‹ Lettres et opuscules inédits (volume 2)Chapitre 89 sur 100 · II · texte numérisé non relu

II

Ptmr fairesentHr à quel point la prétefidiie toléffaoesefl illusoire, il suffirait d'ofasenrerque les sujMs eatholiques de Sa Majesté Impériale n'ont point d'accès auprès d'elle comme catholiques, c'est-à-dire qu'ils n'ont aœim organe ofRciel et de leur religion par lequel ib puissent porter au souverain leurs représentations et leurs doléances. Us sont obligés de passer par la voie d'un ministre des euitês^ qui T^mi pas un mot de ce qu^l faudrait savoir^ on ne dit pas pour leur rendre justice, mais seulement p^m les comprendre.

Sa Majesté Impériale, qui est incontestablement le plus grand juge européen en fait de tact, de délicatesse et de convenance, peut être assurée que pour tout hoEune^ et surtout pour tout prôtre catludique, qui doit traita officiellement une affaire ecclésiastique en Russie^ l'antichambre du ministre des cultes est, sans contrecKt, ie {dus grand des suppUces, après toutefois celui d'avoir rhûnrâur de hiî parler.

^° Nous ne tenons à aucun système de haute éetiptism plus fortement qu'à celui qui nous fait désirer un sacenloce libre et indépendant, c'est-à-dire proi»riétaire. Jamais nous n'avons varié sur ce point; jamais nous ne noua somnaes laissé séduire par les sophismes de l'incrédulité et de la cupidité. Nous savons bien que, partout où le prêtre est salarié, il est avili; qu'il n'est plus qu^un serviteur timide, ou pour mieux dire un serf de l'autorité qui le paye ; et que d'ailleurs, dans cette supposition, au premier eoiq> detanabour c'en est fait du clergé, qui est affamé par son maître même, en attendant qu'il le soit par l'ennemi. Enfin nous avons, pour défendre ce système, mille raisons déciâîves, tirées de la théorie et de Fexpérience.

En Russie, au contraire, le système est tout différent. Un seul acte de la puissance souveraine a dépoutUé radi« câlement le clergé, et lui a pris l'immense somme de ton

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ses biens dans toute l'étendue de l'emiure. Les suites de cet acte décisif sont connues et même notoires : on se dispense de les détailler. Mais voici la grande fatalité qui nous accable. VanUmié russe sentant bien (car rien n'étouffe la voix de la conscience) qu'elle a été injuste, et que le sacerdoce russe doit en grande partie à cette spoliation Finfériorilé qui frappe tous les yeux, ne veut pas au moins qu'il y ait chez eue des prêtres mieux traités que les siens; de manière qu'uive action continue du gouvernement, tantôt sous une forme et tantôt sous l'autre, tend invariablement à dépouiller l'Église catholique et son clergé. L'empereur de Russie ayant acquis par les derniers traités plusieurs millions de sujets catholiques, nous verrons comment seront traités les biens ecclésiastiques, qui ont déjà fait tenir un grand nombre de discours sinistres ; mais ce qui se passa à Saint-Pétersbourg, il n'y a que trois ou quatre ans, fait sentir, mieux que tous les raisonnements, les maximes du gouvernement.

Les anciens souverains de Russie (dans le dernier siècle cependant) avaient donné à l'Église catholique un terrain qui portait une maison médiocre. Ce terrain étant fort avantageusement placé, les Jésuites, administrateurs des biens de TÉglise catholique , imaginèrent d'y bâtir une belle maison au profit de TÉgUse. Ils appelèrent les capitaux catholiques, qui affluèrent tout de suite : la maison s'éleva, et ne devait pas rendre moins de 36,000 roubles annuellement. Chaque année, on payait 15,000 roubles à compte du capital, et les intérêts du reste; tous les créanciers étaient contents : jamais entreprise ne fi^ mieux imag'mée et mieux conduite.

Tout à coup un conciliabule de ministres imagina d'en- ^ver cette maison à l'Église catholique, sans ceréaionie : c'est ce qu'ils firent en effet, laissant tous les esprits justes 'sans distinction de culte) frappés d'ctonnement et de reirreL

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Cependant^ comme il fallait bien un certain prétexte pour voiler au moins un tel acte^ on imagina de dire que la maison appartenait aux Jésuites qui venaient d'être expulsés, et qu'ainsi la maison devait être confisquée.

Quand même la maison eût appartenu aux Jésuites, l'acte dont il s'agit aurait été réprouvé également par les maximes de Téquité et par celles de la jurisprudence.

L'équité ne permet pas de prendre le bien d'autrui, sous prétexte que le propriétaire est habillé de noir^ ou parce qu'il a le malheur de déplaire.

La jurisprudence défend d'ignorer l'énorme différence qui existe entre la simple relégation, laquelle suppose seulement un mécontentement du prince, et le bannissement, qui est la suite d'un crime déclaré par un tribunal, et qui emporte quelquefois la confiscation des biens.

On prend la liberté de le dire avec une respectueuse franchise : une telle confusion d'idées formerait seule une accusation grave contre une nation entière.

Mais tout cela n'est rien encore, quand on songe que la maison appartenait incontestablement à l'Église, sans qu'il y eût moyen d'élever sur ce point le moindre doute raisonnable. Le don du gouvernement était clair : l'usage et la possession ne Tétaient pas moins. Jamais les Jésuites n'avaient agi qu'en qualité d'administrateurs. Enfin, et c'est tout dire, ils avaient loué cette maison de l'Église pour y établir leur collège, et chaque année le loyer était régulièrement porté dans les livres de compte.

Il semble qu'à de tels faits il n'y avait rien à répondre; mais rien n'embarrasse la tolérance russe. Un des hommes les plus influents de ce pays ne se fit pas difficulté de dire publiquement : Que signifie donc cette question de savoir à qui appartient la maison? On la veut, on l'aura, et tout est dit. En effet, on la prit, on la retint; et tout fut dit.

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L'injustice alla plus loin. Il fallait indemniser les créanciers qui avaient prêté leur argent : on imagina de les renvoyer sur les Jésuites qui avaient des propriétés dans la Pologne russe pour se faire rembourser ainsi par des hommes qui ne leur devaient rien. Voilà comme, en Russie, la tendance générale à la spoliation de l'Église catholique ferme les yeux du pouvoir sur les plus grandes monstruosités. La qualité même de sujets, et de sujets fidèles, ne met point les catholiques à Fabri de cette influence fatale; et c'est ainsi qu*ils sont tolérés.

3° Les droits du souverain pontife et sa suprématie spirituelle sont tellement sacrés dans PÉglise catholique, qu'ils forment l'essence même de la religion; pui^ue, si l'on ôtait ce dogme fondamental, nous serions à peu près d'accord avec les ÉgUses russe, grecque, orientale, etc., ou que, du moins, les différends ne tomberaient que sur des points nullement difficiles à éclaircir, pour la bonne foi qui s'y prêterait de part et d'autre. C'est la suprématie pontificale qui forme toute la difficulté, vu que nous y tenons comme à la religion même. Aussi les protestants nous appellent papistes, et ils ont grandement raison sur le mot : ils ne se trompent, de la manière la plus déplorable, qu'en donnant une signification injurieuse à un titre d'honneur, signe exclusif de la vérité.

Il ne s'agit point du tout ici de savoir si nous avons raison ou non : il suffit de rappeler que tel est notre dogme fondamental. D'où il suit que gêner nos communications avec le saint siège, ou gêner sa juridiction à notre égard, c'est, par le fait, supprimer l'Église catholique; et c'est ce que fait encore le gouvernement rus<e , qui ne cesse de s'immiscer dans celui de l'Église et de vouloir la conduire à sa manière, indépendamment de l'autorité supérieure.

Il existe maintenant en Russie un personnage bizarre.

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