‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 135 sur 166 · A !■• le eomte de HIacaa · texte numérisé non relu

A !■• le eomte de HIacaa

SaiDt-Pétersbourg, 3 (I5) décembre I8I6.

Monsieur le comte,

D me semble que je serais coupable si je vous laissais ignorer mon sort. Les intérêts les plus évidents de ma fa-

mille ne s'accordant plus avec mon séjour prolongé dans ce pays^ le roi a bien voulu me rappeler^ sur mes demandes réitérées. Je ne partirai cependant qu'au mois de mai prochain^ Sa Majesté m'ayant refusé avec bonté la permission d'exposer trois dames sur les grandes routes dans cette saison et sous ce climat. Cependant^ pour que mon état ne demeure pas douteux^ le roi a daigné me créer premier président dans ses cours suprêmes. C'est une forme usitée chez lui^ et qui ne décide nullement si je serai réellement placé à la tête d'un sénat, ou si mon titre ne me servira que de marchepied pour me placer ailleurs. Il en sera tout ce qui plaira à Dieu et au roi ; mais^ à vous dire la vérité, Monsieur le comte, quoique le poste qui m'est annoncé ou montré soit au rang des places qu'on appelle éminentes à Turin, cependant je ne me sens pas de goût pour l'occuper. Mes idées ont pris un cours étranger à l'administration pratique de la justice. Il y a dans tous les états un certain mécanisme qu'il n*est pas permis de suspendre pendant vingt ans, et j'ai peur qu'on n'écrive sous mon portrait :

n prit» quitta* reprit la simarre et Tépée.

Quoi qu'il en soit de cette grande affaire, dont je ne doute pas que la Providence ne se tire fort bien, ce qu'il 5 a de très-sûr, c'est qu'au mois de juin prochain je serai très-près de vous, soit que vous résidiez encore à Rome, soit que vous ayez alors été rappelé dans votre capitale. Quand je compare ces deux distances à celle que je dois parcourir pour aller à Turin, je les vois disparaître, et il me semble que je vous toucherai.

J'ai été ravi. Monsieur le comte, de vous voir au poste où vous êtes. Par une foule de raisons inutiles à détailler, le concordat j et surtout la concorde entre la France et le

JUli mm 1816

samtrsiége^ étaient une œuvre laïque. J'espère que vous aurez attaché votre nom à un grand et glorieux résultat , qui marquera dans l'histoire, et dont l'Église et l^tat s'applaudiront également. J'ai lu avec une joie que je ne saur rais exprimer difTérents écrits français^ et smiout ceux de M. Fiévée^ où l'on vous rend bonne et pleine justice. J'ai toujours pensé et parlé comme ces livres.

Les papiers publics m'ont appris que madame la comtesse de Blacas vous avait fait présent d'un joli petit Romain^ qui a été baptisé avec toute la magnificence pontificale, n ne manquait que moi à cette f éte^ à laquelle j'ai pris une part infinie. Puisque la maman de cet aim^Ie Romain a bien voulu me nommer une fois, il me semble que suis en droit de lui présenter mes hommages. Chargez-vous de Poffrande^ Monsieur le comte; elle sera bien reçue.

Mon très-cher comte, descendez, je vous prie, un instant de votre piédestal, afin que j'aie le plaisir de vous embrasser à mon aise avec une tendresse de 1807, et croyez bien qu'il m'est impossible de me surpasser à votre égard en attachement, en estime, et surtout dans le désir en permanence de tout ce qui peut vous apporter gloire et bonheur.

C'est avec tous ces sentiments réunis que je suis pour la vie, etc.

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