‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 119 sur 166 · A M. LE COMTE DE NOÀILLES · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE NOÀILLES

se sauriez croire^ Monsieur le comte, combien je prends de plaisir à contempler la rectitude et la pénétration de cet esprit fenmie. S'il y en avait seulement deux ou trois cents comme elle (je dis bien peu) à Saint-Pétersbourg^ toutes les autres capitales devraient lui céder. Je ne sais comment je me suis trouvé conduit à lutter mortellement avec le feu chancelier Bacon. Nous avons boxé comme deux /or/5 de Fieet-street; et s'il m'a arraché quelques cheveux,, je pense bien aussi que sa perruque n'est plus à sa place. Absolument madame de Swetchin a voulu assister au combat et juger les coups; je ne puis me lasser d'admirer sa patience et sa pénétration. — Au reste. Monsieur Fambas- Éadeur^ je n'écris plus que pour le portefeuille, et je ne pense plus que pour quelques amis. — La tribune où je pouvais prendre la parole est fermée ou renversée. — St!

Madame de Sv^etchin est extrêmement sensible à votre souvenir; souvent elle me parle de vous avec le plus grand intérêt. C'est parler devant un écho animé. Quoique nous disions précisément les mêmes choses, vous distinguerez cependant les voix, si vous prêtez Toreille, les timbres étant différents.

Madame de Maistre est bien sensible aussi à votre souvenir, Monsieur l'ambassadeur, et me charge de mille compliments pour vous. Je n'ai point encore le droit de me présenter à madame la comtesse de Noailles, mais j'espère qu'un jour, qui n'est pas loin, j'aurai le bonheur de hii être présenté par vous-même; et comme il est trèspossible qu'elle ait quelque partialité pour vous, j'en profiterai, comme tout ambitieux, pour lui devenir aeceptable.

Quoi qu'il arrive de nous. Monsieur le comte, je vous prie de m'écrire, et de me tenir toujours écrit dans votre album au nombre des hommes qui prennent le plus d'in-

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térêt à vous, et qui désirent le plus de n'en être pas oubliés» Agi*éez, je vous en prie, l'assurance la plus sincère de Taf fectueux dévouement et de la très-haute considéwr tion^etc., etc.

I10« — A MU le comte 4« •••

Saiot-Pétertbourg, 80 no?eml>re (12 déoembie) I8U.

Monsieur le comte.

Aujourd'hui, 12 décembre, la grande âme est enfin rentrée dans son grand corps. L^empereur est arrivé vers les onze heures du soir. Après une station à l'église de Casan, il s'est rendu chez Timpératrice, son auguste épouse; tous les deux sont allés ensemble chez S. M. Pimpératrice mère, et sont revenus encore ensemble. L'empereur, qui ne s'était couché qu'à deux heures, était avant huit dans son traîneau; il a vu la maison d'exercice (1), la parade, etc. Il est allé voir chez lui le maréchal Soltykoff, chef du conseil d'État, qui se trouvait un peu malade; il a reçu le métropolite à dix heures ; et enfin, Monsieur le comte, tout a repris son cours avec une précision parfaite. Sa Majesté Impériale a repris les rênes, déjà un peu flottantes, avec beaucoup de grâce et de vigueur; je ne doute pas qu'elle ne soit arrivée avec la tête pleine d'idées et d'expérience, et que la Russie ne doive beaucoup gagner à la brillante absence de son maître. li faut être, à mon avis, bien aveuglé par le préjugé et l'esprit de parti, pour admirer Pierre I" ajustant des planches en Hollande,

U) Yaate ban^v couverti pour exercer les troopei en hiver

• lefîiser en même temps son admiration aux campagnes *^xandre I*', faites pour l'intérêt de l'Europe, et si glo- «enses pour le nom russe. Il ne faut pas croire cependant ail n'y dt qu'une voix sur tout cela; ici, comme ail- «^irs, il y a un esprit détracteur qui refuse d'admirer, et ni blâme même ce que les autres admirent. Cet esprit est ■rtout; mais ici Topposition a un caractère et des causes ■rticuliëres, qui méritent d'être développés.

Cest une chose bien extraordinaire qu'en Europe, si (m excepte le roi de France, aucun souverain tfest de ï nation. H y a même une nation fameuse chez laquelle baque race étrangère disparaît dès qu'elle s'est acclima-^ ie : c'est l'Angleterre. On Fa vue successivement gou- BToée par des Allemands, par des Danois, par des Norlands, par des Écossais, encore par des Allemands; et )ii8 voyez que cette dernière ligne fait ouvertement aune B disparaître.

En Russie comme ailleurs, la maison régnante est étrange. Lorsque Philippe V monta sur le trône d'Espagne) a le trouvait Français^ et je ne doute pas que, dans le iiinzième siècle, les Piémontais d'alors ne trouvassent le ac Louis un peu étranger; mais personne aujourd'hui B s'aviserait de dire que Ferdinand VII n'est pas Espa- Dol, ou que Sa Majesté n'est pas Piémontaise , parce ae l'amalgame est complet. Il n'en est pas de même en ussie : l'opération n'est pas achevée. Les bons Russes tême ignorent une circonstance particulière : c'est que 3 n'est point ici à la maison régnante de se fondre dans i nation, mais que celle-ci, au contraire, doit se laisser ttirer par la maison impériale.

Voilà comment il est possible qu'un excellent souverain lisse soit, quelque temps encore, moins apprécié par ses Popres sujets que par les étrangers, parce qu'il n'est pas acore assez imbibé ( s'il est permis de s'exprimer ainsi)

des idées particulières , des créances^ des opinions^ des manières et des préjugés du pays.

Dans ce moment^ c'est un spectacle assez curieux de lire, sur le front de tous les grands personnages de l'État, l'agitation de la crainte et celle de Pespérance. Nul ne sait $Hl est digne d^ amour ou de haine. On nomme celui à qui l'empereur a parlé le premier ; on sait qu'il a parlé à un autre à huit heures trois minutes; on sait le nombre juste des syllabes qu'il lui a adressées , et quelle mine il avait en les^laissanï tomber.

Ce qu'on voit toujours et partout ne fait pas une grande impression; mais les moments tels que celui que la Rus- ' sie voit dans ce moment sont très-rares^ et il vaut la peine de tout observer. J'ai pensé que des réflexions sur l'état actuel de l'empire peuvent vous intéresser.

L'empereur s'est arrêté quelques jours à Varsovie ; il serait inutile de dire qu'on s'est épuisé à s(m égard en démonstrations de respect , de joie et d'attachement. Les ^ Polonais avaient érigé un arc de triomphe d'excellent goût Sur une face on lisait ce vers d'Horace :

Hic ameê dici pater atque princeps.] |

Sur l'autre , on lisait l'hémistiche et le vers suivant de Virgile :

Expeciaie, vem, Sacra suotque Ubi commendat Troja PenaUs!

U serait difficile d'imaginer rien de plus heureux et de plus significatif que ces deux inscriptions, la seconde surtout. Plaise à Dieu que le grand empereur prenne les Polonais au mot sur la première parole du vers; qu'il rétablisse, qu'il ressuscite (car il ne s'agit plus de conserver] la religion des Polonais ; qu'un heureux génie lui décou-

vre les moyens d'y parvenir, et les noms véritables des obstacles qui s'y opposent ! Déjà le génie contraire a soufflé du côté de la Pologne, et son haleine s'est fait sentir au point de ternir le corps épiscopal.

Quoi qu'on en dise, personne ne connaît exactement l'existence politique de la Pologne. Sur le point intéres*^ sant de la constitution de cet État, je crois avoir fait connaître assez clairement l'état précis de la question, et les préjugés russes et polonais ; l'empereur les connaît parfaitement. Les préjugés ressemblent 9 des tumeurs eAflammées ; il faut les toucher doucement , pour éviter les meurtrissures : c'est ce que fait l'empereur; et c'est à cette précaution, si je ne me trompe infiniment, qu'on doit l'état équivoque qui se laisse apercevoir encore.

Le temps nous apprendra quels emplois le Russe pourra obtenir en Pologne, et réciproquement ce qu'il en sera des emplois de cour ; s'il y aura appel des tribunaux polonais aux tribunaux russes, ou simplement supplication; et s^il y aura une chancellerie, ou un tribunal suprême polonais, séant auprès du souverain, etc..

Au surplus, la séparation peut être plus ou moins tranchante, et l'amalgame nuancé de différentes manières; ainsi il faut attendre.

Pendant son séjour à Varsovie, Sa Majesté a rétabli et donné l'ordre polonais de l'Aigle blanc.

Le préjugé russe contre la Pologne et contre son existence politique séparée est porté jusqu'à l'excès : Fimagination ne peut aller trop loin sur ce sujet ; les bonnes têtes même disent ici : Tout doit tendre à confondre les deux nations; mais il ne faudrait pas voir dans ces termes une formule d'égalité. Cette expression signifie, non que la Russie doit être en partie polonaise^ mais que la Pologne doit être entièrement russifiée. Laissons faire à leurs majestés le temps et Pempereur.

Maintenant, les plus grands objets vont occuper Tattention de Sa Majesté Impériale. L'armée, le papier-monnaie, l'état civil, le tarif, les lois, la religion, fixent tous les yeux observateurs. Hier, Pempereur se coucha à trois heures du matin, se leva à six, et alla visiter tous les hôpitaux militaires. Un esprit aussi actif serait fort inutile, s'il ne commandait pas à un corps de fer pour exécuter ses commissions.

1 1 1 . <— A fi. E. ittOBselirBLeiir Parelieirè^ue de Sag:aie*

i«(i3)déceiDbie I8ii.

Monseigneur,

J'ai reçu, le 7 de ce mois, la lettre que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'adresser le 20 septembre dernier, ainsi que les paquets qu'elle y avait joints ; et j'ai été ravi d'apprendre par cette lettre le succès flatteur de la communication que j*eus l'honneur de lui faire l'année dernière. Depuis que je médite sur la religion, j'ai toujours eu en vue ce passage de Bellarmin, non moins avoué par la raison que par la religion : Savez-vous de quoi il ?agit, lorsqu'on dispute sur le saint-siège ? Il s^agit du christianisme. Rien n'est plus vrai ; et je crois qu'en ce moment les hommes sensés de tous les pays (et les protestants même) doivent diriger leui*s efforts, chacun dans leur sphère particulière, vers le rétablissement du saint-siége dans tous ses droits légitimes. Je me croirais même en état de faire comprendre aune société d'athées qu'ils ont, sur ce point, le même int-érêt que nous; car, puisqu'il est assez bien prouvé par l'histoire qu'il faut une religion aux peuples, et que le sermon sur la montagne sera toujours

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regardé comme mi code de morale passable^ il importe de maintenir la religion qui a publié ce code. Si ses dogmes sont des fables^ il faut au moins qu*il y ait unité de fables, ce qui n'aura jamais lieu sans Yunité de doctrine et d'autorité^ laquelle à son tour devient impossible sans la suprématie du souverain pontife.

Si j'étais athée et souverain^ Monseigneur^ je déclarerais le pape infaillible par édit public^ pour l'établissement et la sûreté de la paix dans mes États. En effets il peut y avoir quelques raisons de se battre^ de s'égorger même pour des vérités; mais pour des fables, il n'y aurait pas de plus grande duperie.

Je suis donc enchanté que Votre Excellence n'ait pas trouvé tout à fait inutile la vive remontrance que j'avais adressée sur ce point important à un puissant ami qui a disparu depuis, mais^ soyez-en bien sûr. Monseigneur, pour reparaître incessamment. L'approbation de Votre Excellence me fait regretter vivement la perte des premières lettres, dont je n'ai pu retenir copie. La dernière n'était qu'une espèce d'épilogue de toute la correspondance. J'ai fait de fortes et inutiles instances pour la ravoir, sur ma parole d'honneur de la restituer en original; elle était tombée dans un portefeuille auguste, d'où il n'y avait pas moyen de la tirer.

Je ne pus cependant croire mes efforts absolument inutiles de ce côté, lorsque je vis, dans la description de la pompe funèbre de Louis XVI, Tancien évéque de Nancy désigné sknplement par le titre à^abbé de la Fare. Je ne pouvais cependant douter que cet évéque, excellent homme d'ailleurs, et que je connais particuUèrement, ne fût un des remontrants les plus décidés.

Dans toute ma correspondance, je n'ai jamais perdu de vue le double but de renverser de fond en comble la déclaration de 1682, et de prouver que les évéques fran-

çais remontrants se trompaient tout à fait sur le concordat^ surtout en regardant comme simple une question dotible.

Car il ne s'agissait pas de savoir simplement si le saintpère n'avait fait précisément que ce qu'il devait faire en leur demandant leur démission ; mais de savoir de plus que si^ en supposant même qu'il se fût laissé tromper par son propre zèle en accordant trop à Tusurpateur (ce que je ne m'avise point du tout de soutenir)^ il pouvait néanmoins appartenir à une douzaine d'évèques français de juger le souverain pontife^ et s'il ne valait pas mieux obéir que résister.

C'était là une grande question préliminaire; mais on se gardait bien de la traiter. Je ne suis point étonné^ Monseigneur, de Fanecdote que yous m^apprenez sur un évêque français. Si vous êtes curieux de savoir à quel point Tesprit moderne avait pénétré dans Tépiscopat français^ lisez^ je vous en prie, Y histoire, ou, pour mieux dire, le panégyrique de Bossuety par M. de Bausset; le chapitre de la déclaration de 1682 vous semblera écrit par un parlemen taire efiréné.

Personne n'est plus pénétré que je ne le suis de tout ce que la religion et les lettres doivent à l'illustre Bossuet; mais il faut aussi avoir le courage de convenir qu'il a eu des torts incontestables. Il aurait dû mourir après avoir prononcé le sermon sur l'unité, comme Scipion l'Africain aurait dû mourir après la bataille de Zama : il y a, dans la vie de certains grands hommes, certains moments après lesquels ils n'ont plus rien à faire dans ce monde.

Pour dire toute la vérité à l'oreille de Votre Excellence, il me semble que, dans cette exposition même si vanléej l'article du saint-père est d*une maigreur qui tient du m» rasme, 11 serait encore aisé de prouver que la conduite A

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▲ L^ARGHETtQUB DE RAGCSB. 381

le gvBXid homme^ pendant les dernières années de sa vie^ I eu des suites très-f&cheuses.

yÉglise gallicane me semble avoir été^ pendant tout le dix-huitième siècle^ dans un état de véritable schisme à l'égard du saint-siége. Plus d'une fois le souverain pontife uirait pu lui dire^ comme le préteur romain à la fenmie divorcée ; Conditione tua utere; res tucLs tibi habeto, La prudence ne le permettait pas^ mais le droit y était.

Cependant, Monseigneur^ il ne faut pas se cacher la véité. Cette Église, si impatientante parfois^ était cependant 'un des instruments les plus puissants de la souveraineté atholique. n y a dans la puissance des Français^ il y a [ans leur caractère^ il y a dans leur langue surtout^ une ertaine force prosélytique qui passe l'imagination. La naion entière n'est qu'une vaste propagande. Dieu veuille mener bientôt le moment où elle ne propagera que ce [ue nous aimons!

Comme le dit très-bien Votre Excellence, rien n'est table encore, et même Pon voit de tout côté les semences le nouveaux malheurs. Profitons au moins d'un moment le calme pour éclairer les esprits, et surtout pour rendre 'éducation au sacerdoce. Mais comment aura-t-on un saîerdoce sans prêtres (le problème est joli)? Comment auraron des prêtres sans les nourrir? Comment rendra-t-K)n à 'Ordre son ancienne dignité, en le condamnant à la faim jt à la soif?

La révolution française est satanique dans son principe; îUe ne peut être véritablement finie, tuée, exterminée, que >ar le principe contraire, qu'il faut seulement délier c'est tout ce que l'homme peut faire); ensuite il agira tout >eul.

Les parlements de France avaient porté un coup mortel aux deux puissances, en les mettant Pune à Tégard de l'autre dans une fausse position. Us en avaient fait deux

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ennemies toujours aux aguets, et toiyours prêtes à se précipiter Tune sur l'autre ; tandis que, par nature, ce sont deux sœurs qui doivent marcher ensemble vers le même but, en se donnant la main.

Jlterius sic

Mura tenUt opem nt et conjurai amice*

On reprochait à la politique romaine je ne sais quel caractère sournois, timide, tortueux, tergiversateur. Sans examiner si etjmqu'à quel point on pouvait avoir raison, je dis que ce caractère quelconque était notre ouvrage : c'est en rectifiant notre politique que nous perfectionn»rons la vôtre.

Il faut absolument tuer Tesprit du dix-huitième siècle; mais comment nous y prendrons-nous. Monseigneur? Nous aurions besoin d'apôtres, et nous ne trouvons que des conjurés. L'erreur a pénétré jusque dans les cabinets des souverains, et quelquefois même encore plus haut. Souvent on est tenté de s'écrier: Vbi sapiens? uôi scriba? mais surtout, Monseigneur, ubi conquisitor hvjus seculi? Bien peu de gens connaissent à fond ce malheureux dixhuitième siècle, dont Tesprit enivre encore les meilleures têtes. Cependant, ne perdons pas courage. L'erreur, en vertu d'une règle divine et invariable, s'égorge toujours elle-même. Voici ce qui arrivera infailliblement, un peu plus tôt ou un peu plus tard.

Les princes, dans le seizième siècle, établirent le protestantisme pour voler l'Éghse; dans le dix-neuvième, ils rétabliront l'Église pour raffermir leurs trônes, mis en l'air par les principes protestants.

Je remercie Votre Excellence de Pexcellente brochure dont elle m^a envoyé plusieurs exemplaires. Je sais cet ouvrage par cœur depuis longtemps ; mms je suis bien aise de le x>osséder, séparé des œuvres de son illustre auteur.

A L*A&€HEyÉQUB DE BAGUSB. 383

J^en ai fait usage sur-le-champ. Cette lettre de Fénelon est écrite avec une extrême sagesse; et^ depuis la page 28, elle est d^une vérité qui fait peur. Je me suis reconnu à cette page 28, me rappelant très-bien que les m^es idées m'avaient jadis fatigué.

Je n^ai pu m^empôcher de sourire à cet endroit de la lettre de Votre Excellence, où elle me parle de la piété

du prince Alexandre Gallitzin, grand partisan et chef temporel de la Société biblique, où je vois figurer avec chagrin Tarchevéque catholique. Quant à l'archevêque russOj ipse viderit. Le général des Jésuites fut invité des {H^nûers à prendre place dans cette société ; heureusement il eut Part de reculer avec prudence et respect.

Je prends la liberté, puisque j'en trouve Pheureuse occasion, de mettre sous les yeux de Votre Excellence un opuscule (1) qui reposait depuis longtemps en manuscrit dans mon portefeuille, avant que je lui permisse de s'échapper en Pannée 1814, sous le voile de Fanonyme, dans un accès de colère né de la fièvre constitutionnelle qui travaille l'Europe. Je désire que mes pensées soient du goût de Votre Excellence, et qu'elle prenne nommément quelque plaisir à voir Platon, mon philosophe favori, colleter le protestantisme avec tant de vigueur. On a lu cet écrit avec quelque bonté à Paris, à Londres, et tout nouvellement encore en Allemagne. Ici, il a été moins compris, l'esprit philosophique n'ayant point encore obtenu en Russie le droit de cité, malgré le nombre déjà considérable d'individus éclairés qu'elle possède.

J'ai préparé des choses bien plus importantes; mais toujours je me suis vu contrarié par les circonstances, et je ne vois point jour du tout à la pubUcation. Il ne me reste qu'à remercier Votre Excellence de la déclaration

(1) V Essai sur le principe générateur.

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très-solide et véritablement épiscopale qu'elle a bien voula m'adresser. Il eût été à désirer que ces sortes de protestations eussent été plus hâtives^ plus générales et plus 'j connues. Je retiendrai celle de Votre Excellence comme un modète précieux de sagesse ecclésiastique.

Je me flattais peu^ Monseigneur^ que ma dépêche au '^ comte de N..., dont j'avais cru devoir adresser une copie à Votre Excellence, pût mériter l'honneur d'être présentée au saint-père; mais puisque Votre Excellence a pris la chose sur elle, je suis charmé qu'il y ait lu mes sentiments. Je me croirai très-heureux. Monseigneur, si vous pouvei encore trouver et saisir l'occasion de mettre et ma pe^ sonne, et mes écrits, et mon zèle, et tout ce que je possède de forces, aux pieds de Sa Sainteté, dont je suis le trèstidèle sujet philosophique, politique et théologique, en ce sens que je crois la raison, la politique et la religion éga* lement intéressées à la rappeler au plein et libre exercice de ses sublimes fonctions, et à dégager une bonne fois le sacerdoce des chaînes injustes dont nous l'avions très-imprudemment chargé. Un nouveau champ est ouvert à la politique sage et religieuse du souverain pontife, et peutêtre sommes-nous en état, nous autres gens du monde, de lui présenter quelques armes, d'autant plus utiles qu'elles auraient été forgées dans le camp des révoltés. Longtemps j'ai soupiré pour le séjour de Rome, où il me semblait que j'aurais pu m'occuper d'une manière à la fois conforme à [^ mes études, à mes inclinations, et à l'intérêt général. Dis aliter visum. Je me console en pensant que je n'ai peutêtre pas été inutile ici.

Ne parlons point d'excuses, Monseigneur, je vous le demande en grâce : le retard d'une réponse en matière im- f^ portante peut causer quelques mouvements d'inquiétude dont on ne se souvient plus au premier mot d'exphcation. Agréez, je vous en prie, les assurances les plus sincères

le

A l'à&cheyêqcub m ràgusb. 385

ma reconnaissance la plus sincère pour toutes les choses oables que vous daigpez m^adresser^ et celle des senth mis les plus invariables de vénération et de respect avec quels je suis^ etc.

P. S, Je connais la belle protestation des évoques de la Igique^ et je suis sur le point d'en écrire à Tun de ces êques^ que je connais particulièrement^ pour me prorer certaines instructions dont j*ai besoin. Diie^ en géra!^ que c'est un malheur pour un pays catholique de Jevoir chez lui la religion protestante, c'est dire une lité si triviale, que ce n'est pas la peine de s'en occuper; sus de savoir si deux pays professant séparément les deux ligions^ et se trouvant réunis sous le même sceptre, le y s catholique doit r^ser la tolérance que tatUre lui mande, en offrant la réciprocité, c'est un grand et un bs-grand problème^ Monseigneur. La vsisoa de douter, t que les sectes n'ont de force contagieuse que dans iirs conomencements et durant le paroxysme révolution- Lire, passé lequel elles ne font plus de conquêtes. Le tholicisme, au contraire, est toujours conquérant, sans mais s'adresser aux passons; et c'est un de ses caraores les plus distinctifs et les plus frappants. Qu'arriveral donc, Monseigneur, si les deux religions franchissent à fois leur frontière commune dans le nouveau royaume) >ar une douzaine de misérables que le protestantisme lus prendra dans les Pays-Bas, et dont les nu>tif s honteux isbonoreront le changement, même aux yeux de leurs âicules apôtres, cent personnes peut-être, distinguées par rang, le caractère et les vertus, passeront dans notre imp en Hollande. Au reste, je ne décide rim* Recevez, Monseigneur, etc.

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