D'UN CHRÉTIEN DÉVOUÉ A LA RUSSIE
SUR rOUVRAGE DE MÉTHODE,
archsvAqÛe db twer (1).
( Traduction des éditeurs. )
Telle est la triste condition de l'humanité, que trèssouvent des actes, que des raisons spécieuses semblent excuser, sont pourtant la source de calamités sans nombre. Cette vérité, qui se manifeste en beaucoup de choses, n'apparaît nulle part avec plus d'évidence que dans ce qu'on appelle la réforme des a6î«, c'est-à-dire des vices qui se sont introduits peu à peu dans le régime politique ou ecclésiastique, et qui, lors même que les honunes les supportent, ou en toute patience, ce qui est très-rare, ou impatiemment, ce qui est plus ordinaire, finissent à la longue par devenir intolérables.
Tout abus est un mal : d'où il suit, au premier coup d'œil, que tout ce qui fait disparaître Pabus doit être un bien ; et pourtant il n'en sera rien, si l'on ne fait soigneusement une distinction très-délicate. L'abus n'étant, en effet, que le mauvais usage d'une chose bonne, il faut prendre garde, en enlevant le vice qui la corrompt, de porter atteinte à sa substance; et c'est en quoi presque toujours se
(I) Twer, chef-lieu du gouvernement civil et militaire de ce nom, sur la rive droite du Volga, au confluent de la Tvertza et de la Tmaka, est Tune des Tilles les plus importantes de fempire de Russie, et le centre des arCaires commerciales entre Pélersbourg el Moscou.
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sont honteusement trompés les novateurs : briser les jambes du cheval qui rue^ pour le corriger^ vtM, pas le fait d'un écuyer habile.
Ce point est hors de toute controverse; maie il faut accorder quelque chose à la fragilité humaine^ et lorsqu'on a affaire à des rebelles, commencer par reconnaîtie de bonne foi le vice de la chose avant de discuter sur la chose même.
Pénétré de cette pensée, je n'ai jamais parié, par écrit ou de vive voix, de la malheureuse séparation des Grecs, sans m'empresser d'avouer que cette faute fatale, source de tant de honte et de calamités pour le genre humain, trouve une espèce d'excuse dans l'état de l'Europe à cette époque. Quels troubles, ô Dieu immortel ! quels boulevei^ sements ! quelle barbarie ! A Rome, quels pontifes ! La liberté des élections pontificales abolie, et cette usurpation comme prescrite au profit d'hommes perdus! Faut-il donc s'étonner que les Grecs nous aient pris pour des barbare^ et qu'il leur ait été impossible de comprendre combien le fruit vert est préférable au fruit pourri? Les plus abjects des hommes (car y a-t-il rien de plus bas que le Bas- Empire?) regardaient avec mépris la barbarie gothique; dans l'œuf ils ne voyaient pas l'aigle, dans le germe le cèdre du Liban. Et cependant ces Goths, ces Germains, ces Cimbres, etc., ont, comme le remarque Montesquieu, a cette grande prérogative, que ces nations ont été la source a de la liberté de l'Europe, c'est-à-dire de presque toute a celle qui est aujourd'hui parmi les hommes, » et que, les premières, elles ont uni deux choses auparavant incom* patibles, « la monarchie et la liberté. » Ce que peut cette race dans les sciences, la postérité Ta vu, et en a été dans l'admiration. L'Orient, au contraire, languit, flétri sous les verges, les chaînes et les bourreaux; et il ne se relèvera pas, que Dieu n'ait dilaté Japhet et ne l'ait fait habiter