‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 116 sur 166 · A mméamfb ëm M · texte numérisé non relu

A mméamfb ëm M

31 joiUel(Il«oai)ISlS.

Ckxnment vous peindre, Mbdame, Fimpressiaitt que m'a faite l^état que vous me décrivez? Que je voudnds être votre v(Hsin I Un ami véritable est^ au pied de la lettre^ un conducteur qui soutire les peines^ — surtout les peines de ce genre. Si vous saviez comme je vois clair dans votre pauvre cœur ! Vous me rappelez Tarrét que j'ai porté contre lui; je ne le rétracte pas. L'aatreprise que vous avex formée est un crime : j'espère que vous m'entendez sur œ mot crime. Pauvre excellente femme ! vous voulez donc jeter dans les bassins de votre balance, d^un côté, Bossuet, Bellarmin et Malebranche, de l'autre, Clarke, AbbadieetScèerlockl — et vous les pèserez sans doute! — mais, pour les peser, il faut les soulever : belle entreprise pour votre élégante maini C'est là le crime. Jamais, Madame, vous n'arriverez par le chemin que vous avez pris. Vous vous écraserez de fatigue; vous gémirez, mais sans onction et consolation; vous serez en proie à je ne

U) Madaoït aa regott Hi«

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fiais quelle rage sèche qui rongera Tune après l'autre toutes les fibres de voti'e cœur, sans pouvoir jamais vous dé« barrasser ni de votre conscience ni de votre orgueil. Ce Bcherlock^ que je vous nommais tout à l'heure^ a prononcé ce mot remarquable : Never a man was rea8(m*d oui of his religion; ce que j'ai traduit ainsi, après en avoir à peu près désespéré : Jamais homme ne fut chassé de sa reti" gitm par des arguments. De quelque manière qu'on dise^ rien n'est plus vrai. La conversion est une illumination soudaine, conune dit Bossuet. Nous avons une foule d'exemples de ce genre, même dans les hommes supérieurs les plus capables de raisonner. Le dernier est celui de Werner, qui se vit frappé d'un coup de eatholieisme en voyant sortir le saint sacrement de l'église deSaint-Ëtienne. Le pendant exact est dans ma mémoire depuis longtemps; nais, quoi qu'il en puisse être, et soit que l'heureux changement s'opère subitement ou par secousse, toujours il commence par le cœur, où le syllogisme est étranger. Keim* a man was reason*d ont of his religion; et jusqu'à ce que l'orgueil soit complètement détrôné^ il n'y a rien de fait.

En revenant sur cette balance dont je vous parlais tout àPheure, vous pourriez fort bien me dire que je ne parle point à vous en vous citant les protestants; mais je ne saurais trop vous répéter, Madame, que très-certainement vous étés protestante, car le protestantisme n'est autre chose que l'or^^i7 protestant contre l'unité. Or, quoique les sectes diffèrent entre elles, cependant par. rapport à Doua elles sont toutes égales, puisqu'elles ne sont pas nous. Dès qu'une branche est coupée, elle n'appartient plus à Parbre; celle qui est verte encore, celle même qui n^a pas touché terre, diffèrent sans doute de celle qui a fait du charbon depuis dix ans; mais pour Tarbre c'est égal ; elles txe sont plus luij ni à lui, ni de lui*

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Yotie eoev^ si fain fût, â doBi, â lendreyveeèle étendant ane hame TÎdente, wmère, anffBÊidlB et jnsqpe nécaiiiqiieooiitretoiiteaiilorité(l). Le rûsomiement pcNm qnelqoefoîs transiger arec tous; mais le {vemier morne- f ment est toajoars:CofliM««/ dose /etc.; c'est pooiqQaî * ions â souvent ^ en hadinanf sérieusement, qœ vma éUez née proiesimnte. Je me rappelle on moment ok 1 ▼nos édiq^ on momrementde véritatiie indignaiîni propos de la dtf^mse de lire tel on tel livre. Gqpendnl^ pourquoi Factorité n'anrait^le pas droit de mettre ait porte des libraires la même sentindle qu'dle place à œlk des {Aarmaciens? et pourquoi mademmdle N.«. annifcdle {dus de drnt de demanda Jeatme à Boqpini^ qu'on once de sublimé à Gips^i? Je m'amusais dans un coin i voir votre colère. Soyez sûre, Madame^ que c'est une&position balHtnelle qui vous trompe el vous cache à vooh même. Vous croyez n'être pas ccmvaincue; vous Fêtesdepuis longtemps autant que moi. Vous croyez dierdi» h vérité, cela n'est pas vrai du tout : vous cherchez le doute, et ce que vous prenez pour le doute est le remords; oo, pour mieux dire, c'est un remords. Vous disputez avec votre consdence : elle vous pince, c'est son métier.

Ce doute même qui vous tiraille est seul une gnmde preuve Cimtre vous. Le doute n'habite point la cité de Dieu. C'est un beau mot de saint Augustin (ou de quekpie autre) : comment le doute et la vérité pourraient-ils habiter ensemble? C'est une contradiction dans les ternes. Nous ne pouvons^ hélas! que trop avoir le remords da crime; mais le remords de l'erreur, qui est le doute, nous ne l'avons ni ne pouvons l'avoir. Hon de la cité, au oon-

(1) Ceci, qai est écrit à grande ooone de plame, est trop général. Entendez VautariU qui veut dominer la opimotu^ etc. (Ifote mise sur la lettre

méBMi)

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iraire^ le donte est chez lui, et ce doute est un don^ puisqu'il avertit de rentrer.

Vous lisez maintenant Fleury, condamné par le souverain pontife^ pour savoir exactement à quoi vous en tenir sur le souverain pontife; c'est fort bien fait. Madame: nuds quand vous aurez achevé, je vous conseille de lire laréfiitation de Fleury^ par le docteur Marchetti; ensuite vous lirez Febronius canire le siège de Rome, et d'abord Bfaès (en votre qualité de juge qui entend les deux parties) VAnii'Fébranius de Tabbé Zaccharia. Il n'y a que boit volumes in-8% ce n'est pas une affaire. Puis^ si vous m'en croyez^ Madame^ vous apprendrez le grec, pour savoir précisânent ce que signifie cette fameuse Égimonie que saint Irénée attribuait à l'Église romaine dans le troisième siècle^ d'après Tancienne tradition; pour savoir enfin A ce mot signifie la primauté de l'Église romaine^ ou la suprématie de l'Église romaine^ ou la principauté de l'Enlisé romaine^ ou laJurtdiWton de l'Église romaine^ etc. Le célèbre cardinal Orsi ayant entrepris une réfutation de Fleury, y trouva tant d'erreurs, quil se détermina à écrire une nouvelle histoire ecclésiastique, croyant que l'unique réfutation d^une mauvaise histoire était une bonne histoire, n entreprit donc une nouvelle histoire, et il mourut au vingtième volume in-4°, qui n'achève pas le sixième siècle. Croyez-moi, Madame, lisez encore cela; autrement vous ne serez jamais tranquille, etc.

Je vous disais, tout à l'heure, croyez-moi^ en souriant; maintenant, Madame, je vous dis très -sérieusement, Crayes^moi; lisez le sermon de £ourdaloue sur la paix chrétienne, vous y lirez ce beau passage de saint Thomas : Raisonner, c'est chercher j et chercher toujours^ c'est rCétre jamais content; car le doute sur la première des questions, c'est la fièvre de Tàme, comme la foi est la santé de FàmCf à ce que dit saint Augustin (cette fois j'en suis sûr;

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ei-devant je citais Huet). Philarète a dit cent pauvretés; ce n'est pas ce qu'on attendait^ et n'est pas, en particu- 1 ' lier, ce qu'attendait Taimable dame à qui J'écris ; mais ' < il ne faut pas en vouloir au bon archimandrite : quand il serait le premier liomme de l'univers, il aurait pu mieux écrire, mais jamais mieux raisonner. On dirait de lui : Vainqueur par son talent ^ vaincu par son sujet; il serait drôle vraiment qu'on pût dire la vérité contre la vérité.

Si vous persistez dans votre malheureuse et inutile étude^ je vous recommande instamment les réflexions suivantes :

!• Le pape a cinq caractères : il est, i* évéque de Rome, 2» archevêque de sa province métropolitaine, 3** primai dltalie , 4* patriarche d'Occident , 5** souverain pontifie : il n'a donc que la cinquième qualité dans l'étendue des autres patriarcats, et il n'y a pas plus aflhire qu'un a^ I chevèque chei son sufihigant. De là la rareté des actes, la possibilité qu'il n'y en ait aucun pendant longtemps, etc.

2<* Je me flatte d'avoir démontré jusqu'à Tévidence qu'aucune grande institution ne peut résulter d'aucun monument écrit. Ainsi, tout se réduit à ce que j'ai appelé usurpation légitime; le souverain agit, l'obéissance est générale, tranquille et constante; l'opposition, s'il y en a, est particulière, turbulente et passagère; enfin, la souveraineté s'assied, et sur son trône est écrit : Je possède^ parce que je possède : c'est un mot de la loi romaine.

3*» Lorsque vos gens parlent des premiers siècles de l'Église, ils n'ont point d'idée claire. Si nous devions vivre mille ans, les quatre-vingts ans qui sont aujourd'hui le maximum commun seraient nos premières années. Qu'est-ce donc qu'on entend par lespr^wiVr* siècles d'une Église qui doit durer autant que le monde? etc. etc. Suivez cette idée.

L'opuscule de Philarète est composé de douze feuilles dimpression. Je n'en possè<ie we sept en français; et je

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me serais encore adressé à vous, Madame^ pour une feuille ou deux^ fCétaient vos occupations^ votre mal d'yeux^ et ce nuage qui a passé dans ma tète. Les reproches que vous adresses à ce religieux sont y au fond, de véritables louanges; ils prouvent qu'il est honnête homme et bon logicien. // ébrank les bases ^ dites-vous ; c'est-à-dire qu'il est protestant dès la seconde page. En cela^ il raisonne juste; car c'est la même chose de n'être pas catholique ou d'être protestant. D'autres prélats^ dites-vous^ t auraient désM&ué; tant pis pour eux, car ils seraient de mauvais ndsonneurs, sans être de meilleurs chrétiens. Entre les différentes Eglises orientales, il n'y a plut d'unité visible* Tous sont d'accord sur ce point : l'Église russe^ qui s'appelle grecque, n'est pas plus* grecque qu'arménienne ou copte. Où est donc PEglise, puisqu'il n'y a point de chef commun? — Dans l'Ecriture sainte et dans la tradition légitime. — Voilà le protestantisme; en un mot, Madame^ la question se réduit^ entre nous, à savoir, \^ s'il peut y avoir un empire de Russie sans empereur de Russie; S® si Pougatscheff était révolté contre Catherine II , ou Catherine n contre Pougatscheff. — Mais il est impossible qu'à la fin vous ne soyez pas conduite pai* votre excellent esprit à cette grande et évidentissime vérité, que hors de notre système il est impossible de défendre le christianisme. Votre Église, la première, n'est-elle pas un objet de pitié ? Otez^lui les catholisantSy les protestantisants, les illuminés, qui sont les rascolnicks des salons, et les rascolnicks, qui sont les illuminés du peuple, que lui reste-t-il? — Madame la princesse GolUtzin Woldemar.

Ma plume, secouée par la profonde affection que j'ai pour vous. Madame, a laissé tomber ces laconiques pensées. Recevez-les du moins conmie une preuve de mes sentiments, qui ne varieront jamais. J'aurais bien pu attendre le moment de vous voir, qui n'est pas loin, k ce que

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VOUS me dites; mais qui sait si je n'am^pasditplusmalt D'ailleurs^ puisque vous devez me battre ce jour-là^ je suis bien aise de vous quereller un peu par une espèce de vengeance antidpée^ qui est le comble de la prudence.

Saint-Pétenboorg, S5 août (6 septembre) I8I5.

Monsieur le comte ;

Voilà deux belles lettres de vous^ auxque^es je dois une réponse. Je comptais sur une occasion pour jaser un peu avec vous; mais elle m'a manqué. Écrivons toujours: il faudra bien que ma lettre aille vous chercher de quelque manière.

Je me hâte de vous remercier des deux Palmaverdes (1) : d'honneur, ils ont été pour moi ime véritable apparition. Â l'élégance de Fimpression, à la correction du style et des épreuves, à la finesse des prédictions, au charme inimitable des vers, et jusqu'à la nature du maroquin qui rhabille, j^ai vu que nous n'avons changé sur rien, et j'en ai conclu l'imperturbable fidélité de notre bon peuple. — Le diable m'emporte si je plmsante ! Certes, on n^est pas si sage en d'autres pays ! La nouvelle jurisprudence que vous me décrivez est unique , et telle que la postérité qui nous jugera nous prendra pour des fous. Le respect pour la personne et la propriété des brigands en chef et des spoliateurs de l'Europe est déjà fort joli en lui-même; mais il devient encore plus savoureux, lorsqu'on le com-

(1) L*AlmaDacb de Turio.

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pare alla pocea o nulla attendenza accordée à tous les malheureux détroussés ^ peuples ou individus. 11 ne manrfuerait plus qu^une dérogation solennelle à Tordre de la succession souveraine. On a parlé ici^ comme chez vous^ de cet énorme solécisme; mais j'espère quil n^aura pas lieu. Bien peu de gens, Monsieur le comte , savent ce que c'est que la monarchie. — Dans votre jeunesse^ peut-être vous avez chanté : — Tous les goûts sont dans la nature.

— Le meilleur est celui qu*on a. — La maxime n'est peutêtre pas extrêmement édifiante ; mais je Pai tout à fait régularisée^ et presque sanctifiée, par le changement d^un seul monosyllabe. — Tous les rois sont dans la nature»

— Le meilleur est celui qu^on a. — - Tout homme sensé doit défendre (même sans vertu et pour son propre mtérêt) le roi qu'il a et la famille souveraine qu'il a. Je ne sais si je dois rire ou pleurer lorsque j'entends parler é'un changement de dynastie. Pour avoir un ange^ je serais tenté d'une petite révolution; mais pour mettre un homme à la place d'un autre^ il faut avoir le diable au corps. Coupez-vous la gorge vingt ans^ messieurs les fous; versez des torrents de sang pour avoir Germanicus et Agrippine^ dignes de régner^ et^ pour vous récompenser^ ils vous feront présent de Caligula* Voilà un beau coup vraiment! en huit ou dix générations^ toutes les bonnes et toutes les mauvaises qualités de la nature humaine paraissent et se compensent^ en sorte que tout changement forcé de dynastie est non-seulement un crime ^ mais une bêtise.

Je suis très-porté à croire ce que vous me dites de ce grand personnage qui croit qu'on prend les vautours^ et même les condors j comme les mouches, avec du miel. C'est un des grands phénomènes de notre époque que certaines idées aient pu se loger dans de certaines têtes; mais l'équité exige aussi d'avouer que les erreurs de la bonté sont

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plu3 respectables que les erreurs opposées. Au restCi Monneur le comte ^ les affaires sont aujourd'hui dans un tel état^ que je ne voudrais répondre de rien , pas même du retour de Bonaparte, Si vous lisez les papiers anglais^ vous aurez été ef&ayé de l'intérêt qu'il inspire dans le pays d'Albion^ et des belles diss^tations des jurisconsultes anglais pour établir qu'on n'a pas le droit de retenir ce diçne homme en prison. On peut être surpris^ au premier coup d'œil, du sentinient universel d'admiration que les Anglais ont montré dans cette occasion; mais , si vous y regardez de près^ vous reconnaîtrez que ce sentiment (dùt^il avoir de mauvaises suites) honore les Anglais. Les peuples, conune les individus^ sont admirateurs à mesure qu'ils sont supérieurs. La médiocrité refuse toujours d'ad* mirer et souvent d'approuver : c'est le caractère distinctif d'un peuple illustre que nous avons l'un et l'autre beaucoup connu.

Hier, j'ai fait connaissance avec M. le commandeur Salbanda de Gama et avec madame son épouse. — * Je regrette bien que vous ne soyez point là pour confronter le feu des Alpes avec la glace du Brésil.

Je crois bien, comme vous le dites, que l'ambassadeur de Perse ne connaît pas ad unguem toutes les dynasties de l'Europe. Je crois qu'il s'ennuie passablement. Il parle et écrit l'anglais d'une manière tolérable, de manière que je me serais fait présenter chez lui si je parlais cette langue; malheureusement je la sais assez joliment by the eyeSj mais point du tout hy the ear, l'ayant apprise dans une petite ville, comme tout le peu que je sais , de moi-même. On feit un charmant conte bleu sur le compte de cette Excellence. On dit qu'elle a reçu une lettre fulminante de S. M. Persane, qui accuse son ambassadeur de lui faire des histoires à dormir debout, et que ce n'est point à elle qu'on fera croire qu'un souverain peut vivre hors de chez

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lui ; sur quoi ^ambassadeur a été obligé de prouver à son auguste maître (ce qui n'aura pas été extrêmement diffl* cile) que l'empereur de Russie était cependant très-Men à Paris. La constance de l'ambassadeur à attendre S. M. L semble montrer qu^il a des choses impartantes à dire. Deux (beaux éléphants sont arrivés à pied pour être présentés k Tempereur; un troisième^ qui était du voyage , est mort dans je ne sais quelle auberge. Il y a d^autres présents ma* gnifiqueS; à ce qu'on dit.

On voit très-peu cet ambassadeur persan; on ne le cherche pôint^ et il ne se présente ( juscpi'à présent) dans aucune assemblée. S'il savait le français^ il y aurait foule chez lui; les Anglais seuls le consolent un peu. Sa maison coûte 25^000 roubles par mois à l'empereur.

Que vous dirai-je d'un autre chapitre un peu pliis triste, celui de ma malheureuse patrie? Vous m'avez tout dit vous-même : c'est un pays anéanti , et sa perte entraîne la mienne. J'ai été longtemps à savoir la vérité sur ce point; je croyais qu'il s'agissait d'une volonté générale et sans engagement; je pense maintenant^ pour me consoler dans mon extrême malheur, que la volonté particulière a rais des choses importantes dans l'autre bassin de la balance; qu'il est naturel que chacun aime son ouvrage; que la raison , la nature , la justice , feront tût ou tard quelque chose pour nous, et qu'en attendant, il faut remercier du bien sans trop s'irriter du mal. Trois députés de cet infortuné pays sont encore allés à Paris, pour tâcher d'émouvoir les entrailles alliées; mon frère est du nombre des députés : Dominus det eis intellectum! mais j'ai bien peur que vous n'ayez raison, et que le mal ne soit sans remède. Au reste, tout est en l'air , l'Europe entière branle, un nouvel équilibre se prépare. Combien nous coûtera-t-il encore? Dieu le sait, ce n'est plus notre affaire , Monsieur le comte; il faut dire, comme ?" 'énat : — Soit montré à

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nos enfants! Ma famille, mes amis et mes livres suffisent aux jours qui me restent et je les terminerais gaiement, si cette famiUe ne me donnait pas d'affreux soucis pour l'avenir. Jeté à sept cents lieues de mon maître^ dépouillé deux fois de tout ce que je possédais^ privé de tout espoir d'économie , puisque à peine je puis vivre^ je m'étourdis sur l'avenir ^ qui s'approche cependant^ et que mes enfants devront subir. Û peut se faire que cette vivacité dont vous me parlez m'ait nui quelquefois^ et véritablement je reconnais de bon cœur que j^ai très-peu le talent d^attendre. Cependant, si j'avais le plaisir de vivre quelque temps avec vous sous le même toit^ vous ne seriez pas peu surpris de reconnaître en moi le roi des paresseux^ ennemi de toute affaire^ ami du cabinet ^ de la chaise longue ^ et doux même jusqu^à la faiblesse inclusivement! car je ne fais point de compliments avec moirméme. Nuper me in littore vidi.

Vous me surprenez en m'apprenant la suspension de mon beau-frère, le chevalier de Saint-Réal. Après les pendus, je ne vois rien de si malheureux qu'un suspendu. Je me mets fort à sa place : je vois le pour et le contre; néanmoins je le croyais décidé. Pauvre excellente sœur! est-il possible que je ne doive plus la voir? Et que fera4elle, dans cette Laponie brûlante, de son aimable petit enfant si bien élevée, si intéressante, à ce qu^on me dit de plus d^un côté? Mais voilà trop de discours. Adieu mille fois. Monsieur le comte : croyez, je vous en prie, aux sentiments les plus affectueux et au profond dévouement que vous a voués pour la vi^.

Votre, etc.

A M, LE COMTB DE ... 3S1

Saint-Pétenboarg, 8i août (I2 septembre) 1816.

Monsieur le comie^

Vous en savez probablement plus que moi sur le retour de S. M. I. Le public^ en général^ est invariable dans la croyance qu'elle ira en Italie; tandis que des personnes faites pour être très-instruites assurent que ce bruit n^a pas le' moindre fondement. On sMmpatiente fort de Tabsence du souverain; mais je serais curieux de savoir comment ces mêmes hommes^ si grands admirateurs de Pierre P' dans les chantiers de Saardam^ refuseraient les mêmes sentiments à Tempereur Alexandre P% occupé à des choses beaucoup plus essentielles que celle de couper des planches et de planter des clous. Je ne sais si je me trompe, mais il semble que l'empereur a dû néc€^ sairement rencontrer sur sa route une foule d'idées européennes qui ne seraient pas venues le chercher chez lui; et il imparte qu'elles appartiennent à un souverain aussi important.

Vous observerez^ Monsieur le comte^ que, dans tout au^ tre pays^ ce que nous voyons aujourd^ui en Russie ne serait pas possible. On dit que la tranquillité parfaite du peuple, dans cette circonstance^ fait beaucoup d'honneur à son caractère : personne assurément n'a moins d'envie que moi de disputer sur les bonnes qualités du peuple russe, qui est naturellement bon^ obéissfiunly hospitalier, nullement sanguinaire^ etc., etc.; cependant, je crois absolument impossible qu^une société quelconque de quarante millions dliommes libres puisse se passer de son souverain pendant plus de deux ans. U y^ aurait trop de

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volontés en mouvement. C'est la dépendance du plus grand nombre qui rend le phénomène possible. Il y a plus : je crois que le souverain lui-même ne pourrait pas tenir dans sa main, quelque forte^ quelque habile qu'elle fût, un tel faisceau d'honmies libres. J'ai écrit sur ce point, pour mon instruction propre, jusqu'à présent ; et j*ai été conduit à croire que celui qui demande l'affranchissement des serfs en Russie demande la division de rempire«

La servitude d^ailleurs n'est pas ici ce qu'on croit ail^ leurs; elle a des inconvénients comme toutes les choses humaines, mais il y a aussi de grands avantages et de grandes compensations qui doivent être mises dans la Imh lance*

Je ne puis vous exprimer Vintérèt avec lequel je contemple la Russie dans ce moment. On se trompe dMs ce pays, lorsqu^on écrit 4815; il faudrait écrire 1518; car nous sommes dans le seixième siècle. La science arrive et s'apprête à faire son premier exploit, celui de prendre la religion au collet. Les conquêtes de Fesprit protestant sur tous les membres du clergé qui savent le français ou le latin sont incroyables : et ce qu'il y a de singulief , c'est que les Russes s'en aperçoivent bien moins que les étrangers* Le mouvement religieux qui agite l'Europe dans ce moment arrive aussi jusqu'ici, et fait peur à beau* coup de gens. On parie beaucoup de V Église grecque; il n'y en a plus, Monsieur le comte, hors de la Grèce« L'Église russe n'est pas plus grecque que syriaque ou arménienne : c'esiune ÉgUse isolée sous une suprématie ci^ vile, préciséMmt comme celle d'Angleterre. Si le patriar* che de G- P. Ravisait de donner un ordre jci, il passerait pour un fou^ et le serait en e%t. Dans cet état de choses, la Société biblique est venue jeter ses filets en Russie : vous me feriez, grand plais»^ de m'apprendre si elle est

▲ M. LE COBtrU DE ... 2SS

soûntie m Piémont m dans le voisinâgeé Née h Londreis, Bile a p(Hif but de traduire leê saintes Éetiturêi âanê ttmtêê teê Itmgueë dé l^nnivers^ et d'en propager la leetnre dans toutes les boutiques sans aucune explication; système diamétril«»ent opposé au nôtre. Cette société a dépensé l'année demi^ 41^000 livres sterling. Une colonie s'étant présentée ici^ tout de suite elle a été acceptée; car le Russe est avide de nouveautés plus que le Français^ avec lequel il a plusieurs rapports de caractère. Au nombre des membres trèSH*espectables de cette société se trouvent les deux ardievéques russe et catholique : ils sont là comme deux courtisans^ parce qu'ils ont imaginé qu^elle était agréée par le maître; mais^ dans le vrai^ ils y font une asset mauvaise figure. Le ministre des cultes avait pro^ posé au général des Jésuites d'être de cette société^ mais il s'y est respectueusement refusé. Il parait évident que la Société biblique n'est qu^une machine socinienne établie pour renverser toute autorité ecclésiastique. L'Église an* glicane s'est alarmée^ et des évéques même ont cru devoir attaquer la société par des mandements solennels. J'ai lu des livrés anglais fort intéressants sur ce sujet. Ici cm ne se doute pas du danger. Le catholicisme joue aussi Un rôle dans ce mouvement général. On lui reproche son (Prosélytisme naturel, sans trop raisonner sur Tessence et les conséquences de ce caractère. Les Jésuites sont exaûoinés avec une sévérité dont vous n'avez pas d'idée. Le prince Alexandre Gallitxin , dont j'ai déjà eu l'honneur de^ Vous parler, est fort alarmé : ce ministre est un très-bon Sujet de l'empereur, d'un caractère très-estimahj(k et nullement méchant ; mais il est bien loin d'avoir J^p^nnaisfiances nécessaires à sa place, et il ne peut se douter de ce <iui se prépare en Europe. L'empereur de Russie, d'ailleurs, Vase trouver à la tête de dix millions de catholiques : c'est la puissance de trois ou quatre têtes couronnéei d'Europe. I. n

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