SUR LÀ NATURE BT LES EFFETS DU SCHISME
d'empereur de Russie : ce qui est tout à fait ingénieux.
Plus d'une fois. Madame, il vous sera arrivé comme à moi d'entendre dire dans la société, avec .une gravité di gne de la plus profonde compassion, que ce n'est point VÉglise grecque qui s'est séparée de la latine, mais bien celle-ci gui s*est séparée de l'autre.
Autant vaut précisément dire que Pougatscheff ne se révolta point contre Catherine II , mais qu'au contraire Catherine II se révolta contre Pougatscheff.
Qu'on accumule toutes les raisons alléguées pour justifier le schisme des Grecs : Torgueil de TÉglise romaine, les abus, les innovations, le despotisme, la corruption, etc.; je donne le défi solennel à toute FÉglise grecque en corps de m'en citer une seule que je ne tourne sur-le-champ, avec une précision mathématique, contre Catherine II en faveur de Pougatscheff.
C'en est assez. Madame, si je ne me trompe, pour vous faire comprendre clairement la coupable déraison du principe sur lequel repose le schisme; il me reste une tâche encore plus importante : c'est de vous en faire apercevoir les suites funestes, que vous êtes bien éloignée de connaître dans toute leur étendue, comme je le vois par la question que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser.
On ne juge un poison que par ses effets. La vésicule qui recèle le venin de la vipère est fort petite, et le canal qui le verse dans la plaie à travers la dent est à peine per ceplible sous la lentille du microscope : cependant la mort y passe commodément. Le monde moral est plein, comme le monde physique, de ces passages imperceptibles par où le mal s'élance dans le domaine de Dieu , qui est celui de l'ordre. Alors Forgueil a beau crier : // n'y a point de mal, tout va bien. Laissons dire l'orgueil, et voyons les choses sans passion. Pour connaître toute l'étendue du lu 18
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désordre^ il faut d'abord connaître toute Texcellence de
Tordre qu'il a détruit.
Si vous compai-ez en masse toutes les Églises séparées avec l'Église mère, vous serea frappée de la différence. Celle-ci se dislingue par trois grands caractères, qui santentaux yeux les moins attentifs : la persuasion, V autorité, et \eL fécondité.
V La persuasion. — La devise étemelle de TÉglise est le mot du prophète : J'ai cru; c*est pourquoi j*€ti parlé. Sûre d'elle-même, jamais on ne Ta vue balancer. Le doute, comme l'a fort bien dit notre célèbre Huet, tCkahite point la cité de Dieu ; et Ton peut faire sur ce point une observation de la plus haute importance : c'est que, dans les communions séparées, ce sont précisément les cœurs les plus droits qui éprouvent le doute et l'inquiétude ; tandis que, parmi nous, la foi est toujours en proportion directe de la moralité. Comme rien n'est si cofUagieux que la persuasion, l'enseignement catholique exerce une force prodigieuse sur l'esprit humain. Animé par sa conscience et par ses succès, le ministère ne dort jamais : il ne cesse d'enseigner, et, je ne sais comment , son silence même prêche. Brûlant de l'esprit de prosélytisme, on le voit surtout enfanter certains livTCS extraordinaires qui n'ont rien de dogmatique, rien de contentieux , et qui semblent n'appartenir qu'à la simple piété, mais qui sont pleins cependant de je ne sais quelle sève divine qui pénètre dans le cœur, et de là dans l'esprit; au point que ces livres opèrent plus d'effet que ce que les docteurs les plus savants ont produit de plus concluant dans le genre démonstratif.
2° Vautorité. — A la fin du Sermon sur la montagne (l'un des morceaux de l'Écriture sainte où le sceau dixin '^st le plus saillant), l'historien sacré ajoute ces mots remarquables: Or, le peuple était ravi de sa doctrine ; car il
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ne les enseignait pas comme ses docteurs, MAIS COMME AYANT LA PUISSANCE. Examinez la chose de près, Madame^ et VOUS verrez que le divin législateur a transmis ce privilège fautant du moins que le souffre la nature humaine) au ministère qu'il a établi sur la terre. Prenez place dans Pauditoire du plus humble curé de campagne : si vous y avez apporté Toreille de la conscience, vous sentirez à travers des formes simples, peut-être même grossières, que le ministre est à sa place, et qu'il parle comme ayant la puissance.
Ce caractère est encore un des mieux aperçus par la conscience universelle, qui est infaillible. De là vient que la religion catholique est la seule qui alarme les autres, et qui ne soit jamais parfaitement tolérée. Il y a, dans cette capitale, des prédicateurs arméniens, anglicans, luthériens et calvinistes, bien plus contraires que nous à la foi du pays : qui jamais s'est embarrassé de ce qu'ils disent ? D en est bien autrement des catholiques ; ils ne peuvent dire un mot ni faire un pas qui ne soit le sujet d'un examen , d'une critique ou d^une précaution ; car toute religion fausse sent qu'elle n'a de véritable ennemie que la vraie.
3° La fécondité. — Comment cette religion, qui est la fille de Dieu, ne participerait-elle pas à la puissance créatiice? Considérez-la depuis son établissement, jamais elle n a cessé d'enfanter. Tantôt elle travaille à étendre ses limites. Aucune peine, aucun danger ne l'effrayent. Elle fait chanter ses hymnes aux Iroquois et aux Japonais; et, sans les entraves que lui jettent d'aveugles gouvernements , dont elle se venge en les déclarant sacrés, on ne sait où s'arrêteraient ses entreprises et ses succès. Tantôt elle travaille sur elle-même, et s'enrichit chaque jour de nouveaux établissements, tous dirigés à l'extension de la foi et à l'exercice de la charité.
En VOUS montrant les trois caractères de l'Église, j'aî dit ce qui manque aux communions séparées. Je m'arrêterai un instant sur ce point essentiel , en vous montrant d'abord ce qu'elles ont de commun.
La conscience est une lumière si profonde et si éclatante, que l'orgueil même n'a pas la puissance de l'éteindre entièrement ; or, cette conscience enseigne à tout homme qu'il serait souverainement déraisonnable de vouloir s'arroger le droit de se séparer d'une Église quelconque^ et de refuser ce même droit à un autre. Si le Grec a cru avoir de bonnes raisons pour méconnaître la suprématie de Rome dans le quinzième siècle, de quel front condamnerait-il le protestant qui a usé du même droit dans le seizième? De quel front même condamnerait-il son propre frère qui refuserait de croire leur mère commune? Ce sentiment seul frappe de mort toutes les Églises séparées, ou ne leur laisse qu'une vaine apparence, semblable à celle de ces arbres pourris qui ne vivent plus que par l'écorce. Elles se tolèrent mutuellement, à ce qu'elles disent; et pourquoi non ? Dans le fond, cependant, ce beau mot de tolérance n'est qu'un synonyme honnête de celui d'tndifférence. Jamais, depuis leur séparation, il ne leur est arrivé de faire des conquêtes. A peine ont -elles osé l'entreprendre; ou si elles Font fait, elles n'ont obtenu que des succès tout à fait insignifiants. Le ministère, dans ces Églises, n'a pas l'autorité qui lui serait nécessaire pour annoncer la foi aux nations barbares. Il n'a pas même celle dont il aurait besoin à l'égard de ses propres ouailles; et la raison en est simple, car, en s'examinant lui-4iiéme, il s'aperçoit, d'une manière plus ou moins claire, qu'il donne prise habituellement au genre de soupçon le plus avilissant, celui de la mauvaise foi dans l'enseignement.
Enefiet, dès qu'il n'y a pas d'autorité infaillible pour tous les chrétiens, toute question se trouve renvoyée au