A« T* B* P* d'Brrelaiiflre-Titry, de la €• de «i
àOde«Mu
Saint-Pétersbourg, 87 mai (5 Joio) 1815.
Mon très-cher et révérend Père,
Très-certainement nous sommes brouillés^ et, comme je ne sais pas pourquoi^ c'est à vous à me le dire; et je vous en somme en vertu de la sainte obéissance dont je me suis fait céder le droit par le très-révérend Père Général. J'écris au R. P. de Vitry , je lui écris de nouveau; je lui envoie même une petite production, précisément dans le genre quMl désirait : et non-seulement il ne me répond pas^ mais pendant une année entière il ne donne pas signe de vie. Certainement, quelqu'un lui a dit que j'étais jacobin ou janséniste. Parlez, mon cher Père; dites l'un ou l'autre : Quidquid dixeris, argumentabor. Si, par hasard, vous me haïssez, je vous avertis qu'il ne faut pas vous attendre au réciproque ; car je ne cesse de vous désirer ici , ce qui n'est pas un signe de haine. Depuis que mon ami lltalien est parti de Polosk pour la voûte éthérée, il me manque de temps en temps, entre sept et neuf heures du matin, suivant la saison, une tasse de café philosophique ou théologique. Je songe souvent que vous pourriez fort bien me la donner, et la communauté de langue de plus ne gâterait rien. À présent que vous avez planté, d'autres pourraient arroser, pendant que vous viendriez ici jaser avec vos amis sur Tagricul- . ture. C'est un sujet inépuisable^ et que la plume seule
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traite mal. L'état de la vigM n'a peat-ètre jamais été a extraordinaire. J'ai continuellement Toeil sur ses oamen* L'antique phalange^ déjà affaiblie par celui qui affaiblit tout^ est sur le point de disparaître entièrement. Où sont les successeurs^ et qui recevra le manteau d^Élie? C'est la grande question. Je vois bien du lèle, de Tassiduité^ et va esprit de conservation digne de toutes sortes de louanges; mais j'ai beau regarder^ je ne vois nulle part» la flamme créatrice. Je me console avec mes propres maximes; je me dis : Souviens-toi donc de ce que tu as dit ^ que rien de grand ri a de grands commencements. TL est donc bien vrai que nous ne voyons point de flamme; nuds qui nous dit qu'une légère fumée^ imperceptible à tous les yeux ^ (ou presque tous)^ n'annonce pas un incendie divin pour la génération qui arrive? Un honmie tel que Wemer^ par exemple^ n'est-il pas digne d'une très-grande attentioiiî Il y a bien d'autres signes : sed de his coram. Et voilà pourquoi je vous demande cette tasse de café que vous ne me refuserez pas, si vous n'êtes plus avare qu'Harpagon.
Vous avez, sans doute, accordé le plus grand intérêt à l'aventure du jeune prince Galitzin, qui a tant occupé les cercles de la capitale. Devant tout bomme sans préjugés^ l'accusation tombait d'elle-même; car conunent imaginer que des honunes ayant des têtes sur leurs épaules eussent été capables d'une telle imprudence? Mais où sotit les hommes sans préjugés? Rara avis in terris^ même en Russie. C'est la profonde sagesse de l'empereur qui a sauvé vos collègues^ et nous tous^ d'un très-grand désagrément. Je ne puis assez admirer sa prudence et son équité dans ces sortes de cas. Au reste^ mon très-cher Père, je crois savoir à n'en pas douter^ et sans l'avoir cherché^ que le jouvenceau est inélnranlable. C'est une chose très-extraordinaire. Vous aurez entendu souvent ce ^
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leau raisonnement : Si on ne lui amitpas parléy eofn*' nent aufêit-it changé ? Sans doute qu'on lui a parié; nais qnlT Vbi vult spirat. C'est le quatre ou cinquième exemple incontestable de ce genre dont j'ai connaissance.
La politique est un autre sujet inépuisable^ et d'autant dhis inéjpuisable qu'il se lie au précédent^ et ne peut plus/ I mon hvié^ en être séparé. La France est encore sous IV lathème^ au point qu'elle m'a fait douter si elle n'était pas iiorte. Cependant, je crois toujours qu'elle est réservée à ^elque grand rôle. J'ai dit, Je crois; peut-être j'aurais 3iieux dit : J*aime à croire. Comme vous voudrez. Il est vrai cependant qu'il y a de bonnes raisons de cro^ ainsi ; liais, d'une manière ou d'une autre^ il arrivera de grands ±aDgements. Le3 souverainetés même commencent à pfflécbir : il en est temps. J*ai Pœîl sur l'Angleterre. Soyez sftr qtie de ce pays partira, un jour, quelque fusée à la fCongrève qui nous donnera une belle illumination. Don- Dez-^moi des nouvelles du petit carré de la grande vigne qtd est tombé sous votre bêche. Le terrain est-il bon, et les broussailles n^étouffent-elles point les ceps ?
Jadis, dans les moments de danger, vous me mettiez mr la patène; mais conament ferez-vous aujourd'hui, mon cher et révérend Père? Je tiendrai beaucoup de place avec toute ma famille. Si le diamètre de votre disque sacré ne lofflt pas, nous consentons, père, mère, sœurs, à demeul?ep à terre, pourvu que vous éleviez bien haut votre pauvre dievalier-garde, qui est sur le point de repartir. "Vftds Ta- ' ^ez gardé, avec vos alliés, de Smolensk à MontSttIre; ne ^ous lassez pas aujourd'hui^ mon révérend Père, dussiez- ^us, comme Moïse, vous faire soutenir les bras. Je ne ïegarde pas, au reste , comme démontré qu'il y ait une guerre; Bonaparte, pour sa joyeuse entrée, a débuté par couper le cou à son auguste beau-frère : vous verrez qu'il B6|Aerdra lui-même. Les jacobins le saliront en le tou* I. 22
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cfaani^ et dès qa^ sera ridicide, il ne saa plus. Qmodfo
famtumque sit! Sur cela^ mon cher el réYéreod Père^
prends congé de voos^ en ?ous assurant qae tous nés
tirez jamais de mon cœor.
Votre, etc.
P. Se Cette letoe tous sera renûse (4) en main proj par un Anglais, M. Jdbn WiUiamson, homme qui m' fort recommandé ici, et qui me parait xm tori boon homme.
lOQ. — A Maéaaie ëe •wetekim, à 0teébuu
Salnt-Péto»boarg,.... 1814.
Foire Excellence, çKai Ut un pan mot (â). Les esç ont un grand inconvénient : il n'y a pas moyen de les \ sir. Pendant votre séjour ici, vous fûtes vue ou «atre par quelqu'un de ma famille; mais comme vous étiez d le plâtre et dans les affaires, je pensai que vous pour sans miracle avoir envie de ne voir personne, et qu vous aviez eu une demi-douzaine de quarts dlieure à [ dre, vous me l'auriez probablement fait savoir : c^est qui m'empêcha de vous chercher chez vous. J'ai su, puis, que vous aviez beaucoup vécu avec Taimable sœi qui j*ai eu Thonneur de faire ma cour avant-hier d rile. Elle m'a dit qu'elle se disposait à vous rendre v( visite^^joiest fort bien lait à vous. Je vous suis des y dans îMlt solitude. Madame; je vous accompagne d vos longiïes promenades. J'espère qu'à votre retour v nous ferez présent d'un petit traité sur la soUtude, d
il) Aa moment où J^écrWais ceci, rexcellent homme n'était plus.
(S) Foire Excellence, j'ai dit un bon mot. Badinage sur la pronoodi aUemande d'un maître de langues» qui avait fait précéder de cette pb le récit d'une platitude.
A MABAME DB SWBTCHIN. 339
VOUS avez examiné le fort et le faible tout à votre aise. Quand fêtais dans mon jeune âge, on m'a fait étudier^ a jamais moins seul que lorsque j'étais seul, d ce que dit Cicéron d'un très-grand homme ; mais voilà Fénelon qui me dit d'un autre côté : On n'est jamais mains seul que lorsqu'on est avee soi; — et c'est pour me dire qu'il faut se défier d'une aussi mauvaise compagnie. On ne sait auquel entendre. Il pourrait se faire qu'ils eussent raison tous deux. Fotre Excellence, métidez cesuchei aumilieu defos pouleaux; et vous nous direz deux mots.
J'ai tâché de mener les affaires de France aussi bien qu'il m'a été possible; cependant j'ai bien peur de n'avoir pas réussi parfaitement^ et de vous laisser plusieurs choses à désirer : je recommande surtout ceci à vos réflexions. Ils déclarent tous solennellement qu'ils ne font la guerre qu'à lui; puis^ lorsqu'ils sont arrivés à la porte de la cajntale^ ils traitent sans dire un mot de lui : Expliquera , ma foi, les princes qui pourra/ N'allez pas croire, Madame^ je vous en prie^ qu'on puisse mettre prince partout où il y ajemme, sans rien déranger; l'à-propos est ici sans con- . séquence. Il ne parait pas douteux^ au reste^ que les puissances aient pris des résolutions préliminaires sur le grand homme; ainsi il faut attendre le résultat. Mais quand on l'étranglerait^ lui et les siens, aurions-nous fini? Bah! le pauvre roi de France a de terribles affaires sur les bras^ dont malheureusement la bonté ne peut se tirer. Il y aurait maintenant une belle chose à f aire^ mais qdESb pour- - rait guère entrer dans un billet. If'***:
Hier^ Madame, si les oreilles vous ont tinté vers les neuf heures du soir^ c'est que je disais du mal dQ vous chez l'ambassadeur de France, qui est aussi venu chercher la solitude sur les bords de votre belle Neva, vis-à-vis Kami- [^ niostrof f , dans une maison de bois assez bien arrangée pour qu'on puisse y marcher sans enfoncer. Nous avons
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Inité plosieiin sojeUmmiis agréiUes que voos^ Madame. * Je rae recoaunaiide à votre sonvraiir; quant an mien^ 9 TOUS est font à £ût dévoué : vingt-deux werstes rembarrassent bien moins qn^dles ne m'embarrassent moi* même; ainsî^ lorsqu'il se iprésmde, je vous prie de ne pas fiûre dfae : NieprmiBunet{i).
Agrées^ Madame, les hommages toot à fait distiih gués^ etc., etc.