‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 100 sur 166 · A M* le Tlcomte de Bonald, à Paris · texte numérisé non relu

A M* le Tlcomte de Bonald, à Paris

Saint-Pétenbourg, i (I3) décembre I8I4.

Monsieur^

J'ai reçu votre lettre n^ 1 avec une extrême satisfaction; je suis fâché seulement que le plaisir qu'elle m'a procuré se trouve si fort gâté par le tableau plus que triste que vous m'y faites de l'état des choses en France. J'ai beaucoup médité sur ce tableau ^ qui ébranle fort l'espérance^ mais sans pouvoir l'éteindre. J'ai sur ce point des idées toutes semblables aux vôtres. Je vois le mal comme vous le voyez ; mon œil plonge avec terreur dans ce profond cloaque. Cependant un instinct invincible me dit que nous verrons sortir de là quelque chose de merveilleux, comme un superbe œillet s'élance du fumier qui couvrait son germe. Ce qui fait qu'on se trompe souvent sur les changements qu'on désire sans les croire possibles, c'est qu'on ignore la théorie des forces morales. Le monde physique n'est qu'une image, ou, si vous voulez^ une répétition du monde spirituel : et Ton peut étudier l'un dans l'autre alternativement. De l'eau autant qu'il en pourrait entrer dans le dé d'une petite fille^ si elle est réduite en vapeur^ fait crever une bombe. Le même phénomène arrive dans Tordre spirituel : une pensée^ une opinion^ un assentiment simple de l'esprit^ ne sont que ce qu'ils sont; mais si un degré de chaleur suffisant les fait passer à l'état de vapeur^ alors ces principes tranquilles deviennent en-* thousiasme^ fanatisme, passion en un mot (bonne ou mauvaise) , et, sous cette nouvelle forme, ils peuvent soulever les montagnes. Ne vous laissez pas décourager parla froideur que vous voyez autour de vous; il n'y a rien de tà

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ImiqaDle qo'im magasin à poodre une demî-secoDde avant qall santé. U ne Emtqnedn feaiFerie citifam' mas; et c'est noots qui Parons. Sor ce point comme sur tant d'antres, Monsienry je snîs compictament de Toire avis : Hors de f Église, point de stdut, CSet asiome, transporté dans la polîtiqoe, est d'âne hante vérité. La France était la Fiance, parce gme les évéfoes f avaient faite, oaomie Fa A fe dkrisfiniisstaitf Gibbon. La postérité met tra dans la balance le dixième et le Ax-faûtiènie âèdes, et je cras que le premier Fenqiortera poor le bon sens, poor le caractère, et même, dans un certain sens, par b arienœ; car c'est nne dqdorabie erreor de croire que les sciences naturelles sont tout. Que mlmporte qa'on sadie Talgâxe et la chimie? Si Fon ignore tout en morale, m politique, en religion, toujours je pourrai dire zImmUnviM sont veritaies afilOs Aomiavai. Pour juger un siède, il ne suffit pas de connaître ce qu'il sait; il faut encore temr compte de ce qu'U ignore. Le nôtre, dès qu'*fl sort d*a+^ BB sait plus ce quil dit. La puissance de la France paraît cependant dans ce qu'eUe a fait de mal, autant que dans ce qu'elle avait fait de bien ; mais toute l'histoire atteste que les nations meurent comme les individus. Les Grecs et les Romains n'existent pas plus que Socrate et Sdpioii. Jusqu'à présent les nations ont été tuées par la conquête, c'est-à-dire par voie de pénétratûm;^ mais il se présente ici une grande question : — Une nation peut-elle munair sur son propre sol sans transplantation ni pénétration, uniquement par voie de putréfaction , en laissant parvenir la corruption jusqt^au point central, et jusqu'aux principes originaux et constitutifs qui la font ce qu^elle est? C'est un grand et redoutable {Nroblème. Si vous en êtes là, il n'y a plus de Français, même en France; Roms n'est plus dans Rome, et tout est perdu. Mais je ne pois me résoudre à faire cette supposition. Je vois parfaitement

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ce qui vous choque et vous afflige ; mais j'appelle à mon secours une de mes maximes favorites^ qui est d'un grand usage dans la pratique : Vœil ne voit pas ce qui le touche. Qui sait si vous n'êtes pas dans ce cas^ et si Tétat déplo* rable qui vous arrache des larmes est cependant autre chose que l'inévitable nuance qui doit séparer Pétat actud de celui que nous attendons? Nous verrons^ ou bien nous ne verrons pas^ car j^ai soixante ans ainsi que vous; et si le remède est chronique comme la maladie^ nous pourrions bien ne pas voir Feffet. En tout cas^ nous dirons en mourant : Spem bonam certamque domum reporto. Je n^y renoncerai jamais.

Je ne vous dis rien de la pohtique; elle ressemble à tout le reste : les noms seuls ont diangé, les principes sont les mêmes. Il faut prier^ écrire^ et prendre patience. Je suis enchanté que mon dernier opuscule ne vous ait pas déplu; et vous avez encore ajouté à ma satisfaction, en m'apprenant que j'avais obtenu de plus Tapprobation de monseigneur l'évéque d'Orléans et de M. de Fontanes. Je vous prie expressément^ Monsieur, de vouloir bien me présenter à eux dans les formes. Ah! que je voudrais leur parler en main propre, comme dit Jeannot ! Mais je vois quil faut renoncer à ce plaisû* comme à tant d'autres. J'ai vu un instant la possibilité de voir Paris; maintenant^ il n'en est plus question. — A visiter Paris je ne dois plus prétendre. Cependant^ il y aurait de bonnes choses à faire dans cette capitale. Criez de toutes vos forces : Vbi sapiens ? vbi seriba ? uhi conquisitor hujus sxculi? — Vingt hcmunes suffiraient, s'ils étaient bien d'accord; mais parmi ce qu'il y a de meilleur chez vous, et même parmi le sel de la terre j il y a bien des erreurs. L'Église gallicane, si respectable d'ailleurs, en était venue néanmoins insensiblement, par des causes qui datent de loin et qui vaudraient bien la peine d'être analysées, à se croire non

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pas catholique^ mais Y Église eaihoUque. U était deYeu bien difficile de faire entrer dans la meineare tète fraih çaise^ même mitrée, que VÉ^se gdli«me n'âait cp'ime province de la monarchie catholique^ elqo'ane assanblée provinciale duDauphinéoa du Laôngaedoc, statuant sur la prérogative du roi de France, ne leprésenterait que &iblement l'absurdité d'un synode italien ou français statuant sur celle du pape. Gibbon a dit quelque part : L'Église gallicane, placée à une égale distance des protestants et des catholiques, reçoit les coups des deux partis. Vous me faites bien Thonneur sans doute de croire que je sab faire justice de rexagération qui se trouve dans ce passage; il ne contient pas moins une grande leçon pour des gens qui allaient beaucoup trop loin parmi vous. Le tort que vos écrivains (j'entends même les bons) ont fait à l'esprit d'unité est incalculable. Voyez Fleury^ le {dos dangereux des hommes qui oai tenu la plume dans les matières ecclésiastiques (car il n'y a rien de si dangereux que les bons mauvais livres, c'est-à-dire les mauvais livres faits par d^excellents hommes aveuglés) : avec son historiette ecclésiastique, faite comme on fait les diâssis en collant des feuilles de papier bout à bout^ il s*est emparé de toutes les têtes; et tout bachelier sevré d'avaniÛef, qui a glissé sur cette entreprise^ croit en savoir autant que le cardinal Orsi.

Je relis maintenante mes enfants Ve^LceWeaie Histoire de FéneloHy composée par votre illusU'eami; c^éstun ouvrage dicté par le talent le plus pur, par la plus sévère impartialité, par la plus haute sagesse (i). Fleury^ cependant^ est

(I) M. de Maistre n'avait pas encore la V Histoire de Bossuet, qui paroi plos tard, et qu'il attendait avec impatience, comme il le témoigne en plasieurs endroits de ses lettres, mais qai a du tromper son attente.

Un pieux et savant sulpicien, M. Gosselin , vient de donner une éditioo de VHiMtoire de Pénelon avec da remarques et des additions qui en font 110

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