‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 107 sur 166 · A H. LE COMTE DE BLACAS · texte numérisé non relu

A H. LE COMTE DE BLACAS

auriez été assez souvent bien content de votre ami. Bon Dieu ! quelle tempête ! On commence cependant à me féliciter sur mon inébranlabilité ; mais je ne veux point peser sur tout ce quMl y a de personnel dans cette affaire* Vous ne pouvez douter, et c'est assez pour moi, des sentiments de profonde estime et de véritable attachement dont j'ai constamment fait profession pour vous, et du prix que j'attachais au retour que vous m'accordez. L'une et l'autre fortune sont de purs accidents tout à fait étrangers à ces sentiments : toujours, mon cher comte , vous avez été en butte à une très-grande opposition; mais toujours j'ai rendu, malgré les sots, et toujours je rendrai, malgré les méchants, justice complète à votre caractère.

J'ai appris de vous , avec le plaisir le plus sensible , que vous alliez être père; mais bientôt les papiers publics m'ont appris le malheur essuyé par madame la comtesse de Blacas. Quel horrible accident I Je ne saurais vous exprimer à quel point j'en ai été effrayé. On ajoute, à la vérité, qu'elle s'est tirée de là avec un bonheur inouï; cependant, je ne serai parfaitement tranquille que lorsque vous m'aurez parfaitement tranquillisé. Je me recommande à vous ensuite pour être instruit sonica de l'heureuse arrivée du poupon.

Vous n'avez donc point oublié le nom de mon fils! Je n'épluche point les énigmes de l'amitié : le mot, quel qu'il soit, ne peut être désagréable

Sans doute, c'est un grand malheur que je ne me sois pas trouvé sur votre route; jamais je ne m'en consolerai : je ne suis pas même consolé que mon fils n'ait pu vous féliciter en personne sur la résurrection des morts. — Puisse- Irelle être jointe, comme dans le Symbole, avec la communion des saints! Mais, jusqu'à présent, j'en vois une

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d'une tont autre espèce. — Le jeune homme aurait bien pu demeurer à Paris pour vous attendre. — Je me trompe ; sans lui et sans son voyage, je n'aurais peutrétre jamais vu ma fenune et mes deux filles, qull m'a ramenées. A présent, nous avons le bonheur d*étre malheureux ensenn ble. C'est déjà beaucoup^ sans doute; mais j'aurais pu me flatter de quelque chose de plus. Ce voyage et mon établissement m'ont jeté absolument à terre; des événements entièrement miraculeux m'ont rendu tout à fait étranger à la France, à la Savoie et au Piémont. Ma patrie apparti^ à votre maître; ma personne et ma foi sont au roi^ tant qu'il daignera s'en servir. Mais vous savez^ Monsieur le comte^ ce qu'est^ dans une capitale déjà pea firatemelle, Fhonune appartenant à une province séparée. Je vous dirais ce que mon œil aperçoit de plus dans Tav^oir^ si je voulais conunencer le chapitre de la politique : mais Dieo m'en préserve!

— Pour moi^ je me traîne comme je peux vers le terme, appliquant sur mes blessures tout le baume dont je pois disposer. — Voici les ingrédients : bienveillance publique, amitié^ étude^ bonheur domestique. Songez^ je vous en prie, que vous êtes pour beaucoup dans le second article, et que si vous veniez à diminuer la dose^ vous m'^tendriez crier sur-le-champ.

M. le comte de B. a dû vous porter une lettre de moi. Je ne vous parlerai plus autrement, mon bien cher comte; je suis comme Lusignan^ — à visiter Paris je ne dois plus prétendre. Le vent souffle où il veut, à ce que dit l'Évangile; il lui a plu de souffler ainsi.

Adieu mille fois, mon trèsK^her comte; je souhaite ao Français, au père et au ministre que renjférme votre gilet, toutes les espèces de bonheur que peuvent désirei ces trois messieurs.

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Quand je dis que je ne tiens plus à aucun*pays, cela s'entend dans le moment présent^ car l'état actuel de ma patrie n'est pas durable. Quelle appartiendra toute à votre maître par quelque moyen possible, c'est-à-dire juste, ou elle reviendra toute à son maître antique. Il serait bien ridicule à moi de vous expliquer ce qui me paraît plus probable. — Un papier public me dit dans ce moment qu'il s'agit pour vous d'une nouvelle élévation. Ainsi soit-il. Tenez-vous bien !

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