‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 122 sur 166 · A HÂDÀHB LA COMTESSE DE P · texte numérisé non relu

A HÂDÀHB LA COMTESSE DE P

leur chambre avec une garde à leur porie^ moX murUi sans avoir même pu prendre congé d'aucun de leurs amia. D'un autre côté^ il faut observer que chaque gouverne* ment a ses formes. De tout temps les empereurs de Rusm ont exercé cette plénitude de pouvoir. Je suis ausai éki^ gné de condamner cette jurisprudence que de Tenviar^ Tout peuple a le gouvernement dout il a besoin.

En seeond lieu > il peut bien se faire que Temperew^ par cet ukase parti du palais comme la foudre part de la nue^ ait voulu calmer une foule de têtes échauffées ^ leur donnant cette satisfaction^ sans aucun préjudice sensibla pourFhumanité; car ces messieurs n'ont point été maltraités dans leurs personnes. Ils ont été pourvus de pelisses et de bottes chaudes d'une boome qualité^ et embarqués dans des kihitkas> voitures couvertes^ quoique non fermées^ et où Von peut s'arranger passablesment,

n peut se faire enfin que Sa Majesté Impériale ait voulu éviter une scàne qui aurait eu lieu infailliblement^ si les pères Jésuites avaient pu voir leurs amis. Ils sont partis dans la nuit du 39 au 23 décembre, à trois heures du matin^ sans avoir vu une seule personne de leur cannais* sance.

il est bien vrai qu'après avoir tout pesé équitablement^ il reste une certaine opposition ^tre la forme et le fond; car la forme semble appartenir à un crime de lèseHma"' jesté^ et le fond est la conversion présumée de quelques enfants et de quelqti^s femmelettes; de sorte qu'on pourra demander : N'est-ce que cela ? Mais cet inconvénient était inséparable du système adopté.

L'ukase a été rédigé par M. Famiral Chkdikoff^ bon vieillard^ simple^ pieux ^ connu par une assez grande ém^ dition et par une connaissance approf(mdie de sa langue; mais cependant nullement fait pour prêter sa plume à uu empereur de Russie. Il manque tout à fait de ce laconisme^

de cette philosophie du style (si je puis m'exprimer ainsi) et de ce tact délicat qui met chaque chose à sa place. Cest lui qui a transporté dans les actes diplomatiques et ministériels ces textes de l'Écriture qui ont si peu satisfait Toreille européenne. Le vin de Tokai est excellent sans doute; cependant on n'en met point dans une soupe.

Une disposition très-sage de l'ukase, c'est celle quiap* pelle un autre ordre reUgieux à l'administration de l'EgUse catholique. Des séculiers desservants en auraient fait ce qu'elle était auparavant^ un véritable brigandage. Ce sont des dominicains qui viendront remplacer les Jésuites. J'ai demandé ce que c'étaient que ces dominicains; on m'a répondu : ce Ce sont des paysans polonais. » Mais on est toujours prêt à penser et à parler mal. Ce qu'il y a de malheureusement sûr^ c'est que l'Église catholique (de dix mille âmes au moins) reçoit un coup mortel. Le soulagement actif des malheureux^ sans distinction de culte, est surtout un département sacré à peu près supprimé. Je suis persuadé que l'empereur le sait, et qu^il en gémit; mais il obéit, comme il est bien naturel, à la raison d'État. Il a vu dans l'histoire les guerres de religion ; il a raison de les craindre. — Voici cependant une grande vérité bien peu aperçue. Les querelles de religion deviennent sanglantes lorsque les hommes passent du pliLs au moins y ce qui est bien juste; mais lorsqu'ils remontent du wotw dinplus, jamais ce retour n'a fait, ne fera ni ne peut faire verser une seule goutte de sang; car pour se battre il faut être deux; et comment le souverain se battra-t-il avec des hommes dont le premier dogme est de ne jamais attaquer la souveraineté ? Il en fera des martyrs tant qu'il voudra, jamais des révoltés.

L'Église russe reçoit, à son tour, un coup mortel par l'ukase du 20 décembre : son clergé n'a point d'existence, point de force, point de considération; il ne sait

Page 1