‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 117 sur 166 · ISIS · texte numérisé non relu

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fonkM,mmÊ,CBpeadMàUii (m\i\i\titft%ûm%uimvi |nrn|iport à DCNB.

Se §tm emkmi de ssroir i <mnnM la rnyri? de Pempertar, édmée fat tout ee qui a tu, démêlem œs diffîreot» intérêts; nuôs je tous répète que januôs pays n'a prêté piof que ia Russie^ dans œ moment, aux ^pécolations d'an obsenratenr initié dans ciertaînfs qiiesti<Mis de iroit et de fait

Après on n lofig sqonr dans ce pays, les Ixmtés que j^y ai éprouvées m'ont en quelque sorte naturalisé, de manière que je prends un extrême intérêt à tout ce qui concerne la Russie. Les étrangers lui ont fait bien du mal; lui ont vendu des poisons. Pont calomniée^ séduite ou inftultée. Je voudrais bien faire tout le contraire selon mon pouvoir, et je suis persuadé qu'on pourrait lui dire de fort l)oniies choses par écrit, avec respect et amour.

t04."— A M* B« M* le mariiiiis de (iaint-Maniaii^ mlniitre

de la guerre*

SaiDt-Pétersboorg, septembre 181s.

Monsieur le marquis,

Quoique vous ayez quitté la route où je suis engagé, je 110 voudrais pas cependant vous devenir totalement étran-

fe

▲ s. B. LE MARQUIS DE SAIRT-MARSÀlf. 355

ger. Âinsi^ je vous prie de ne pas trouver mauvais que^ de temps à autre, je me rappelle à votre souvenir.

Ce qui s^est passé depuis la dernière lettre que j'ai eu l'honneur d^écrire à Voire Excellence^ justifie bien la colère qui me transportait à cette époque contre cet enragé de Napoléon. Quand je vds ce qu'U pouvait faire de la France^ et ce quMl en fait... Mais je ne veux pas recommencer à le maudire : qu'il vogue à son aise vers Sainte- Hélène ! Malheureusement^ Monsieur le marquis^ SÊ^feitsonne seule est partie^ et ses maximes nous restent. Son génie pouvait au moins commander aux démons qu^il avait produits^ et les obliger à ne faire que le mal dont il avait besoin : maintenant^ les démons restent^ et personne n^a la force de les enrégimenter. Dieu sait ce qu'ils feront encore ! Il n'y a plus de repos en Europe^ Monsieur^ du mœns pour nous; c'est Paffaire de nos enfants. Au milieu de la fermentation générale, je désirerais bien vivement que mes compatriotes, plus proprement dits, recueillissent le fînit de vos sages négociations, et qu^ils pussent être tous séparés de la France ; il vaut im peu mieux être au bord du volcan que d'être dedans. Mais qui sait encore ce qu'il en sera ? Si mes vœux se trouvaient remplis, la Savoie ne saurait trop estimer ce qu'elle devrait à Votre Excellence.

105. «- A M. le marquis dérmont MonlHiaiiitHVeaii» à Hermé-Chàtean» près de I^ari».

Septembre 1816.

11 est temps, mon cher marquis, de répondre à votre lettre du 30 janvier. Elle arriva précisément au moment

3M Limi 1815

de TalfreuM mtastrophô^ oommô vous TaureK aisémeot deviné; il me fut donc impossible de vous répcmdre. Mais votre commissicm fut exécutée sur-le-champ^ et probablement le séjour de Sa Majesté Impériale en FnûioeYoïfi aura fourni les moyens de vous eu assurer directement* Depuis la seconde restauration (que Dieu veuille proté* ger!)^ J'ai balancé quelque temps avant de voua écrire; malSy enfin, je cède à mon inclination^ et> aoua la proteo» tion Hê Tambassade de France^ je lanoe nui feuille.

Cionmi^t pourrai» je vous exprimer une trè»-légère pa^ tie du plaisir que me fit votre lettre si aimable et inattai* due? Je me crus de nouveau transporté au Vemef^, dans cette maison que vous eûtes à peine le temps de meuMer avant Tépouvantable inondation. Sans doute^ Monsieur le marquis, /at tmjoun partagé vos principeê et vos senUmenti. En vous Usant, il m'a semblé que Je voua rencontrais à rauberge> et que je vous sautais au cou. N'est-ce pas aux rues basses de Genève^ l'an de grâce 1794^ que j'ai eu l^onneur de vous voir pour la dernière fois? Quatre ou cinq ans après^ si je ne me trompe^ une de vos lettres est encore venue me cbm*dier à Venise; dès lors pas le moindre signe de vie réciproque. Le tourbillon i^olutiounaire nous a fait pirouetter chacun de notre côté^ et maintenant nous voilà posés^ Tun à Paris, l'autre à Pétersbourg; heureusement nous savons éciîre, et je ne saurais trop vous remercier de m'en avoir donné une preuve si agréable pour moi.

Vous me demandez de mes nouvelles. Monsieur le marquis; je suis tenté de vous répondre, comme Zaïre : Hélas! sais-je ce que Je suis? Certainement mon soit a de fort beaux côtés. Je jouis ici d'une bienveillance qui est pour moi le plus grand des biens. La protection du maître et les égards des sujets m'ont si bien naturalisé, que je n^ai plus d'autre crainte que celle de changer de place. Je n'ai

A H. IB HARQIJIS CUOlXOIfT HONT-SÀINT-JEÀN. 3ST

plus de patrie^ là où je ne trouverai plus que des biens ooH'* fisqués et des amis enterrés. D'ailleurs^ vous avez trop de tact^ trop de connaissance des hommes et des choses» pour ne pas sentir l'effet du traité de Paris par rapport à moi. Je me défends de jeter les yeux sur le midi de l'EcH rope^ où je n'ai plus rien à faire. Je trouve ici bonne mine de tout o6té^ grande et excellente compagnie ^ oour magni^fique, livres^ loisir^ liberté parfaite, et plus de eonndéra*tion que je n'en mérite. «^ En voilà assez pour redouter un changement de route. <^ Mais^ pour en revenir à Zaïre^ vous saurez^ Monsieur le marquis^ que les embarras iinmenses du gouvernement influent sur bien des choses^ et que^ malgré la forme très-légitime de mes commissions^ je suis constamment tenté de m'écrier : Hélai/ $ais^j€ ce que Je mis? Nous sommes devenus de beaucoup plus grands seigneurs sur la carte; mais cette grandeur ne sera réalisée que dans cinquante ou soixante ans^ époque où j'ai bien peur (vous le croirez si vous voulez) de n'avoir plus besoin de rien. En attendant^ nos amis nous dévorent^ et j'en souffre cruellement.

Je vous remercie bien sincèrement^ Monsieur le marquis^ des nouvelles que vous me donnez de votre famille. Il me semble voir encore ces trois marmots au coin de votre feu. A présent, vous me parlez de leurs grades et de leurs enfants. Ah ! comme nous sommes poussés I mais c'est la règle. — Ainsi y sw la plaine liquidé^ le$fioU sontpouêiés par lesfloit.

Vous me demandez mon histoire, Monsieur le marquis; la voici en deux mots : J*a% constamment oUmu cf qtêeje ne demandais pas. Je fus fait régent en SardaigUQ en i799^ non-seulement sans Tavoir demandéj mais sans y penser. Trois ans après, autre accident d^apoplexle : Parte^y Monr êieur, pour Saint-Pétersbourg. ^Cxmmie il vous plaira, Bbe. — Voilà, Monsieur le marquis^ oomment J'ai paasé'

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treize ans sans boire ni manger. La restauration de mou cher maître étant arrivée au bout de ce temps, j^ai fait venir ma femme et mes deux filles^ écoutant un peu plus en cela la tendresse que la prudence glaciale. Notre séparation m'avait coûté plus que le sacrifice de ma fortune; ii n'y avait plus moyen d^y tenir. Quant à mon fils unique, je n'ai pu le laisser en Piémont : il allait être en prise à la conscription. Je rappelai à moi, et SaMajesté Impériale voulut bien le faire officier d'emblée dans son magnifique régiment de chevaliers-gardes, que vous aurez pu voir à Paris. Il a été de toutes les fêtes, depuis Borodino jusqu'à Montmartre, en passant par Leipsick , et il né m'en a coûté que la tête d'un cheval^ qui, à la vérité, est mort. Dans ce moment, le jeune homme attend d'instant à autre son brevet de capitaine, ce qui lui donnera le rang de lieutenant-colonel. Il a vingt-cinq ans ; c'est passable. Mon frère, que vous avez pu voir encore officier au régiment de la marine, a épousé ici mademoiselle Zagriatzky, demoiselle d'bouneur de LL. MM. les Impératrices, aimable et excellente personne, appartenant à une famille du premier ordre, et qui le rend extrêmement heureux. La fortune est passable dans ce moment, et doit être très-bonne un jour. De toutes les manières, il me semble que je prend^ racine dans le pays.

Voilà, Monsieur le marquis, l'histoire que vous m'avex demandée. Je vous remercie de m'avoh* raconté la vôtre. Vous m'avez rendu bonne justice, en croyant qu'elle m'intéresserait beaucoup.

Ma plume tremble en s'approcbant d'un sujet que je n'ai point encore touché : Yétat actuel de la France. Il faudrait être Jérémie, pour pleurer et prophétiser sur elle. Dites à M. l'abbé Roman, Monsieur le marquis^ en le remerciant de son souvenir^ que les nations meurent comme les individus^ et qu'il n'y a point de preuves que la vôtre

A M. LE MÀRQCI8 CLERHONT MOlfT- SAINT- JEAN. 359

ne soit pas morte ; mais que si Isipalingénésie est possible (ce que je croîs ou espère encore), elle ne Test que par l'Église. La révolution française est satanique ; si la contre-révolution n'est pas divine, elle est nulle. — Mais où sont les éléments de cette contre-révolution? Bonaparte est à Sainte- Hélène; c'est dommage que son catéchisme soit dans tons les conseils. Ne croyez pas d'ailleurs. Monsieur le marquis, que l'ordre vénérable ait pu respirer pendant quinze ans une atmosphère empestée sans en être le plus légèrement inconmiodé. Sur les échafauds il était sublime et invincible; le danger s'est trouvé dans les antichambres de /t<lien. — D'ailleurs, comment recruter? etc. — J'ai reçu, comme une pure cajolerie de votre part, ce que vous me faisiez l%onneur de me dire de la part de vos collègues. Cîomment ponrrais-je être connu d'eux et les intéresser? Je n'attache point cette importance à mes petites pensées ; mais je garderai la collection que vous avez bien voulu m'adresser^ comme un monument précieux de votre amitié. J'avais préparé (vaille que vaille) une œuvre toute nouvelle, et qui aurait fait un peu plus de bruit que Fautre; mais l'unique théâtre où je pouvais parler est fermé. Où les Prussiens représentent , je n'ai rien à dire : Domine, salvumfac r^^^m/ Conservez-moi votre amitié. Monsieur le marquis. Que n'avais -je point encore à vous dire sur une foule de sujets importants, dont quelques-uns même m'intéressent personnellement ! Mais le temps me manque avec le papier. Croyez, je vous prie. Monsieur le marquis, à l'affectueux dévouement et à la haute considération, etc.

160 imiiB 18U

Saint-Pétenboorg, œtobn nw

Monsieur le comte,

On parle beaucoup ici de la convention religiéllie riguée à Paris^ le 44/26 du mois dernier, entre LL. MM. ks empereurs de Russie et d'Autriche et 8. M. le rcn de Pniflie. Par cette convention à jamais célèbre^ les trois souverains se reconnaissent comme frères et comme chefs de trois grandes familles chrétiennes qui n'en font qu'une. Voœ apprendrez avec le plus grand étonnement qu'on y lit en toutes lettres : Jésus-Christ ^ notre Seigneur et notre Smh venr, Verbe étemel j splendeur du Père, trésor â^amow, La pièce n'est pas encore imprimée; mais elle a été Ineà Gastchina devant toute la société de Sa Majesté llmpéntrice mère^ qui Ta reçue de son auguste fils. J'ai demandé à l'un des auditeurs si la convention contient quelque chose de dispositif : par exemple^ si les souverains se promettent de donner main-forte à la religion, etc. Point du tout; la pièce est purement ce que nous appelons, dans les tribunaux^ déclaratoire. C'est une espèce de profesiionde foi, qui n'est contre-signée d'ailleurs (ce qui est rema^ quable) par aucun ministre. Le rédacteur^ oonune je m'en crois sûr^ n'est pas moins que l'empereur de Russie, qui écrite comme vous savez, avec autant de facilité que d'Âégance. Du moins il a signé le dernier^ ce qui parait ptmver que c'est lui qui a tenu la plume^ quand il n'y aurait pas une preuve encore plus décisive.

Des expressions empruntées des symboles, de la liturgie, des mystiques même/ et transportées toutes chaudes dans la diplomatie^ ne manqueront pas de faire éclater de

A M. Ll COMTE DE ... 361

me ionie ItL religieuse Europe; mais, pendant que cei^ taines personnes rient^ d'autres peuvent penser et écrire.

Une grande révolution religieuse est inévitable en Europe^ et déjà même elle est fort avancée : c^est ce que n'ignoré aucun des hommes qui s'occupent de certaines recherches. La déclaration dont j'ai Thonneur de vous parler est une phase de cette révolution. Bientôt, sans doute^ elle deviendra inutile ; mais^ dans ce moment^ elle ne Test pas : elle est, au contraire, trèsHsigniâcative, et produira un grand effet. Il faut observer que Pesprit qui l'a dictée n'est ni catholique^ ni grec, ni protestant ; c'est nn eq[>rit particulier que j'étudie depuis trente ans^ mais dont le portrait tiendrait trop de place : il me suffira de dire qu^l est aussi bon^ dans les communions séparées^ que mauvais chez nous. C'est lui qui doit fondre les métaux; ensuite^ on jettera la statue. Je n'ai rien à dire sur Tà-propos des expressions à leur place et dans ce moment.

Ce fut rintérét de la souveraineté mal entendu qui fit la révolution du seizième siècle. On nia les dogmes de l'Église pour lui voler ses biens. Aujourd'hui^ ce même intérêt^ bien entendu^ produira une révolution contraire, n faudrait cpie les souverains protestants eussent perdu le sens, pour ne pas apercevoir l'insigne folie qu'ils font de soutenir une religion qui pose en maxime le jugement particulier et la souveraineté du peuple, contre une autre reli^on qui soutient (indépendamment des preuves dont elle est environnée) que, contre notre légitime souverain, fiil'ilméfne un Néron, nous n* avons d'autre droit que celui de nous laisser couper la tête, en disant respectueusement la vérité.

Les princes changèrent donc de religion dans le seizième siècle pour avoir de l'argent, et ils en changeront dans le dix-neuvième pour conserver leurs trônes (s'ils sont à

temps). Il n'y a rien de si aisé que de trouver vrmsdei dogmes qui s'accordent avec nos intérêts les plus chers.

S. M. le roi de Prusse s'est aperçu enfin de la dissobition morale de son pays. Il n'y a plus de peuple chez M, il n'y a qu'une armée et qu'une démocratie militaire. 0 s'est donc jeté avec plaisir dans cette fraternité religimBei car il sent son besoin principal ; et dans ces sortes de cas l'esprit royal précède toujours celui du peuple.

Je ne connais point assez Pauguste souverain de l'Autriche pour savoir quelle espèce de part il a prise dans Passociation chrétienne; mais la partie principale est sans contredit S. M. l'empereur de Russie. Ce prince^ depds quelques années^ s'est beaucoup occupé de religion, et h modération et la rectitude de ses idées sur ce point sont à mes yeux au rang des prodiges, parce qu'elles lui Bppsttiennent exclusivement, et que l'éducation qu'il a reçue poussait son esprit de tout autre côté. Si je ne me trompe, il ne faudra pas moins que toute son habileté pour exercer chez lui la suprématie religieuse, qui lui appartient, avec la dextérité qu'exigent les circonstances.

En fait de religion, le Russe ne sait rien. Lignorance absolue de la langue latine le rend étranger à toutes les sources de la controverse. Il a beaucoup d'esprit; mais le plus grand esprit ne sait que ce qu'il a appris, et le Russe n'a point encore regardé de ce côté (je parle des laïques): maintenant que Taurore de la science commence à poindre, elle produit son effet ordinaire, celui d'ébranler b religion du pays; car nulle secte ne peut tenir devant b science. Le clei^é vulgaire et non instruit n'est rien, et ne peut rien : ceux qui ont de Fesprit, et qui savent le latin et le français, sont tous plus ou moins protestants. On le nie dans le monde, ou parce qu'on l'ignore, ou parce qu'on ne s'en soucie pas, ou parce qu'on aime mieux le nier que d'y mettre ordre; mais rien n'est plus incontestable. Ce*

^cndant^ Timmense mouvement rétrograde qui a lieu en Angleterre et en Allemagne envoie ici quelques ondula- &ons. De grandes conversions ont frappé les yeux. Ënfin^ U grand nombre de personnes dans la haute classe ont pBiSsé à la religion catholique^ du moins on le croit, et s'est assez pour exciter de Fautre côté un violent dépit. te minisire des cultes^ prince Alexandre Gallitzin^ surveille «s jésuites avec une sévérité colérique qui peut amuser es spectateurs; et Ton espère obtenir de Sa Majesté Impériele, à son arrivée^ quelques mesures de rigueur. — Mais xmiment, et contre qui? Frappera-t-on sur des cathoiqùes présumés et du premier ordre^ tandis qu'on n'ose [las toucher du bout du doigt des polissons de Rascolniks nobles comme le soleil.

Cest dans cet état des esprits que S. M. I. arrive avec » convention chrétienne^ dont l'application montrera Tes- ;>rit. Ne l'ayant pas lue. Je ne serais pas en état de donner iin avis sur ce point. Je la crois favorable, en général, à la tolérance, même à ce qu'on appelle tolérance théologique; [nais de savoir quelle extension S. M. I. entend donner à 3e mot, dans sa sagesse, c'est ce qu'il me serait impossible ie vous dire.

Un phénomène très-remarquable, c'est que les personnes qui redoutent et qui haïssent le plus le catholicisme dans ce pays, n'ont cependant ni crainte ni aversion pour le protestantisme ; preuve évidente que, dans toute cette aflEeiire, la raison et la religion ne sont pour rien; car, pour peu que ces deux dames fussent consultées, on ne préférerait pas le système qui renverse presque tous les dogmes oationaux à celui qui les maintient tous, en proposant seulement d^y en ajouter un.

En attendant d'autres événements, on peut tenir pour certain que ^épouvantable révolution dont nous venons d'être les témoins n'est que la préface d'une autre, n faut

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être en garde oontre les nouveautés ^i rétabtissant ffV'| j^ tout l'éducation religieuse^ et la rendant pleinement sacerdoce. Tous les peuples de l'unlvera ont confié Jeunes gens aux prêtres. Gomment le bon sens éternel tf~ genre humain aurait-il pu se tromper? Le rétablis8e8MÉi|| des jésuites est donc de la plus haute importaiM)e« fifd; veut et si l'on peut établir une autre sodété plus pour le but proposé^ je n^empêche« Jamais je n'ai sur les mots^ ni sur les habits ; mais je dto qua nous arai besoin d'une société amie, contre les sociétéê $nnemie$,\M princes qui ne voudront pas croire cette vérité» m se 19* peler (ce qui est passablement dair) que les hommei II se font qu'avec des enfants, s'en repentiront un jour ma lement, mais trop tard.

P. S, Un autre auditeur m'assure que* dans la coowtion, leurs augustes alliés s'engagent, da plus» à maûotw les droits légitimes de$ peuples et des rois* Je lui ai d^ mandé si les peuples sont nommés ainsi les preoûen^ Après y avoir pensé, il m'a répondu en riant ou «mr riant : Je ne saurais vous le dire*

107. — An prlnee Kovlowskl, niinlffive d% M* M» l'empereur de Rvwle, à Vnvln*

Saiiit-Pélersboarg, 12 (24) octobre leis.

J'ai reçu, mon très -cher prince, votre lettre du 16 (28) juillet dernier; n'ayez pas peur que>^ vam refuH l'absolution, quand même je pourrais dire, conune feo M. Dacier : Mn remarque subsiste. Sur l'article des lettreii c'est fort bien fait de dire de part et d'autre : Veniam pe^ timus, dabimusque vicissim. Il est des moments où il est réellement impossible d'écrire, et sans qu'il soit possible de dire pourquoi

AU PAIlfGB KOBLOWSKI. 365

Je crtrfs qu'il est permis de parler maintenant de Bonaparte comme s'il était mort; mais si je commençais^ jo ne finirais pas. J'ai dit une fois : Ses vices noué ont sauvée de ses talents. Je m'en tiens là.

Ualhem^eusement, en montant sur le Bellérophon (qui> jponr la seconde fois, a vaincu la Chimère), il n'est pas ffiOrt tout entier; son esprit nous reste. Cet esprit est un mixte composé de son propre venin et de celui de ses prédécesseurs ; et ce venin subtil se glisse de tout côté. Mille raisons^ trop longues à détailler^ me prouvent que nous touchons à une révolution morale et religieuse, sans laquelle le chaos ne peut faire place à la création. La main de la Providence se fait sentir visiblement^ comme vous le dites : mon prince ; nous ne voyons encore rien^ parce que jusqu'ici elle n'a fait que nettoyer la place ; mais nos enfants s'écrieront, avec une respectueuse admiration : feûti nobts magna qui potens est. Il est impossible que vous n'ayez pas ouï nommer un livre ancien, intitulé Gesta Dei per Francos. C'est une histoire des croisades. Ce livre peut être augmenté de siècle en siècle, toujours sous le même titre. Rien de grand ne se fait dans notre Europe sans les Français. Ils ont été à cette époque ridicules, fous, atroces, etc., tant quMl vous plaira; mais ils n'ont pas moins été choisis pour être les instruments de l'une des plus grandes révolutions qui se soient faites dans le monde; et je ne puis douter qu'un jour (qui n'est pas loin peutêtre) ils n'indemnisent richement le monde de tout le mal qu'ils lui ont fait; car le prosélytisme est leur élément, leur talent, leur mission même ; et toujours ils agiteront l'Europe en bien ou en mal. Il se peut faire sans doute que la France souffre encore de grandes convulsions.

Qu'elle-même sur soi renverse ebs murailles^ r.t de ses propres mains dccliireses enlraliles;

mais^ à la fiii, tout finira comme je vous le dis. Votre grand pays^ mêlé à cette énorme secousse^ sur le point d'être victime, est devenu rapidement sauvé et sauveur. Quedeviendra-t-il? Dieu le sait. Ce qtf il y a de sûr, c*est quil ne saurait demeurer où il en est. Il a eu sa part delà commotion générale; l'invasion d'abord n'a pas laissé que h de modifier d'une manière assez sensible Tesprit de vos li paysans; mais les soldats /ranm^^ sont bien d'autres tno- if culateurs. Dieu vous garde ! — Vous me parlez de la \} science et des universités? — Quel chapitre, cher prince! On vient de soutenir une thèse, à Wiina, où Ton dit que Dieu est le calorique 'par excellence (per perfectionem); que Tesprit humain est un calorique diminué, le soleil un calorique organisant, la plante un calorique organisé, etc. Un prêtre catholique apostat, qui a déjà fait mourir deux femmes de chagrin, et qui est à présent l'heureux possesseur de la troisième, est professeur de philosophie morale dans Tune de vos universités; l'enseignement est planté chez vous à rebours, et il vous mène à la corruption avant de vous mener à la science. La principale cause de ce mal est que vos hommes d'État ont les yeux totalement fermés sur le protestantisme. Ils ne connaissent pas ce serpent, et le prennent tout au plus pour une anguille. Je ne crois pas que l'enseignement germanique convienne du tout à votre tempérament; c'est l'esprit philosophique moderne perfectionné par je ne sais quel amour du bizarre, qui s'approche beaucoup de l'extravagance. Si l'on s'en tient à la science seule séparée de la morale, j'entends dire que le gymnase de Saint-Pétersbourg a produit de fort bons sujets. Une lettre sur ces grands objets ne vaut jamais rien: Il faudrait une année, et je n'ai qu'un moment. Encore moins pourrais-je vous parler pertinemment de votre code, sur lequel vous me demandez mon avis. Le prince Alexandre Soltykoff le soutient ; c'est une autorité très-respec-

AU PRINCE KOSLOWSKI. 367

iable pour moi. D'un autre côté, M. Trochinsky, qu'on m'assure être un excellent Russe, plein de bon sens et de connaissances locales, est entièrement contraire à ce code. Entre deux autorités de ce poids^ un étranger (qui d^ailleurs n'a lu ni pu lire le code) aurait mauvaise grâce de prendre parti. Ce que je puis vous assurer, c'est que la masse de la nation ne s'en embarrasse pas plus que de ce qui se fait au Japon; personne ne le désire^ personne n'en parle^ et cependant il coûte cent mille roubles par an à votre maître, et depuis plusieurs années. — Encore une fois, un étranger ne doit pas être trop décisif sur ce point. En général, cependant, je penche à croire que vous n'avez pas assez préparé le peuple pour le code, avant de faire le code pour le peuple. J'en veux beaucoup à votre Pierre !«', qui me parait avoir commis à votre égard la plus grande des fautes, celle de manquer de respect à sa nation; jamais je n'ai lu que Numa ait fait couper la toge des Romains, qu'il les ait traités de barbares, etc. Les décemvirs allèrent bien chercher des lois en Grèce, mais ils n'amenèrent pas des Grecs à Rome pour leur en faire. Maintenant l'orgueil national se réveille et s'indigne; mais Pierre vous a mis avec l'étranger dans une fausse position : Nec tecumpossum vivere, nec sine te. C'est votre devise. Je ne crois pas qu'il y ait dans ce moment, pour un bon observateur, un plus grand et plus beau champ que votre pays, mon cher prince. Ce que vous avez de bon est évident. Vous êtes bons, humains, hospitaliers, spirituels, intrépides, entreprenants, heureux imitateurs, nullement pédants, ennemis de toute gène, préférant une bataille rangée à un exercice, etc., etc. A ce beau corps sont attachées deux fistules qui l'appauvrissent : l'instabilité et l'infidélité. Tout change chez vous, mon prince : les lois comme les rubans, les opinions comme les gilets, les systèmes de tout genre comme les modes ; on vend sa maison

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oomme 4<m cheval : rien n'est constant que Finconstaooej et rien n'est respecté^ parce que rien n'est ancien : voilà le premier mal. Le second n'est pas moins grave. Je od' sais quel esprit de mauvaise foi et de tromperie circule dans toutes les veines de FÉtat« Le vol de brigandage eit plus rare chez vous qu^ailleurs> parce que vous n'êtes pas moins doux que vaillants j mais le vol d'infidâité est en permanence. Achetez un diamant^ il y a une paille} acheta une allumette^ le soufre y manque. -^ Cet esprit, parcourant du haut en bas les canaux de l'administraticHi^ fait des ravages immenses. C'est contre ces deux ennemis que doit se tourner toute la sagesse et la force de vos législa^ teurs* Je parlerais jusqu^à demmn sur ce sujets êed de hU coram. Ce que je puis vous dire> c^est que je prends à vous et à tout ce qui vous intéresse un intérêt sans bornes; car^ vos Russes m'ayant traité avec beaucoup de bontés j^ai laissé prendre mon cœur^ et n'ai plus envie de les quitter. On veut m' avoir y me dite&-vous. Ck)mment s'appelle On? Je me suis toujours défié de ce personnage^ qui a mille noms et mille masques^ et ne s'en sert que pour tromper. Il est trop tard pour changer de carrière. Le malheur, d'ailleurs^ semble s'être attaché à mes dernières années, et sa rage insatiable ne me laisse aucun repos. L'indifférence^ le dégoût^ la lassitude^ le découragement^ suivent les maux aigus; ne tenez donc aucun discours relatif à mon rappel. Le roi sait bien que je suis sujet. £n attendant, je ne désire que de pouvoir vivre chez vous.

Combien j'ai approuvé votre idée de jurisprudence! Vous êtes dans la bonne ville pour cela. Turin a toujours possédé d'excellents jurisconsultes. Mais savez-vous ce que je vous conseille? Quand vous serez bien maître du texte des Institutes, prenez-moi un commentateur pratique, par exemple Schneidwinus (connu en Italie sous le nom d^Oinotomus); laissez là l'élégance et l'érudition des

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Heinecdus, des Vianius^ etc. Voyez les foniuiles de tous îs contrats^ de toutes les requêtes^ de tous les testaments; )yez comment nous introduisons une action^ et ce que 'est qu'une action, etc. La jurisprudence est^ comme la [médecine^ toute pratique. Savez-vous que notre procéudure criminelle est un chef-d'œuvre, une moyenne prth ' portionneUe, très-habilement tirée entre la procédure anglaise (bien moins bonne qu'on ne croit) et Fancienne française? Voici encore ce que je vous conseille : faitesvous prêter une procédure criminelle, faite par un sàaateur dans quelque cas grave et difficile, et lisez-la da capo a fonda: il n'y a que cela pour savoir. Adieu mille fois, cher prince; n'allez pas m'oublier; gardez-vous-en bien! Niekhorocho (i). Croyez, je vous prie, aux sentiments, etc.

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