RÉFLEXIONS SUR LE HOMBMT
core en hommes et en argent? Dieu le sait sûrement^ et l'empereur peut-être.
n y a une chose que Dieu sait tout seul : c'est la force physique et morale de l'armée française^ et Teffort dont elle est capable.
L'homme par lui-même n'est rien : c'est un ballon qm n'est par lui-même qu'un vaste chiffon^ dœit la grandeur^ la beauté et la puissance dépendent uniquement du gas qui le remplit; ce gaz se nomme religion ^ liberté ^ orgueil, colèrcy etc.; en un mot^ tout dépend du sentiment nuMral qui enflamme l'homme, et qui augmente ses forces sans mesure.
Ce sentiment redoutable existe dans l'armée française , et il a été créé par le traité de Paris; une province ai Flandre l'aurait peut-être prévenu. On dira sans, doute qu'il n'y avait pas moyen de faire autrement^ et que tous les jours la politique est obligée de faire moins mal^ au lieu de faire bien. — Rien n'est plus vrai : aussi l'on se garde bien de critiquer, on dit seulement ce qui est, sans aller au delà.
On smt que jamais une armée ne se détache du souverain qui l'a fait vaincre : ici, il y a un grand sentiment et un grand mouvement de plus : l'armée française a réuni dans sa pensée l'idée de son avilissement à celle des Bourbons, et celle de sa gloire à l'idée de Bonaparte. Ce sentiment dans les têtes françaises peut soulever des montagnes. Le caractère du chef doit donner encore beaucoup de crainte : on parle beaucoup de son talent militaire, et pas assez de sa puissance sur les esprits, qui est le premier élément militaire, s'il n'est pas tout; on en a vu des preuves qui commandent l'étonnement et l'efficoi. Quel souverain légitime en Europe se flatterait de conserver l'attachement et même l'admiration et l'enthousiasme de son
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année^ après la retraite de Moscou? Gomment, parmi tous ces hommes mourant dans les tourments du froid^ de la nudité et de la faim, ne s'en est-il pas trouvé un qui ait dit un mot contre sa légitimité? Un officier français nommé Rapaiely attaché au général Moreau^ et depuis à la personne de S. A. L, parlait un jour à un groupe de prisonniers^ et tftihait de leur faire comprendre Textravagance de leur chef; le plus téméraire de tous répondit : a n est vrai qu'il est un peu ambitionnaire. b C'est le plus grand blasphème dont ait connaissance celui qui écrit ced.
Le caractère de Bonaparte et la puissance qui en résulte deviendront mille fois plus terribles^ s'il a le cruel esprit de jouer Vauguste^ comme on peut le soupçonner très-légitimement. Déjà il a dit qu'il avait fait des fautes^ et qu'il Us réparerait. S'il s'avisait de rappeler les émigrés rentrés avec le roi^ de leur donner des pensions; de vanter la fidélité partiut où elle se trouvera; de faire réparation au pape y et de le soutenir dans ses fonctions élï dans ses États^ etc. y le danger serait porté au comble.
Les huit cent mille soldats alliés dont on nous parle sont très-respectables sans doute; mais c'est une armée mosaique. C'est le dragon à plusieurs têtes , et notre ennemi est le dragon à plusieurs queues. Qui sait si les alliés auront la sagesse de créer la tête unique? D'ailleurs, la première de ces puissances est bien éloignée, e già molto spossata : lorsqu'on songe au chemin que doit faire on soldat de Tobolsk pour aller se battre en France, on ne peut se défendre d'un peu d'inquiétude.
Les désavantages de Bonaparte sont le défaut évident de cavalerie et d'artillerie; d'ailleurs^ s'il n'emploie pas ses anciens maréchaux, il manquera de généraux; et s'il les emploie, comment pourra-t-il s'y fier? Comment le plus soupçonneux des hommes ne les humiliera-t-il pas
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par quelques regards de travers , et Comment ne pourrat-oû pas en profiter? J^ai peine à croire qu'il ne s'élève pas quelque caractère militaire en faveur de la maison royale.
Plusieurs diront : Qu'importent les Bourbom^lêiKOiA Aire les Français; ne nous mêlons pas de la question. Cette idée est anglaise surtout. Cepend||Et elle ne paraît pas juste; il faut au contraire tenir cette famille toujoan en vue aussi près de la France qu'il sera possible , et lui montrer toujours la même considération.
Une idée qui se présente encore assez naturellement) c*est celle de détruire la FraîRie; mais plusieurs raisons font douter que la chose soit possible. D'ailleurs^ une ex* tréme rigueur empéohe la guerre civile^ et nécessite use réunion tenrible. La maison qui renferme des laboureun et des artisans vomit des soldats^ si on la brûle. Il faut donc que la rigueur soit assez forte pour eSIrayer et pour fatiguer jjBiais pas assez pour désespérer. Ni||l verrons encore (J^grands malheu|||L La France sera baignée dans le sang, et le mérite bien. L'armée qui a replacé Bonaparte sera détruite, n peut se faire qu'il fasse, quelque conquête, qu'on sera même obligé de ratifier; mais à la fin il tombera, et la famille royale reprendra ^a place. Ces propositions sont, à la vérité, tout à fait paradoxales: le temps dira si elles sont folles ou prophétiques.
Au milieu .de ces nouvelles convulsions, notre situaticm particulière est bien cruelle. Comment la puissance Éjjl serait-elle pas déplacée, ébranlée ou dominée? H est biS^ à désirer que la première tête né soit pas obligée de quitter le continent. Du reste, il faut s'attacher à un grand système, et le suivre d'une manière passive; c'est tout ce qu'une sage réserve permet d'énoncer.
On a tâché, dans les pages précédentes, de t^v la balance juste entre la crainte et Pespérance; mais qui peut
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prévoir les événements qui, d*un moment à Tautre, peuvent changer subitement la face des affaires?
Deux choses paraissent particulièrement remarquables à cette époque : 1** la conservation de Bonaparte et même les égâfds pour sa personne^ malgré tous les conseils de la sagesse et de la politique ; S"» la conservation du roi et de sa famille^lptl^ tous les conseils de la scéléraleâse. Au milieu de la défection générale^ comment n'a-t-il pas été touché? — Tout va sans Thomme et malgré l'homme, — Bonaparte est venu accomplir son rôle, et le roi, on peut n'en pas douter, reviendra accomplir le sien. On le dit, à la vérité, frappé d*un accident d^apoplexie; mais le roi ne meurt pas»
Pendant qtle ceci s'écrivait, la nouvelle est arrivée que 8. M»I. s'était déclarée roi de Pologne, et S. M. I. R. A., roi â*ttaliB, et 8. M. prussienne, roi de Saxe. Les grandes résolûtes sont commandées par les grands dangers; s'il en îéafll par la suite des conséquences i]|Éheureuses, elles doivent être mises à jf^ charge de ceux qui ont reûdu ces révolutions nécessaires (ceci n^est qu'un bruit : U avril).
Tous les officiers qui sont ici ont reçu Pordre de partir dans trois jours; les officiers, même des milices volontaires, sont compris dans cet ordre. La garde sera embarquée; je ne sais où elle doit prendre terre, peut-être à Dantzig; on dit qu'elle demeurera en réserve. La guerre Hgje fera avec une rapidité et une vigueur inconcevables. ^^ La faveur qui semble environner Bonaparte ne doit point étonner; nous jugeons, san» nous en apercevoir, les Français' d'après nous-mêmes : il n'y a pas d'idée plus fausse. Depuis vingt-cinq ans le Français est privé de sei maîtres légitimes : il faut ajouter au moins dix ou douxa ans, oaH^vant cet ftge, l'homme ne se connaît pas. Tout