SUR LA NATUBE ET LES EFFETS DU SCHISME
jugement particulier. Or^ dans ce cas^ quel garant le ministre de la religion a-t-il auprès de ceux qui Técoutent^ pour leur certifier qu'il croit réellement ce qu'il enseigne? et quelle force d'ailleurs peut-il avoir auprès d'eux? Il sied mal à des révoltés depr^^cherla soumission. U se tait^ ou il ne fait que balbutier. Bientôt il s'établit une défiance réciproque entre les enseignants et les enseignés ; à la défiance succède le mépris; insensiblement le ministère est repoussé dans les dernières classes de la société. U se tranquillise à la place où l'opinion Ta jeté^ et les peuples ne tardent pas de passer du mépris des docteurs au mépris de la doctrine.
Il peut y avoir, dans ce genre ^ des différences en plus ou en moins; mais le principe est incontestable. Dès qu'il n'y a plus d'unité, il n'y a plus d'ensemble, et toute agrégation se dissout. Il y a bien des églises, mais plus d* Église ; il y a bien des évéques, mais plus d^épiscopat. Ces mots d'Église orientale ou d'Église grecque ne signifient rien du tout. Il est faux que TÉglise de Russie appartienne à la grecque. Où est le lien et la coordination? Quelle juridiction le patriarche de Constantinople a-t-il sur le sacerdoce russe? L'archevêque d'Épire, envoyé par l'empereur de Russie, va prendre possession dans ce moment de l'archevêché de Moldavie. : le siège de Constantinople ne s'en mêlera aucunement. Si demain le sultan reprenait la Moldavie, il chasserait l'archevêque, et en introduirait un autre. Tous ces évêques ainsi indépendants d'une autorité commune et étrangers les uns aux autres, tristes jouets de l'autorité temporelle qui leur commande comme à ses soldats ; tous ces évêques, dis-je, sentent fort bien dans leur cœur ce qu'ils sont, c*est-à-dire rien. Et comment les estimerait-on plus qu'ils ne s'estiment eux-mêmes ?
Ainsi donc. Madame, plus de pape, plus de souveraineté; plus de souveraineté, plus d'unité; plus d'unité, plus d'auto-
rite; plus d'autorité, plus de foi. Je parle en général, cr considérant seulement Peffet total et définitif. Voilà l'inévitable anathème qui pèse également sur toutes les Églises séparées; par où vous voyez. Madame, ce qu'il en est de ces points de différence qui vous paraissent légers.
Mais je laisserais échapper la plus importante considération, si je négligeais de vous faire apercevoir un autre anathème particulier aux Églises simplement schismatiques , et qui mérite toute votre attention, n vaut bien mieux nier les mystères qu'en abuser ; et, sous ce point de vue, vous êtes de beaucoup inférieurs aux protestants. Les sacrements étant la vie du christianisme et le lien sensible des deux mondes, partout où l'exercice de ces pratiques sacrées ne sera pas accompagné d'un enseignement pur, indépendant et vigoureux, il entraînera d'horribles abus, qui produiront, à leur tour, une véritable dégradation morale. Je ne veux point fouiller cet ulcère, ni môme le découvrir entièrement; je me contente de l'indiquer.
Vous voyez. Madame, à quel point nous différons. Vous croyez que nous pouvons être considérés comme professant au fond la même religion; et moi je crois que vous êtes catholique précisément comme un citoyen de Philar delphie est Anglais. Je me félicite cependant de pouvoir terminer cette lettre par la réflexion la plus consolante pour vous et pour moi. Je me hâte de vous la présenter en peu de mots.
Je ne crois pas que, pour un esprit droit tel que le vAtre, il y ait beaucoup de difficulté sur la question principale ; le doute et môme l'inquiétude peuvent commencer à la question indiquée à la fin de la lettre qui a produit celle-ci : Que faut-il faire ? Or, sous ce point de vue, l'avantage du Grec sur le Protestant est immense. Ce dernier ne saurait presque exercer son culte sans nier implicitement un tlu^iinc foiidaniental du christianisme. Par exem-