A H* le liaron irif^net des EMies
Lausanne, 15 août 1794.
Les Français, mon cher ami, ont sans doute des côtés qui ne sont pas aimables; mais souvent aussi nous les blâmons, parce que nous ne sommes pas faits comme eux. Nous les trouvons légers, ils nous trouvent pesants : qui est-ce qui a raison? Quant à leur orgueil , songez qu'il est iiopossible d'être membre d'une grande nation sans le sentir. Les Anglais et les Autrichiens n'ont-ils point d'orgueil? Lorsqu'un ci-devant seigneur français se voit aposttdfhé par tel magistrat de Lausanne ou de Nyon qui n'aurait pas osé, il y a cinq ans, aspirer à l'honneur de dîner avec lui j quand je vois M. le bîdlii traiter, je ne dis pas
n imu 1794
lestement, mais crodlement, des militaires firançais^ ea montrant sur sa poîMne, sur ses portraits^ et à la tète de tontes ses ordonnances, Fordre da mérite qaH tient de la France, je ne pois me défendre de leor permettre un peu dlmpatienoe. € On n^en Tent nulle part , m dites-vous; 3 but donc les faire conduire sur la frontière de France, eomme M. de Buven en a monacé, il y a deux jours, le jeune de Savon, qui travaille ici pour nourrir sa m^; et alors le premier bourreau de la frontière fera s<m acquit, par lequel il confessera avoir reçu de la Suisse, du Pié' mont, de l'Espagne et autres nations chrétiennes, tant de têtes d'émigrés pour la guillotine. Le reproche que vous faisiez l'autre jour aux Français de se réjouir des sueeès de leurs bourreaux vient encore de la prévention, si vous y regardez de près; car ce sentiment est très-raisonnable, et même héroïque. Les soldats fi^mçais ne sont point les bourreaux des émigrés, mais les sujets de ces bourreaux : ils se battent pour une mauvaise cause, mais leurs succès n'en sont pas moins admirables. M. Mallet du Pan a très-justement insisté sur ce point dans son ouvrage. Je ne vois pas comment un Français pourrait ne pas sentir un certain mouvement de complaisance en voyant sa nation seule, avec une foule de mécontents dans l'intérieur, non-seulement résister à l'Europe, mais encore l'humilier et lui donner beaucoup de soucis. Certainement c'est de la force bien mal employée; mais cependant c'est de|p force. D'ailleurs un Français peut penser, conmie je pense, que la division de la France serait un grand mal. La foule des étourdis voudrait voir l'Empereur à Paris, pour rentra vite dans leurs terres; mais il ne faut pas blâmer celui qui dirait : a J'aime mieux souffrir pendant quelque temps de plus, et que ma patrie ne soit pas morcelée. » La société des nations, comme celle des individus, est composée de grands et de petits, et cette inégalité est nécessaire. Vou*