A fii« E« monseigneiir Farelie^âaae de Bayiise
Saint-PéterBboorg, I8I6.
Monseigneur^
C'en est fait de l^glise catholique à Saint-Pétersbourg, stte Église si belle, si bien ordonnée, si florissante, a disiru en un instant. Le fatal pressentiment exprimé d«Dfi^ 1. 27
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le post'Scriptum de ma dernière lettre n'étaitque tropbis fondé : la foudre éclata vingt jours après. Ce quily aés désolant^ c'est de voir qu'il eût été extrêmement lùsééi prévenir ce mal : plusieurs raisons Font amené. IVabort Pordre des Jésuites était devenu polonais. Les Italiens^ to Français, les Allemands, ne comptaient plus^ ounecoof' taient pas assez. Or la nation polonaise est malheureoB»* ment déchue ; et quoique les Jésuites polonais valent rsSA ment mieux que leurs concitoyens laïques, cependant ne faut pas chercher parmi eux des Berthier, des Neavl^ des Boscovritz, des Bettinelli^ etc., etc. En second te; le R. P. général, que je connais et révère beaucoup,» collent sous le rapport de la sainteté, se trouvait cepefr danty sous le rapport de la politique, de la pénétration ci de la force d^esprit, au-dessous des circonstances, quifr mandaient la tête d'un Gruber ou d*un Âquaviva. Ilyi bien eu aussi quelques imprudences faites dans lescofr versions, qu^on a menées trop vite et trop publiquemeat Enfin, ces messieurs se sont laissé transporter par le s* de la maison, qui les dévorait, mais qui, par cette raison même, les a éblouis sur le danger, en leur persuadantqtf le moment était venu, et que rien ne pouvait arrêter riittpulsion donnée. Véritablement c'était un spectacle adinirable que la multiplicité et la rapidité de ces conversions opérées principalement dans le premier ordre de la société, et il était impossible que le gouvernement ne s'ala^ mât pas; je crois cependant qu'il n'aurait pas frappé sitôt, s'il n'avait été poussé, animé, exaspéré par un pa* puissant, irrité jusqu'à là rage ; et cette rage a créé malte'i' reusement une véritable raison d'État contre nos cbeft Jésuites. Moi-même, Monseigneur, je me suis trouvé enveloppé dans Porage par plusieurs raisons. iyal)ord,j'étai» lié d'amitié avec quelques-unes des personnes les pto ma^^antes de la nouvelle Église longtemps avant le8de^
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À KONSKIGIfBUR L^ARGHBYÊQUB DB RÀGUSB. 419
niers événements; et lorsque le moment du danger est artWé^ J'aurais trouvé indigne de leur fermer ma porte. En ieoond Uen^ le prince Alexandre Golitzin, ministre des c«/- Isf et prodi^eusement irrité contre nous^ s'était mis, je Ae sais pourquoi^ à me regai'der comme Taro-boutant du fanatisme. Je ne me suis jamais gêné d'ailleurs pour faire entendre que je ne voyais aucun milieu logique entre le ea&olidsme et le déisme. Enfln^ Monseigneur^ l'empereur t cru devoir charger un de ses ministres de me parler des soupçons qui étaient arrivés jusqu'à lui. J'ai prié ce ministre d'assurer S. M.I. que jamais je n^avais changé là foi d'aucun de ses sujets; mais que si quelques-uns d*eux m'a* tfaientfait par hasard quelques confidences, ni rhonneur ni la conscience ne m'auraient permis de leur dire qu'ils vivaient tort. Les circonstances m'ont conduit bientôt après à répéter cette déclaration de vive voix à S. M. I. même, JjB, chose s'est fort bien passée : cependant^ je ne voudrT'is pas répondre qu^il ne restât^ au moins pour quelque temps^ encore un peu de rancune dans le cœur impériaL J'ai bien connu qu'on lui a fait des contes^ mai? je m'en inquiète peu. Il ne faut pas^ comme dit une fable trèsvraie, s'amuser à tuer les cigales : il faut attendre paisiblement l'hiver.
Dans le jugement porté contre les Jésuites^ Votre Ex* cellence aura aperçu des choses dures; mais plusieurs dioses aussi font honneur à l'empereur. Il n'a point sévi contre les personnes; il n^a point chassé ces pères de tous ses États : il les a fait soigneusement et à grands frais habiller, nourrir et escorter. Et si vous songez. Monseigneur, que, de tous les souverains du monde, c'est celui qui a été environné, des plus terribles ennemis du catholicisme, du christianisme même en général et des Jésuites en particulier, vous serez étonné que, dans cette occasioa* il ne se soit nasse rien de terrible*
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s fins ThuiMÈtUL de ¥ur Tolie EjutdÊtsototy fwanà cdoidelmmciitrerlanâDede tost le mil; je bn apt qoens ce ipie c'est qœ Fittaûnnw, système qœ j'ai étodié à CûimL Elle venait camnent oo » trompe toos les jours et à diaqne mioate^ en ijn(yjnt soos ce nom des sjstèmes diaunéiralemefit dMâenb; efle wernôÊ, enooR comuieiit llDnminisme ipie j'ai en me a po slnsiiiiMraoprèsd'aD soareran defcm trèfrieligîeiiXy et dicter PfaiooDcevaUe coorentioD da d6 septenAre denûer. Malheih reasement le temps et les fana me manquent, surtout le tenq». D'aîDeiirs^â Fégard des Jésuites, le mal est fait: cette mtéressante colonie est Uessée à mort. Je ne doute pas qœ Pempereur, arec la modération et la daicatesse qui le caractérisent, n'ait fat rprtaînps cnrnnwmifations ao saînt^père sor ce qnH a fiût on Toolaît Cure. Votre Émioence aora tu dans les pqiiers pabUcs Fnkase do 21 décembre (ijamier^. Qoel style îqueOe manière! quel accord entre les prémisses et la conséquence ! quelle chju^ manie citation de saint Paul! etc. Tout cela est risiUe; mais ce que Votre Excellence ne peut voir, si elle n'enest avertie, c'est un véritable Jaux qui se trouve dans la traduction française, qui est cependant officielle. Le texte russe dit : Quelques personnes du sexe le plus faible; il t plu au traducteur de dire. Quelques femmes d'un esprit faible et inconséquent ; et cette belle traduction sera prise pour texte dans toute l^urope.
Ces femmelettes, au reste, sont des dames du premier rang et du plus grand mérite, et toutes à peu près en savent plus que la plupart des honunes de ce pays. Maintenant, Monseigneur, je toucherai rapidement quelques points qui intéressent sensS)lement là sollicitude universelle.
L'état de la Pologne est déplorable, et les meneurs sont antichrétiens du premier ordre : je crois qu'il serait trè^
À HomiiGinnni l'àrchsyêqub m ftAGuss. 421
«se aux ennemis du saint-siége d^en détacher la Pologne. Un évéque polonais^ mort seulement Pannée dernière^ disait^ peu de temps avant sa mort^ que, dans certains moments di/ficiks^ il fallait se prêter aux circonstances, jst gu^à Pépoque oà il parlait, il croyait qu^on pouvait se passer de Rome, Le danger est bien plus grand du côté de rarchevéque de Mohilew^ Sestrintzewitz, jadis protestant, puis officier hussard, et enfin évéque. C'est lui qui disait un jour à la cour, en voyant passer l'empereur : Voilà mon pape/ Un gentilhomme russe, qui entendit ce discours et qui me le répéta, en était tout scandalisé. Il est maintenant plus qu'octogénaire : mais quel sera son successeur? Rien n'est plus digne d'occuper d'avance toute la sollicitude de Sa Sainteté, dont la suprématie n'a pas dans ce moment, je ne dis pas de plus faible défenseur, mais de plus grand ennemi secret que Farchevéque de Mohilew. J'abrège ce chapitre.
L'empereur a ordonné, avec beaucoup de sagesse, que l'Église catholique de Saint-Pétersbourg serait administrée par un ordre monastique, et le choix est tombé sur les dominicains; mais ce qui nous est arrivé est de la médiocrité la plus affligeante, et la force cachée qui travaille contre nous sait bien que, du mépris des docteurs au mépris de la doctrine, il n'y a qu'un pas. En conséquence, elle s'est chargée de nous donner des ministres ou mauvais ou ridicules. Dernièrement on a fait prêcher un Polonais en italien, etc., etc. Il faut saisir cette anse qui nous est présentée, et tâcher de tirer parti de l'ordre de Saint-Dominique pour introduire ici de dignes ouvriers. La prédication et la catéchèse avaient lieu ici en quatre langues, en français, en italien, en allemand et en polo* nais. Cette instruction doit subsister; et c'est une raison dlntroduire ici des étrangers, sans détour, sans mystère,
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etaveclapernûsâon du gouvernement^ en un mot, àvisage découvert.
L'empereur de Russie a plus de dix millions de sojeis catholiques. D n*y a pas didée plus révoltante que celle de priver une telle masse dliommes de tout oi^ane de li même religion auprès du souverain. Au procureur génénU de t empereur près le saint synode a sueeédé un ministre des cultes^ institution de Bonaparte, qui se plaisait à codfondre tous les cultes^ pour les avilir tous les nns par les autres. Je ne sais comment le sage empereur a conservé cette institution transplantée par le fameux Speranskff,d qui aurait dû tomber avec lui ; mais, puisqu'elle existe encore, commetit ose-tron parler de toléranee à notre égard^ tandis que la moindre de nos demandes doit passer par b canal d'un homme étranger à notre langue religieuse, à nos dogmes, à nos sentiments, à nos usages, et qui se déclare d'ailleurs publiquement notre ennemi? Autant vaudrait dh*e qu'on tolère les juifs, en les obligeant d'entendre la messe et de manger du porc. Il me parait impossible que, d'une manière ou d'une autre, le saint-père ne puisse faire arriver jusqu'à l'emperem- des idées d'une évidence aussi frappante.
J'ai dérobé quelques moments. Monseigneur, à de trèsgrandes occupations, pour adresser à la hâte à Votre Excellence cette relation et ces courtes réflexions, présumant qu'elle ne les trouvera peut-être pas tout à fait inutiles. Je saisis avec empressement cette occasion de me rappeler à son souvenir, et de lui renouveler l'assurance de la haute et respectueuse considération, etc.
AU R. P. BUOKOWSKI. JIUS
!23« —Au H*. P. Brzozowskiy général des Résultes»
à Polosk.
Salnt-Pétersbonrg, 28 Juin (lO)Jalllet isie.
Mon très-révérend Père,
J^ai reçu avec beaucoup de plaisir les essais de votre académie; qui m'ont été remis de votre part : le sujet que fOus avez choisi sera blâmé par vos ennemis; cependant fls seront fâchés que vous Tayez traité^ et ce sera une jNreave que vous avez bien fait : c'est un trait de cbristia nifline élégant^ d'avoir loué l'empereur dans un momeif iA il frappe sur vous un coup si terrible; et vous avez le plaisir^ d'ailleurs^ de louer sans être flatteur^ ce qui ne vous conviendrait pas du tout. Devant tous les juges du monde, il n'y a rien de si parfaitement beau que la mardie politique et militaire de l'empereur pendant cette mémorable époque qui brillera à jamais dans l'histoire : si l'on Gonridère les difficultés de tout genre qu'il avait à vaincre, la dextérité avec laquelle il a su manier les esprits, le courage personnel dont il a fmt preuve, ses résolutions militaires dans les moments décisifs, la protection qu'il a accordée aux princes légitimes, enfin (quoique ce ne soit peut-être pas ce qu'on regarde le plus) la profonde sagesse avec laquelle il a su arrêter l'exagération et conserver ce qui ne devait pas périr, c'est ce que la postérité, toujours équitable, ne cessera de célébrer. Vous avez donc parfaitement bien fait de donner de l'encens à des actions qui en sont véritablement dignes; mais il faudrait bien se garfier d'en faire une coutume, et de créer, pour ainsi dire. Un cycle de louanges. Dans un moment où ce grand prince Vous traite si rudement, il y a de l'esprit et du bon ton à
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le louer franchement sur ce qu'il a fait de véritablement beau. Tenez-vous-en là : les éloges périodiques ne valent rien.
La latinité de vos orateurs n'est pas encore celle de Maffei, de Petau^ de Nocetti^ etc. ; mais elle a son priX; et tout se perfectionne.
n serait inutile, mon très-révérend Père, de vous parler de Pimmense chagrin que m'a causé ce qui vient de se passer. Cor régis in manu Dominij dit très-bien le texte de l'Écriture, qu'on lit dans Péglise de Casan : mais tmiAt il le fait vouloir j et tantôt il le laisse vouloir. Cette fois le cœur n'a point été assisté. Servons les puissances en les respectant, et surtout dans ces sortes de cas. Bossuet a dit merveilleusement : H^ est-ce pas servir V autorité ^ qw d^en souffrir tout sans murmurer?
J'ai eu Phonneur de vous expédier, il y a quelques jours, cinq ou six volumes qui me sont devenus inutiles et qm pourront ne pas Pétre pour vous; mais je ne crois pas tn^ que vous les receviez avant la fin du mois. Je les ai mis sous Padresse alternative des RR. PP. Rozaven et Pietroboni. Saluez de tout mon cœur, je vous en prie, mon trèsrévérend Père, ces deux excellents amis, et dites-leur que la même pacotille contient une lettre pour chacun d'eux. Le jugement qui vous concerne m'a profondément affligé^ comme vous n*en doutez pas; mais la confiscation de vos livres en particulier, lorsqu'on me l'apprit, m'ôta la parole, sa impetrai! (ceci s'adresse au P. Pietroboni), je ne m'attendais pas du tout à une telle décision, qui disparait cependant devant le reste. Ma femme et toute ma famille vous font mille amitiés. Souvent nous parlons de vous et de ces deux Pères, et toujours avec le plus vif intérêt. Je ne sais, mon très-révérend Père, ni si, ni quand, ni où je vous reverrai. Quoi qu'en ait décidé le grand autocrate, Pabsence n'influera jamais sur mes sentiments.
AU R. r. BRZOZOWSKT. 425
Yale ad multos annos^ reverendissime Pater^ meique in momento magni momenti^ scilicet in missœ Mémento, mémento !
Je suis^ avec un respectueux attachement; mon trèsrévérend Père, etc.