OBSERVATIONS CHITIQUES SUR UNE ÉDITION
La gloire^ rhonneur, la tenommée d'un grand homme sont une propriété de la^natol (fé I^ psodoit. Elle doit en être jalouse, et défendre ce dépôt sacré. C'est par ses grands hommes qu'elle est célèbre elle-même ; pour prix de la gloire qu'elle en reçoit, elle doit au moins protéger leur cendre et faire respecter leur mémoire.
S Pascal eût vécu> irrité de ratteotat commis sur s(hi ouvrage, il aurait poussé un cri d'indignation et de vengeance ; il aurait traîné Gondorcet et Voltaire devant les tribunaux , et sûrement le procureur général s'en serait mêlé. Pourquoi donc les Français ont-ils oublié Pascal, parce qu'il est mort? Ds ont bien su blâmer aigrement ce même Voltaire pour s'être permis le ton du persiflage dans son Commentaire sur les œuvres de ce Pierre Corneille qui ne persifla de sa vie, et fut sublime bonnement (4). Fallait-il donc traiter une simple hrévérence plus sévèrement qu'un délit?
Ces réflexions nous conduisent , par une pente naturelle, à la nouvelle édition des Lettres de madame de Sévigné,
Nous parlerons d'abord du nouvel éditeur et de son travail : nous dirons ensuite , si nous Tosons , quelques mots sur madame de Sévigné.
Nous sommes arrêté d'abord par ce titre d'ex4égislateur attaché au nom de M. Grouvelle. Qu'est-ce qu*un législateur? C'est un souverain, ou bien c'est l'un de ces hommes extraordinaires qui paraissent de loin en loin pour opérer ce qu'il y a peut-être de plus merveilleux dans le monde , la constitution d'un peuple. C'est un Moïse, un Numa, un Lycurgue, etc. ; jamais il n'a passé jusquld dans la tête d'aucun homme de s'intituler ex^giskûewr,
(I) Expression de Dorât
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pour avoir été membre d'un conseil ou d'une assemblée législative. On dirait que le caractère de législateur est un état, et qu'on est législateur comme on est colonel ou ambassadeur.
Les hommes n'ont jamais donné, ne donneront jamais, et ne peuvent même donner ce caractère. Les législateurs naissent tels, d'une manière ou d'une autre.
Et quand il en serait autrement, il nous resterait un grand problème à résoudre sur ce titre. Ce serait de nous expliquer comment il peut y avoir des hommes assez courageux pour rappeler des temps épouvantables et le rôle qu'ils y ont joué? Cet honnête Grec qui mit le feu au temple d'Éphèse pour se faire im nom, fut certainement un honame bien avide de renommée; cependant, il se contenta philosophiquement de celle qu'il venait de se procurer à si juste titre , et nous ne lisons nulle part qu'après cette action lumineuse, il ait cru devoir s'intituler ex-aa-
CHITECTE.
Nous sommes fort trompés, si le tribunal dont nous parlions tout à l'heure n'était pas tenté de rejeter la demande de l'éditeur, sans autre examen que celui des titres dont il se pare.
Mais qu'auraient dit les juges si l'accusateur public (car il en faut im dans tous les tribimaux] s'était levé, et avait dit : « Messieurs , celui qui veut donner une nouvelle édia tion de ces Lettres fameuses méprise et déteste ce que a madame de Sévigné aimait et adorait : il est capable de a calomnier les plus grands personnages de sa patrie, à a commencer par madame de Sévigné même; sa tête est a remplie d'anecdotes ou controuvées, ou impies, ou ina décentes. Il ne montre aucune espèce de connaissances a utiles ; et ce qu'il ignore le plus profondément, c'est sa a langue, d
Hélas! la preuve complète de cette accusation se trouve
dira *>*•*: r^c'teZ*; rd' vX- ^-£ -î^îC T.^^rt;si*îîi:
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Le n^arq .:^ ii<r >!.rii-^a d^ilt jifs. di2$ riwz £^ hom-é ei ; « Il t;>>t n-ilnvr^ant t«:oT:>H a 1rs ce •isëi*r:a- € tioo sur drf^ eaux c-^ui^j ou l airtecT De ^rcIZe Ji^crer « sà pfriUf pc-^/f-^^ri-yn dt: f.>i décrit fcrt. ■ C'*a*: jl ^a::.ir? r.lifr du d:x4.uiti'-n>e siffle : rr-^Ls ccCccje*:: ks reiVs ie rf: *i^ le r.<r \o>nMli pas que le genre LuniJ' rrrr^crair, et qu'iîa s/>nt ri^iicules en pore p^erte? Eurcre s'ils c eTposajent que leurs firopre^ erri*s, ils seraient les c:ilT« d'en courir le ri que. Que M. Griuv» lie s-i-it graijd etr^esj du chris'iariiânie, c'e^t une affaire entre Diea et kii.et 1res -honorable d'ailleurs pour le christianisme; maïs qu'3 vienne atta^ her >f-s p» sants sarcasmes au nom de maii^rry de ^\v^Mt [yjur lf*s tenir à flot sur le fkuve d'ouh'li, c'est ce qui nVat pas du tout permis.
S<^>n premier t/jrt (et certes il n^est pas léger», c'est d'avoir [)réy nté madame de Sêvij^né comme un esprit fort, tandis que l'ens^^mMe de ses Lettres respire la pieté la plus éclairv-e v\ la plus aimable. Elle pem he même un peu vers le ^i^;o^i^me, et b accuse de tiédeur de la manière la plus orif^inale. Elle ne parle que de la Providence, c'est le texte de tous ses discours. Saint Aii^aislin est pour elle ce que Des^artes était pour madame de Grignan. Nous assistons à tout(;s ses lectures ; presque toutes sont pieuses. Elle voudrait prendre les Esmis de Morale en bouitlons.
Nous la suivons à la messe, au sermon, à Ténèbres. Nous mangeons maigre avec elle; nous i'entendons disputeravec les protrslants. Enfin, nous ne croyons pas quil y ait rien de f)Ius incontestablement prouvé que la religion et la piété de celte femme célèbre.
Mais 1 éditeur en sait sur madame de Sévigné plus qu'ellemême; il cile quelques plaisanteries jetées en volant sur
DES LRTTBBS DB MÀDAMB DB SBV16I<lÉ. 409
des superstitions populaires^ sur la procession d'Aix^ sur le chapelet, etc. A ce compte, il n'y aurait que des impies sur la terre.
Pour établir sa thèse favorite au sujet de madame de Sévigné et de madame de Grignan môme, M. Grouvelle tire grand parti de la table des matières. En voici des exemples remarquables :
Le cardinal de Retz voulait rendre le chapeau : le pape, qui fut instruit de ce projet» remit au cardinal Spada un bref qui refusait d'avance la démission demandée. Madame de Sévigné, qui mande ce fait à sa fille, se rappelle un trait de la comédie italienne où Trivclin fait réponse à une lettre qu'il n'a point encore reçue. Elle écrit : « Le bon « pape a fait, ma très-chère, comme Trivelin; il a fait et « donné la réponse avant que d'avoir reçu la lettre. » Et quoique le badinage n'ait rien d'indécent, d'autant plus qu'elle entend louer le pape, le respect lui fait cependant ajouter la formule connue, sans comparaison (i). Que fait l'éditeur? il écrit, dans la table des matières, à l'article Sévigné : i( Madame de Sévigné compare le pape à Trivelin. » Cette mauvaise foi est bien répréhensible , et d'ailleurs bien inutile. Quel lecteur n'a pas l'esprit de vérifier la citation ?
Boileau, dont personne ne s'est avisé de contester les sentiments, a dit : Abime tout plutôt l c'est l'esprit de r Eglise. Sur ces sortes de traits rapides, fruits de l'humeur ou de la gaieté (et que nous ne prétendons cependant point excuser sans distinction), nous citerons à l'éditeur une autorité qu'il ne désavouera point :
« Le premier tort de la plupart des censeurs c'est le
« penchant à tirer, de petits faits, des conséquences gra-
(I) itLe lK>n pape a fait, ma très-chère , sans comparahoD, comme Trim veliQ, elc« » Lettre 3iu, t. Ul, p. be.