‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 101 sur 166 · A H. LB VICOMTE DE BONALD · texte numérisé non relu

A H. LB VICOMTE DE BONALD

loué dans le premier volume effusis laudibusj sans la moindre resU*icti(m> tant le préjugé national est terrible! D'Alembert disait totqours, le sage Fleury ; Voltaire disait : // est presque philosophe; il a obtenu le triste honneur d^étre traduit^ aj^rouvé et commenté par les protestants, qui ont dit ore rotundo : Il est des nôtres. Par quelle magie arrive-t-ilqu^in écrivain ecclésiastique soit approuvé par les athées^ par les protestants et par les évéques de France? Il faut qu^il soit bien parfait.

Le concordat est venu encore ajouter un nouveau mal à l^ancien : c'était encore une jolie idée que celle de vouloir enfermer l'Église catholique et la France dans un salon^ et dans un pays encore où les appartements sont notoirement étroits ! — C'est de ce côté que. je crains infiniment, je vous l'avoue. Il est aisé de disserter siu* l'obéissance^ mais la pratiquer ne Test pas autant; il est aisé de s'écrier : Puisse ma langue s'attacher à mon palais, si jamais je Vouhlie, 6 sainte Église romaine ! mais si l'on veut ensuite forcer la main du pape pour écraser un rival^ si le souverain pontife refuse d'aller aussi vite que la passion^ on lui écrira fort bien : Sa Majesté saura ce qu'elle aura à faire. — Charmant post-scriptum au sermon sur l'unité î

Quand les choses sont établies, elles vont bien ou mal; mais lorsqu'il s'agit de rétablir, tout est glacé^ et l'on ne fera rien, si l'on refuse d'employer toute la vigueur du principe constituant; car tout principe constituant est créateur, et notre principe à nous, c'est l'unité. Qu'aucune Église particulière ne s'avise donc de dire, Nous tenons que y etc., etc.; car toute la grande famille lui répondra : Qu'eÊt'Ce donc que vous dites? Nous est un solécisme; dites, si vous voulez : Je, je, je, je, etc., etc. Mais nousvous

oavrag^oat neaf, et que M. de Maistre eût loaé avec plus de plaisir encore et plus d'estime.

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avertissons qne cette quantité^ élevée à teQe pidsBaiieeqiiÉ vous voadrez/n'égalera jamais Nous.

Tout ceci^ Monsieur^ est dit sans préjudice des haniei prérogatives de l'Église gallicane^ qne personne ne cornait et ne révère plus que moi : reste à savoir si elle est morte^ et dans ce cas (sur lequel je ne décide rien) si elle peut renaître? — Il y a encore une terrible question préliminaire, celle dont je vous parlais tout à l'heure. — La France estelle morte? — Dans quel gouffre nous sommes tombés ! et quelle force nous en retirera?

Cvi dabit partes êcehu expiandi Jehovah? Tandem venku ^ precatnur^ Nube canderUes humeras amicius^ Christe Redemptor !

Sans vanité, Monsieur, ces vers sont ausâ bons que ceux d'Horace. Je m'en tiens, au reste, à cette prière jaculat<»re, ne voyant, conune vous, nulle espérance hors du point central. Vous êtes effrayé avec raison des efforts que le mauvais principe fait de son côté contre le bon; mais oelui-ci se défend d'une manière tout à fait consolante, et je serais tenté de croire que vous ne connaissez pas ses conquêtes. Le protestantisme en masse est évidenunent ébranlé ; il cesse d'être enragé, et par conséquent d'être; car le {urotestantisme n'est qu'une rage de Forgneil qui proteste par nature.

D'un autre côté, les grandes prophéties s'accomplissent Japliet prend évidemment possession des tentes de Sem» Nous verrons, nous verrons. — Mais, pour que la France joue, dans les mémorables révolutions qui se préparent, le rôle qui lui appartient, il faut qu'elle s'examine et qu'elle s'épure; autrement elle ne sera pas du congrès. Laissezmoi vous dire une bêtise qui n'est pas tout à fait bête : je crains les scélérats en France moins que les honnêtes gensj

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•— n fiait que ceux-ci peimettent aux chimistes étrangers d'analyser sous leurs yeux la terre gallicane^ d'y montrer on âéinent protestant (aussi petit qu'on voudra^ mais il y esjt) ^ car le monstre est né chez vous^ et toute grande révolution laisse quelque chose après elle; — un élément janséniste mêlé avec l'autre par voie d'affinité ; — un élément parlementaire rendu très-mauvais par la sublimation; enfin un élément philosophique^ qui n'a pas besoin^ je crois^ d'être décrit. — Voyez par quel départ préliminaire vous pouvez obtenir la terre vierge! — Au reste, Monsieur, je ne demande rien de surhumain, et je sais bien que For à 23 karats plus f^ s'appelle partout or pur; mm je vous répète que, tandis qu'un homme tel que vous, par exenjple, regardera la déclaration de 1682, je ne dis pas conune une loi fondamentale, mais seulement comme une chose médiocrement mauvaise, il n'y a plus d'espérance de salut, car nous ne pouvons nous sauver que par l'exemple^ et l'unité dans Puniversité. — Mais en voilà assez et même trop sur ce sujet; toutes ces pensées étaient dans le tuyau de ma plume; elles sont tombées en vertu de la seule loi de gravité.

Je suis ravi que mon opuscule ne vous ait pas déplu. C'était, à mon avis, une bien bonne idée que celle de l'imprimer à la suite des Considérations, supposé qu'on leur fasse l'honneur de les réimprimer. Je vous répète, avec la plus grande sincérité, que j'avais à peu près perdu ce livre de vue, et que votre première lettre seule m'apprit qu'on avait bien voulu y faire attention en France.

J'ai sauté de joie en lisant ce que vous me dites sur l'o. puscule de Leibnitz. Il y a plus de vingt ans qu'une dame suisse de mes amies, qui vient de mourir catholique à Vienne, me dit en propres termes : « Si les gardes de la a bibliothèque publique de Hanovre sont d'honnêtes gens^ a ils peuvent montrer la preuve que Leibnitz croyait à la I. 20 •

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a présenee réelle. » Cette phrase n'était jamais sortie de ma tète. Je tâchai^ il y a trois ou qaatre ans, de {«ofiter du despotisme français pour tirer le manuscrit prédeox de Toinbre^ mais je ne pus réussir. Aujourd'hui tous m'qn prenez que vous en êtes le mattre^ -—qu'on le traduit^ — qu'on rimprime ; «--vous me faites tcâit le plaisir posfflblê. Quels superbes aif^uments pour nous^ Monsiefir^ que Grotius et Leibnitz mourant catholiques, et Hdler déses^ péré I — Je brûle d'envie d'avoir cet ouvrage (1). Je wsh drais aussi avoir<i la Vie de Bossuet, dès qu'elle fera son entrée dans le monde; je voudrais cet autre ouvrage sor l'Angleterre dont vous me faites un si bel éloge; je voudrais même avoir quelques exemplaires de mm Eesai et de mes CansidérationSy â on les |réimprime. Perm^fei^ Mknsieur, que je joigne ici une lettre de (Séance de quelques louis pour me faire cette pacotille. Usez-en tout ou en partie^ suivant les circonstances; ^tre nous antres gens | battus de l'oiseau, point de compliments. J'ai soixante ans^ et je suis ruiné; voilà deux confcumités importantes avec vous. — Grâce à Dieu, il en est d'autres encore. Je ne saurais vous dire tout le plaisir que j'éprouvais, en vous lisant, de me trouver d'accord avec vous sur tant de points. U en est, comme celui de l'Angleterre, par exemple, sur lesquels nous sericHfis bientôt d'accord. Je serai enchanté de voir le grand ouvrage philosophique que vous m'annoncez (â). Sûrement il sera digne de son auteur : le mien touche à sa fin; mais je ne vois pas jour à la publication. Ici d'abord, impossible; mon rang me défend la souscription, et la fortune l'impressicHi à mes frais. Un ouvrage sérieux ne peut compter ici, n'eût-il que cent

(1) Le manoscrit de Leibnitz a été publié et tradait par M. Albert de Broglie.

(2) Leg Uechercheê fhUotophiquet»

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