‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 118 sur 166 · A (S* B* monsieur le eomte de · texte numérisé non relu

A (S* B* monsieur le eomte de

Saint-Pétenboarg, 3 (16) novembre isift.

Monsieur le comte ,

Je reçois dans ce moment la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 21 octobre dernier, et je ne saurais trop vous remercier de l'attention obligeante que vous avez eue de m'informer sans délai de la bonne nouvelle que venait de vous donner un personnage ofiBciel. Vous avez, au reste, fort bien deviné. Monsieur le comte, que je devais déjà en être instruit, personne n'ayant pu prévenir mon correspondant de Paris.

Comment vous peindre mes sentiments. Monsieur le

(I) Ce n'est pas bien. (Formule usitée de désapprobation.)

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comte, loriquê j'ai été instruit de la distinction accordée à mon frère (i) par Sa Majesté Impériale! sont de ces traits qui n'appartiennent qu*à lui. J'ai senti le reflet ^ comme vous l'imaginez assez. Je vous sure^ Monsieur le comte^ que je n^ai pas assez d'un poiur reconnaître les bontés de ce grand prince. Sans oette protection inestimable^ que serais-je devenu pendant Im années affreuses qui viennent de s'écouler? La pradiOM m'aurait conseillé de me jeter dans la Neva. Comme £■• ropéen^ comme sujet du roi, comme ministre et comme particulier ^ je lui rendrai sans cesse toutes les actions de' grftces que je lui dois.

J'envie à mon frère les sensations qu'il a dû éproortf en rentrant à Chambéry ; mais avouez, Monsieur le comte, que nos quatre députés n'ont pas été tout à fait des poltrons dans cette occasion^ et qu'ils ont joué gaiement une terrible carte. S'ils ne Pavaient pas gagnée, ils n'avaient qu'à vendre leurs biens et à sortir de leur pays, car la place n'était plustenable. Enfin, tout est allé à souhait: n'en parlons plus.

Je vous dois maintenant d^autres remercîments, Monsieur le comte, pour votre précédente lettre, qui m'aétc remise par M. le comte de Rostopchin, avec l'intéressante brochure que vous y avez jointe. L^urope est surchargée, oppressée, écrasée dans ce moment par une bande inconcevable de philosophastres sans morale, sans religion ei même sans raison, déchaînés contre toute espèce de su bordination, et ne demandant qu'à renverser toute espèa de puissance pour se mettre à sa place; car, dans le fond il ne s'agit que de cela. C'est malheureusement la souve raineté aveugle qui a enfanté ces messieurs. Mais j'espèn

(I) Le chevalier Nicolas de Maistre, Tan des députés de la Savoie, eo voyé à Paris pour demander à rempereiir AlaiAOdre que ce paya fûtreod à ses anciens maîtres.

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€ffk la fin elle verra ce qu'elle a fait^ et qu^elle y mettra ordre. Rien n'est plus aisé dès qu'on le voudra sérieuse- Énent. n y a^ au reste^ Monsieur le comte , dans cette im- Knense révolution^ des choses accidentelles que le raison- Kiement humain ne peut saisir parfaitement ; mais il y a aussi une marche générale qui se fait sentir à tous les hommes qui ont été à même de se procurer certaines connaissances. Tout à la fin tournera pour le mieux. J'ai fait Vk un vers sans m*en apercevoir ; mais , en prose 0^ jeu if&ts, la chose me parait certaine.

Quant à nous en particulier^ nous avons moins à craindre que d'autres , parce que le Piémontais ^ par nature, n'aime pas les nouveautés et ne se laisse pas aisément séduire; il a, déplus^ trop de bon sens pour ne pas sendr que son indépendance nationale tient à inamovibilité t|n trône. De Pautre côté des Alpes^ nous sommes peu nombreux; et d'ailleurs, vous venez de voir que l'immense et bonne majorité est pour le roi. Je me garderai bien cependant de répondre de tous les cœurs^ ni en deçà ni en delà, et tous ne diront pas leur secret; mais il arrivera à ces messieurs ce qui arrive aux poltrons dans un assaut; il faut bien qu'ils montent avec les autres, ensuite ils disent : €Notii avons pris la ville. — Diable/ il faisait chaud, n Et on leur donne des croix pro virtute hellica. Qu'est-ce que cela fait encore? La ville en est^Ue moins prise?

Agréez, je vous en prie. Monsieur le comte, l'assurance du sincère dévouement et de la respectueuse considération^ etc., etc.

fi.

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109, — A M* le eomte de IVoaUlea.

Saiot-Pétersboiirg,6 novembre (N. S.) I8IS.

Je n*ai cessée Monsieur le comte^ depuis le 9aoûtde^ nier, d'avoir très-mauvaise idée de vous. «Tavais môme quelque envie de vous déclarer suspect^ et tout ce qui s'est passé depuis votre départ n'affaiblissait pas c^ mauvaise opinion : cependant vous me paraissez, dans votre aimable lettre du 18 octobre, très-sérieusement décidé à ne pas nous trahir. Tout de suite j'en ai fait le rapport à l'aimable^ à la spirituelle^ à l'excellente voisine, et nous n'avons pas balancé un moment à vous effacer du rôle des suspects; mais c'est à condition que vous tiendrez incessamment votre parole, et que vous ne laisserez aux chevaux de l'empereur qu^un délai honnête pour reprendre des forces à chaque station, avant de les atteler à votre voiture. Après nous avoir accoutumés à vous, il y a de la malice; — j'écris mal, il faut dire il y aurait de la malice, et beaucoup de malice, à nous planter là.

Votre lettre est courte, Monsieur l'ambassadeur; la mienne le sera aussi. Quand je vous aurai dit, sans pouvoir l'exprimer à mon gré, combien j'ai été sensible à votre souvenir, j'aurai tout dit. Le moyen de conunencer aucun chapitre intéressant ! Que dire quand tout est dit? Venez donc. Monsieur le comte, venez, et nous reprendrons au coin du feu nos conversations philosophiques. Soit que vous gémissiez ou que vous espériez, toujours je vous comprendrai. J'ai beaucoup pensé et beaucoup griffonné depuis votre départ, mais toujours incognito, /(W5 pour la voisine, qui me récompense amplement des efforts que j'ai faits pour rendre les hauts lieux de la philosophie accessibles même à des pieds habillés de soie. Vous

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