, que non-seulement nul particulier, mais encore que nulle section de Fempire, n'a droit de s'élever contre Tempire même, qui est un, et qui est tout.

Si quelqu'un demandait en Angleterre ce qu'il faudrait penser d'une province qui refuserait de se soumettre à un bill du parlement sanctionné par le roi , tout le monde éclaterait de rire. On dirait par acclamation : OU est donc le doute? La province serait révoltée, il faudrait publier la loi martiale, et y envoyer des soldats et des bourreaux.

Mais la révolte n'est que le schisme politique, comme le schisme n'est qu'une révolte religieuse; et Fexcommunication qu'on inflige au schismatique n'est que le dernier supplice spirituel, comme le dernier supplice matériel n'est que l'excommunication poHtique, c'est-à-dire Tacte par lequel on met un révolté hors de la communauté qu'il a voulu dissoudre (ex-communier).

On raisonne souvent sur et même contre l'infaillibilité de l'Église, sans faire attention que tout gouvernement est infaillible, ou doit être tenu pour tel.

Lorsque Luther criait si haut dans l'Allemagne, Je demande seulement quon me dise de bonnes raisons^ que l'on me convainque^ et je ms soumettrai , et lorsque les princes même applaudissaient à cette belle prétention, non-seulement Luther était un révolté, mais de plus il était un sot;

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car jamais souverain n'est obligé de rendre raison à son sujet, ou bien toute société est dissoute.

La seule mais bien importante différence qu'il y ait entre la société civile et la société religieuse, c'est que, dans la première, le souverain peut se tromper, de manière que l'infaillibilité qu'on lui accorde n'est qu'une supposition (qui a cependant toutes les forces de la réalité) ; au lieu quo le gouvernement spirituel est nécessairement infaillible au pied de la lettre ; car Dieu n'ayant pas voulu confier le gouvernement de son Église à des êtres d'un ordre supérieur, s'il n'avait pas donné rinfailiibililé aux hommes qui la gouvernent, il n'aurait rien fait; il aurait fait moins que ce que foiit les homnies pour perpétuer leurs chélives institutions. Or, tous les chrétiens partant du principe que rinstitution est divine, comme elle ne peut manifestement durer que par l'infaillibilité, soutenir que son gouvemennmi a pu se tromper, c'est évidemment soutenir qu'elle est divine et qu'elle ne l'est pas.

Que (lisait votre Photius dans la fameuse protestation qu'il émit, au neuvième siècle, contre la décision du concile de Gonstantinople ?

ce Nous ne connaissons ni Rome, ni Antioche, ni Jéru- « saleMy ni tous les autres juges, quand ils jugent, comme a ils font en cette assemblée, contre le droit et V équité, « contre la raison naturelle et les lois de V Église . iious c( .w. reconnaissons d'autre autorité que ces lois, »

Que disaient les législateurs calvinistes de l'Angleterre au seizième siècle?

« IS hltjhse de Jérusalem s'est trompée, celle d'Antioche « s'est trompée, et celle de Rome s'est trompée même dans uses inatières de foi. Les conciles généraux ont erré d^ « air me. Il ?i'fj a donc de véritable règle que la parole de (( i)fru. » (Voyez les x.xxix articles de l'Église d'Anglet( irc, dans le iivie des Gommons Prayers, et ailleurs.)

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Vous voyez, Madame , que le sclûsme est toi^ours ie même ; il peut Uen dhanger de lançuey mais jamaÎB de langage.

Et pour sentir la beauté de son raisonnement^ transportez-le dans Pordre politique. Imaginez des honmies qui diraient : Nous ne connaissons ni juges, ni magistrats, ni tribunaux d'aucune espèce, tant qu'ils jugeront, comme ils font trop souvent, contre les lois de V empire. Nous ne connaissons d'autres juges que ces lois, La police s'est trompée, les juges se sont trompés, toutes les classes du sénat prises à part se sont trompées ; le Plénum même s'est trompé: il n'y a donc de véritable règle que la parole du législateur. Nous avons un code. Dam toutes les discui-sions possibles, il svffit de V ouvrir pour savoir qui a tort ou raison, sans recourir à des juges ignorants, passionnés ou faillibles comme nous.

Nul homme de bonne foi ne contestera la rigoureuse ju^esse de cette comparaison.

Ainsi donc le schisme heurte de front les principes les plus évidents de la logique : il est contraire à celui de tous les gouvernements, et radicalement inexcusable. Sans doute que, lorsqu'il est consommé, iJ. devient juste et raisonnable aux yeux du révolté. Ah ! je le crois. Quand est-ce qu'on a entendu la révolte dire qu'elle a tort? C'est une contradiction dans les termes; car, du moment où elle dirait, J'ai tort, elle cesserait dëtre révolte.

Mais remontez aux temps qui ont précédé la scission, et vous trouverez dans les actes mêmes de la révolte des armes pour la combattre.

NVt-on pas vu Photius s'adresser au pape Nicolas I*', en 850, pour faire confirmer son élection ; l'empereur Michel demander à ce même pape des légats pour reformer V Église de Constant inople ; et Photius lui-même tâcher

encore, après la mort d'Ignace, de séduire Jean VIII, pour en obtenir cette confirmation qui lui manquait?

N'a-t-on pas vu le clergé de Constantinople en corps recourir au pape Etienne en 886, reconnaître solennellement sa suprématie, et lui demander, conjointement avec l^empereur Léon, une dispense pour le patriarche Etienne, frère de cet empereur, ordonné par un schismatique ?

N'a-t-on pas vu Tempereur romain, qui avait créé son fils Théophile patriarche à l'âge de seize ans, recourir en 933 au pape Jean Xll pour en obtenir les dispenses nécessaires, et lui demander en même temps que le pallium fût accordé par lui au patriarche^ ou, pour mieux dire, à l'Église de Constantinople, une fois pour toutes, sans qu'à l'avenir chaque patriarche fût obligé de le demander à son tour?

N'a-t-on pas vu l'empereur Basile envoyer encore des ambassadeurs en 1019 au pape Jean XXII, pour en obtenir, en faveur du patriarche de Constantinople, le titre de patriarche œcuménique à l'égard de FOrient, comme le pape en jouissait sur toute la terre?

Étranges contradictions de l'esprit humain ! Les Grecs reconnaissaient la souveraineté en lui demandant des grâces; puis ils se séparaient d'elle, parce qu'elle leur résistait. C'était la reconnaître encore en la rejetant.

Et prenez bien garde. Madame, qu'en rejetant cette souveraineté, ils n'ont pas osé l'attribuer à d'autres, pas môme à leur propre Église, si fière et si dominatrice ; de manière que toutes les Églises d'Orient sont demeurées acéphales, comme dit Técole, c^est-à-dire sans aucun chef commun qui puisse exercer sur elles une juridiction supérieure, pour les maintenir dans l'unité; tant la suprématie de Home était incontestable. 11 résulte de ce beau système qu'on veut bien un empire de Russie^ mais point

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