A M. LE TICOMTB DE BONALD
tort cependant^ et je serais formeUement ingrat ^ si je ne TOUS en parlais; car comment passer sous silence tout ce qœ vous m'adressez d'obligeant et d'encourageant à propos de cette production? Le jugement de M. de Fontanes m'a surtout excessivement flatté. Les lettres s'accumulent sur mon bureau; je voudrais bien vous les £Edre lire : cel* les des protestants sont curieuses. Le croiriez-vous^ Monsiair le vicomte? j'ai particulièrement spéculé sur eux. J'appuie beaucoup plus d'espérance sur l'Angleterre que sor l'Autriche^ par exemple^ ou sur tout autre pays qui a laissé pour ainsi dire pourrir la vérité chez elle. Le catholicisme me fait honte. Si le flambeau n*est pas remué, suivant les saintes menaces , il nous brûlera au moins pour nous avertir qu'il est encore là , et nous l'aurons Ken mérité.
Aucun de vos journaux n'a osé prendre la parole en France sur mon ouvrage. Si l'horrible forfait du 13 a paralysé toutes les plumes et distrait les yeux de tout autre objet , je n'ai rien à dire; mais si le silence de ces journaux tient à d'autres causes^ je m'attendais^ je vous l'avoue, à plus de courage et de générosité. Quel étranger TOUS a jamais et plus connus et plus aimés? Quel écrivain vous a rendu plus de justice? J'ai surtout porté votre clergé aux nues; et parce que j'ai frappé sur quelques préjugés dont il convient qu'il se défasse pour servir avec plus de succès la grande cause, le voilà qui demeure étourdi du coup, comme si j'avais nié l'existence de Dieu! Ilvaut donc mieux lui faire entendre la vérité tout entière, et c'est ce que je ferai. — Mais peut-être que tout ceci n'est qu'un rêve, et que votre clergé sait déjà à quoi s'en tenir.
Urne semble. Monsieur le vicomte, qu'il y a dans mon livre assez de matériaux pour fournir à la discussion sans toucher le mouis du monde au gallicanisme. — Mais, en- II. 2
48 LBTTRB 1820
core une fois, tout est petit dans ce moment devant les grands événements qui agitent TEurope. 0 Espagne, Espagne! que vas-tu donc nous faire voir? — Tout autre chose que ce que nous attendions ; mais^ en attendant , il faut rougir pour elle. Comment en un plomb iHl tor pur s' est-il changé ? Comment la noble Espagne s'est-elle laissé acheter, chez elle , par For des facteurs américains^ — C'est qu'elle n'a plus de grands.
Je me suis infonné de l'œuvre des petits Savoyards : il m'a été répondu que le roi Pa constamment soutenue , et que dernièrement l'œuvre a reçu 600 francs de la part (le notre gouvernement. J'ai peu d'espoir d'obtenir des libéralités extraordinaires. Nous sortons du naufrage, tout est réglé, tout est mesuré. Il faudra se contenter du présent, et espérer un meilleur avenir.
Adieu mille fois. Monsieur le vicomte; n'ayez pas peur qu'aujourd'hui je vous cite Catulle. Je pense plutôt à Jérémie. Ne m'oubliez point; aimez -moi même toujoure un peu, si vous en avez le temps. Faites tête à l'orage , et, pour qu^il no se moque pas de vous, moquez-vous de lui.
Je suis pour la vie, avec tous les sentiments que je vous ai voués, etc.