À U. LE COMTE DE BLACAS
ment de m'occuper de vous et de rompre des lances ir vous; car le déchaînement d'ici ressemblait à celui France. La correspondance de M. de C. me fit mal au ur, et je vous sais gré de n'y avoir *pas répondu. Une ise que j'ai vue depuis, et qui m'a fait grand plaisir, st la correspondance de M. de F., dont malheureuseni je n'ai lu que la première partie. Elle fait honneur ni et à vous, monsieur le comte. Quant à votre sainte wrte, je trouve qu'elle fait aussi beaucoup d'honneur roi, notais point du tout à la nation. Toutes ces têtes les étant grosses de chartes et d'idées libérales, le roi a : ce qu'il a pu. Il a tiré fort bon parti de la constitution glaise, et il Pa ajustée à votre taille, comme les confesurs donnent l'absolution, in quantum possum et tu inles. En vérité, je ne vois pas qu'il eût été possible de eux faire. Quant aux Français qui tendent la main aux iglais, et vont gueuser une constitution chez eux, comme
demande une soupe lorsqu'il n'y a point de pain à la lison, ce sont de pauvres gens. Je n'en combattrais pas Dîns jusqu'à la mort pour la charte, si j'avais Thonneur
siéger dans l'une ou dans l'autre de vos deux chames, quoique je sois très-certain qu'elle ne peut durer, rce qu'une chose peut être très -bonne aujourd'hui, idqu'elle ne doive plus l'être dans cinquante ans ou deaîn, et parce qu'il n'y a dans ce moment d'autre loi, autre salut, d'autre constitution que de marcher avec le i, dûtril même se tromper en quelque chose. Si cette ictrine n'est pas la vôtre. Monsieur le comte, j'espère L moins que vous ne me ferez pas brûler pour la mienne. 3us m'apprenez de Naples, le 14 décembre, qu'on a imimé quelque chose de moi à Paris. Bien obligé, car, lur moi, je n'en sais rien. J'ai donné l'ouvrage à quell'un, qui l'a donné à quelqu'un, qui l'a donné à un troi- ^me, qui l'a donné à un imprimeur. Dieu sait ce qui ar- I. 26
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rivera à mon pauvre opuscule à travers toutes ces cascadesl C'est Touvrage de Platarque, intitulé Sur les délais dek justice divine dans la punition des coupables, Ces! b ^ chef-d'œuvre de la morale et de la philosophie antiqoeSi Vous serez ravi des belles choses que vous y trouverct Le tout est devenu un joli petit livre^ par la manière j'ai arrangé tout cela. Je pense que vous commenoei comprendre, cher comte, pourquoi je ne vous Faî pas voyé. Si, par hasard, il paraît, achetez-en vite un exi plaire, et recevez-le de ma part, je vous en prie. Jen'i sais pas davantage.
A moins que vous n'en jugiez tout à fait autranenl,! Monsieur le comte, je vous aime mieux à Vienne, moins pour quelque temps encore. L'eau n'est pas claire pour un poisson de votre espèce. Tant que la de-j vise latine des monnaies n'est pas rétablie, tant que potence n'a pas repris sa place, au préjudice de la guillO' tine, et tandis que cet honnête homme que vous ne pot viez supporter à vos côtés ne sera ni jugé, ni honni, a chassé, vous êtes toujours en révolution.
Après vous avoir longtemps parlé de vous , Monsieur le comte, parce que vous êtes véritablement le sujet de la lettre, je suis fâché de n'avoir pas de fort bonnes choses à vous dire de moi. Vous savez que , pendant que j'étais votre voisin, je ne cessais de mourir de faim; ce peft malheur s'est très-peu adouci. J'ai été, conmie d'autos fidèles, complètement pipé par les événements, et je * sais, en vérité, ce qui arrivera de moi; l'âge avance ; é je ne vois devant moi qu'un assez sombre avenir. Parifl»: d'autres choses. Dites-moi , je vous prie, par quel hasarff par quelle fortune, par quel zigzag de circonstances puis avoir le bonheur d'être connu de madame lacomi de Blacas. A-t-elle été en Ecosse? car ceci a l'air ffraà seconde vue. Quoi qu'il en soit, mettez-moi à ses pieds,JB
"XW en prie^ Monsieur le comte^ et témoignez-lui le grand lésir que j'ai d^étre connu d^elle d'une manière moins nmaturelle.
Je ne vous dte rien de la France : cette image cruelU wm pomr nm de pleurs une source étemelle* --* Éternelle^ fr^eit-fr-dire comme moi; car^ à la fin^ il faudra bien que pelque wmveau miracle la tire de là. C'est encore un NÛnt sur lequel je voudrais bien vous parler. On voit à itéSMit ce qu'on ne voulait pas voir^ et comment les ba- Uttds senties victimes. Mais je ne veux pas me lancer^^ Don trèsK)her comte; ne m'oubliez pas , je vous en prie : mœiMxm toujours^ faites-moi savoir où vous êtes. Votre lemière lettre m*a £ait vomir un peu de fiel sucré que ^tvais 0ur le cceur; vous ne sauriez croire combien je Ki'^ p(vte mieux. Mais ne m'en faites plus faire; ne m'en* ''oyez plus de phrases ministérielles : à quoi cela peut-il «rvir? Âdieu^ Monsieur le comle; ne doutez jamais ni de KM tendrasse^ ni.du besoin que j'ai de la vôtre.
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Saint-Pétersixmrg, S (14) février f8i<.
J'tt reçu presque à la fois^ mon très^her prince^ voi Lpux lettres des 30 novembre et 7 janvier dernier^ et j'y ië|NMid8 à la hâte sans trop savoir combien je pourrai Nsrire de lignes^ tant j'ai d'ouvrage sur les bras^ sans un 9d1 Isradite pour les soutenir. Je me réjouis fort que vous tanévÀi^ dans vos études de jurisprudence; mais prenez timàd, je vous prie^ qull y a k>in de la loi des Douze Tate aux basiliques du Bas-Empire. La loi que vous me Stez n^est pas de Justinien ; si je ne me trompe y elle est
les deux jpoiffxms Areadius et HoxK>rius; et quoique je ne
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Taie pas lue depuis trente ans au moins, je crois me rappeler cette phrase charmante : Adeo ut sit illis vUa supplicium et mars solatium. Mais ce n'est pas là du toatk droit romain. Cherchez les Pandectes de Pothier (Poidectx Justinianœ in ordinem congestœ, 3 vol. in-fol.)^ livre unique par Timmensité et la perfection du travail. Les préfaces qui précèdent la partie criminelle vous en sfprendront suffisamment. Mais comme la procédure civiB et criminelle des Romains mérite fort une étude partîciH lière, entre plusieurs livres qui pourront vous éclairer sbt ce points vous pouvez choisir S/^emt^ dejudiciis, eiJulm Pollectus deforo romano. Vous serez surpris de la grande analogie de la procédure romaine et de l'anglaise. La ressemblance est telle^ qu'elle a fourni la matière d'un in4* intéressant que j'ai feuilleté jadis dans la bibliothèque poblique de Lausanne ^ mais dont le titre m*a échappé.
Au reste, mon prince, sur la jurisprudence, et surtout sur la jurisprudence criminelle, je ne mefiiB nullement aux philosophes. C'est une science toute pratique qu'on n'apprend que dans les tribunaux. A mon âge, je suis encore à trouver un homme d'esprit, quoique parfaitement raisonnable sur d'autres choses, qui ait pu me parler raison sur ces matières. Je suis bien fâché de différer énorme- i ment avec vous sur un objet capital : je veux dire, la peine m de mort. Non-seulement je crois qu'il ne faut pas rabolir, mais je croîs que toute nation qui l'abolit se condamne, antant qu'il est en elle, à la seconde place. Les nations da premier ordre ont toujours condamné et , si je ne me trompe, condamneront toujours à mort. Il peut bien se faire qu^un jour ou l'autre, lorsque je ne me promènerai plus sur ce globe, vous disiez, en lisant certaines choses : — Ah ! voilà donc ce qu'il voulait me dire le 14 fé- 1 1 vrier 1816? Mais, pour aujourd'hui, basia cosL | i
Je ne nie pas cependant que l'abolition de la peine de
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mort ne soit un bien chez vous^ sous un point de vue relatif, c'est-à-dire qu'elle s'oppose à un autre grand mal; mais toujours cette abolition sera ou signe ou cotise d'infériorité. Ainsi, mon prince , je ne puis vous adresser un c<Hupliment sur ce point.
Vous avez grandement raison! Jamais on n'a écrit sur la Russie avec amour. L^idée que vous me proposez m'a souvent passé dans la tète. Cet ouvrage serait très-intéressant; mais il ne peut être écrit en Russie. Je ne m'aviserai point de vous parler de votre littérature, car je ne sais pas votre langue, ce qui me fâche beaucoup. Je crois voir ou entrevoir que la suppression du Théâtre-Français favorise beaucoup le vôtre, et qu^en général la langue et la poésie se perfectionnent sensiblement. Je n'ai ouï citer avec éloge aucun ouvrage de jurisprudence et de philosophie. Sur ces deux pomts d'ailleurs, conrnie encore sur celui de la religion, vous êtes livrés, pieds et poings liés, aux Allemands. Les hommes influents étant à cet égard ou complices ou trompés, je n'y vois pas de remède. La science seule nous mène droit à un changement infaillible. Toute votre noblesse est militaire, elle Test dès l'enfance; et le service exigeant ime grande application des forces physiques et presque tout le temps de l'officier, il s'ensuit que le militaire (sauf les af mes spéciales) est ignorant par essence, c'est-à-dire nécessairement. Pendant ce temps, cette même noblesse se ruine et par ses folles dépenses et parla fatale mollesse des lois, qui ne savent pas la forcer à payer ses dettes. Le second ordre accourt donc, et s'empare de toutes les richesses et de toutes les lumières,
Ergo, etc J'espère, mon prince, que vous ne me dbez
pas, comme Molière : Votre ergo n'est qu^un sot.
Sur le clergé, je suis tout à fait de votre avis. J'ai parlé souvent à de très-bons esprits de votre pays sur ce sujet intéressant. ïntre un pope et un tuyau d^orgue, je ne vois
pas trop de différence : tous leà deux chantent^ et voiK tout. Souvent j'ai demandé à vos gens instruits leur m sur la manière de civiliser le clergé, de l'introduire dam la société, d'effacer cette défaveur qui raccompagne pins que jamais, et d'en tirer parti pour Péducation, la morale publique, etc.. Tous partagent mon désir, mais sans me donner aucune espérance. Vous voudriez rapprocher votre clergé de Bossuet et de Fénelon ; ainsi soit-il. Mais cen'e< " pas à moi à vous apprendre que nous venons de faire la mouvement en sens contraire assez frappant.
Quant à la Société hiblique^ comment n'avez-vous pai encore découvert que c*est une machine protestante, oa, pour mieux dire, socinienne, qui fait grand^peur à YÎj^ anglicane même, et dont elle voudrait bien se débarrassert Sur ce ppint, comme sur tant d'autres, vous êtes les dupes des étrangers. On parle de succès prodigieux de la Sociélé biblique. Quel enfantillage ! Est-ce donc qu'en multipliant les traductions de la Bible on multiplie les chrétiens?
• IVon iali auxilio, nec defensoribus UtU
TempuM eget.
Si Ton établissait une société pour acheter et brMer toutes les traductions de la Bible en langues vulgaires, je serais violemment tenté d'en être.*— Mais il me semble que je vous contredis sur bien des sujets; c'est de ^impe^ tmence mera e prêta : en tout cas, vous me pardonnerez; j'aime mieux battre un peu la campagne avec vous, que de ne vous rien dire.
Vous m^exhortez à n'être pas triste; le conseil est boiii et vaut bien celui-ci : N'ayez pas la fièvre. Dans ce dernier cas, je pourrais vous dire : Donnez-moi du quinquina» Dans le premier, je ne sais que vous dire : Où est le spécifique?
Agréez, etc.
À M. LB MARQUIS HBlfRI DB COSTA. 407