‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 110 sur 166 · A M* le clieTaller de · texte numérisé non relu

A M* le clieTaller de

BSFLEXIONS 8UB LB KOKENT.

Saint-Pétenboorg, S9 mars (Il avril) 1815.

JTavais fermé et envoyé mon paquet d'aujourd'hui^ lorsque la confirmation des fatales nouvelles de France nous est arrivée. Le retour de Bonaparte est tout aussi miraculeux que sa chute : les suites seront épouvantables ; mais il faut bien se garder de désespérer. La guerre va recommencer avec une nouvelle fureur, n faut que les alliés se hfttent d'entrer, et ne laissent pas à l'usurpateur le temps de respirer. Il faut , malheureusement aussi^ que la guerre se fasse avec plus de dureté que la précédente. Rien ne réussira si l'empereur de Russie n'est pas généralissime^ et si on ne lui défère pas une dictature fondée sur la persuasion et la conviction universelles. Point de succès sans unité, et point d'imité sans ce prince; cependant^ quand même on le revêtirait de toute la confiance nécessaire^ il y aurait toujours de grands dangers.

i« L'union des alliés sera constamment menacée. Ils auront contre eux leurs intérêts^ leurs passions réciproques^ et les artifices de Bonaparte^ qui aura plus d'un moyen de les tenter en détail.

^ L'archiduchesse Marie -Louise et son fils seront très-embarrassants dans cette occasion, n faudrait que l'empereur d'Allemagne eût le courage de s'en priver^ et les mettre (surtout le jeune enfant) hors de sa puissance.

3^ Le mécontentement des peuples^ qui est porté au comble, est le dernier et le plus grand des dangers. C'est une anse terrible que la main de Bonaparte cherchera à saisir par tous les moyens possibles.

La grande prétention àe notre siècle est de se croire fort supérieur àkMwlcsratreft; ei k fait «st cependant quH est fort a&dessous : Q est toujours en ccxitradiction avec le bon sem anden. Ce bon sens avait persuadé à tous les hommes que les princes ne doivent traiter que par des intarmédiaiies; ei&kdSA, Voa peut prouver que les princes, même excellents, réussiront moins bi^i par eux-mèmei que par Fa^aae de ministres, mime médîo- Giek Mak, sana se Jeter dans les nâmmeineiitSy oa pe^ ^ent^iir mm faits»

Jamais, peutrètre, il n'exista de meiïïeofa iNrinee^ plm bomains, ]^us accessibles, plus raisonnaUea, que Ica prinœs raseendriés an congrès. Gepesùdsod, quel est le résnl* tait Le mécontentem^i universel. Ce qo^ y a d'étrasge, c'est que les jdus grands de ces princes se sont laiasé vn* hktœaai pénétra par les idées philoe<qphiqnea el politiques du siècle ; et cependant jamais les nations n'ont été plus méprisées, foulées aux pieds d'une manière plus irritante pour elles.

Voici les trois maximes qui ont présidé anx destinées de l'Europe : i* la souveraineté dent être estimée , mm par son caract^ essentiel, mais par sa puissance pby»que, conU« la maxime antique, universelle, invarisÂie, qui demandait toujours à disque prince. Qui éie$-4wm? et non. Que pouves^vous ? En conséqu^ice, les puissances qui se sont déclarées ou même faites tout à coup grandes, ont pris la plume, et décidé du sort des autres^ rendues simples spectatrices : il devait esk résulter nécessairement quelques inconvénients moraux trop long» à détailler, et, de [dus, de la part de tous ceux qui n*y ont pss gagné, un mécontentement qui sera toujours tout prêt à se montra.

V Les souverains légitimes ont sanctionné publiquement la maxime des divisionsy morcdttements et a4iûd^

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cations de iouverametés pour de simples raisons de con-* venance. G^est précisément la maxime de Bonaparte, et c'est une semence étemelle de guerres et de haines, tant qu'il y aura une conscience parmi les hommes.

3** n y a de même passé en maxime^ que fon peut pHver une tuitUm, malgré elie^ de son légitime souverain. — Voici la première conséquence directe et inévitable. Done en le peutf à plus forte raison, si la nation le demande^ -— Mais si elle peut faire juger son souverain, pourquoi né pourrait*^le pas h juger f Tout cela est bien mauvais et bien dangereux; on sait d'ailleurs que le plus grand supplice pour une nation^ c'est d'être commandée par une autre. Quelquefois tes circonstances imposent ce malheur; mais o'est toujours un état infiniment dangereux, et que la saine politique et la justice même doivent éviter autant qu'il est possible.

n y a donc beaucoup d'éléments incendiaires en Europe, et notre grand ennemi en profitera sûrement, s^il n'est pas écrasé subitement; et il ne le sera pas si Tempe* reur de Russie n'est pas déclaré dictateur européen*

Outre les dangers généraux , il y en a de particuliers à chaque nation. Pour ne parler que de celle que je vois, et qui est incontestablement la première sous le rapport militaire, que n'a*t-elle pas souffert depuis trois ou quatre ans 1 Quelles dépenses n'a-t*elle pas faites en hommes et en argent I Toutes les nations ont besoin de leur souverain, mais la nation russe plus que toutes les autres; cependant elle est veuve depuis plus de deux ans : jamais cela ne s'est vu« Si elle marche droit, c'est parce qu^elle u^est ni sanguinaire ni turbulente. Malheur à nous, si elle était saisie d'un de ces transports au cerveau qui ont attaqué des nations non pas plus raisonnables, mais plus raisQQU^uses 1 Qui sait ce qu'elle peut supporter en-

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