A M. le marquis Henri de CJosta
SaiDt-Pétenboorg» 2 (14) ayril isid.
Comment vous peindre, mon très-cher et excellent ami, le plaisir que m'a fait votre délicieuse épître du 26 février dernier, apportée en trente-cinq jours par le comte de Venansonî Ce plaisir eût été parfait, si vous ne m'annonciez pas le projet dô vous en aller planter vos arbres à Beavn regard. Est -il possible, mon cher ami? Quand j'aurais , comme disent les poètes, une langue de fer y je nie pourrais vous exprimer à quel point ce projet me désappointe. J'ai eu deux amis dans ma vie (c'est un nombre prodigieux), le bon Salteur, et vous. Quoiqu'il ne vous égalât ni en élévation de tête ni en chaleur d'entrailles, c'était cependant Un excellent homme que je ne cesserai de regretter; mais Vous me restiez, et je m'étais arrangé pour radoter auprès lie vous, voire même avec vous, si nous étions condanmés à cette triste conformité. Depuis que mon retour est au fang des choses probables, je n'ai cessé de vous contempler comme un point fixe devant mes yeux; je n'ai cessé dépenser à ce que je vous dirais, à ce que vous me diriez^ au plaisir inexprimable de renouer une liaison jadis si douce et si intime, aux réflexions sans fin que nous ferions snr tout ce qui s'est passé dans le monde depuis notre séparation à Châtillon! — Le croiriez-vousî j'ai pensé plus d'une fois à m'enfermer avec vous sous clef, pour vous faire encore, de ma propre main ministérielle, dû café aussi bon que celui dont sans doute il vous souvient, et que nous prenions dans mon galetas près de la Madone des Anges yVdxi de grâce 1798. Mais vous avez cassé ma cruche, et me voilà plus capot que Perrette. Vous vous en allez à Bewuregardf quel nerf vous avez pincé dans mon cœur.
cher et digne ami , avec ce mot de Beauregard! V( m'avez fait rebrousser de trente ans vers l'âge des j( sances et des enchantements. C'est là que j'ai passé ques jours de ma vie, si pleins^ si heureux; c'est là quej composai, en 1784, ce discours sénatorial dont je encore une copie écrite de la main de l'infortuné Lai et suivie de vos animadversions, très-soigneusement rc à la tin de Pouvrage. Savez-vous bien, mon cher ami,i si je m'avisais de passer huit jours à Beauregard, à d'être bien entouré, bien soutenu, bien choyé, j'étouffe infailliblement. Quelles personnes, bon Dieu ! quelles rées! quelles conversations! Et vous, cher ami, coi ferez-vous? Croyez-moi, n'y allez pas, à moins quevoi soyez aussi bien défendu. Il faut surtout avoir des femi à présent qu'il en est entré de si aimables chez vous, puissent vous papoter et roucouler tout le long du jour i tour de vos oreilles. J'aurais lu avec un profond chagrin^ que vous me dites sur votre accident, si votre lettre ne vc réfutait pas d'une manière si aimable. Pour moi, j'ai jusqu'à présent d'une santé insolente; mais ce sont pre sèment ces tempéraments qui sont le plus sujets à s'î mer brusquement. Ils ressemblent à ces terres riveraii minées en dessous par Yonde fugitive, couvertes d'hei et de fleurs; rien ne les distingue des autres, puis toul coup plouf!
Pas n^est besoin, je pense, de vous dire à quel point, applaudi à votre noble entreprise littéraire. J'attends coup de vous dans ce genre. C'est mon affaire de me curer le livre dès qu'il paraîtra : la vôtre est de remett mademoiselle d'Oncieu un petit carré de beau papier fermé dans une enveloppe à mon adresse, sur lequel écrirez deux lignes témoignant que le livre vient de v( et que je puisse coller sur le revers de la couverture. J* père que vous ne me ferez aucune sotte difficulté, la cJ