A %m E* le cardinal SeTeroli^ à Boana
Saint-Pétenboorg, 1 1 (38) février 1817.
Monseigneur^
J'espère que Votre Ëminence a reçu ma lettre du 8 (20) ksembre dernier, et j'apprendrai avec plaisir que la pré* dente^ du 10 (22) août^ écrite en langue italienne et re-
ise ici à M. le général de Saint , est aussi parvenue à
•n adresse.
Excepté Votre Ëminence^ je ne saurais à qui adresser
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des notions qtiî mè paraissent de la plus haute importance. Notre admirable archevêque vient de présenter à Sa il|Jî|) jesté Impériale, en qualité de coadjuteurs des évê([ues Polotsk et de Lusk, MM. Lipsky et Ladunsky, que je*iP connais pas personnellement ; mais, sur ce qui n^'**[*I f» sure par une autorité de poids, j*ose dure à VotreEll|fc nence qu*il est peu d'occasions où 5a Sainteté soit '^ dans le cas de se tenir sur ses gardes. L*ukase parte l*| mellement que la nomination est faîte sur 19^ préseni dé M. Siestrentzewich. Je n'aime point à appuyer sure* tains détails dans les choses qui ne pae regardent pas* rectement ; mais Texcellent évêqqe de Lusk ne manqn* pas, j'espère^ de faire parvenir les instructions nfc* saires.
Le marquis B. me conamuniqua dans le temps les |fr ces que Votre Éminence lui avait remises, et que je 1» avec beaucoup d'intérêt. Le ministère des cuUeSy conM* K» on dit ici, niant formellement que Tarchevêque de Mol'' F leflfaitreçudu saint-siége aucun bref désapprobateur, ^^ me suis gardé d'en parler publiquement ou de le ftûre ^ culer. Cependant, il est connu dans le monde.
On m'assure que Pempereur a très-mal pris ce bref,* qu'il le regarde comme une atteinte à ses droits. Toujou» i il voudra transporter sa suprématie dans notre système, rien n'est plus naturel, Au reste. Monseigneur, comme te actes de la cour de Rome étaient et sont encore soumis, dans les pays catholiques, au vidimus.i^Veweqwtur, etc., en un mot à certaines formes préliminaires propres à calmer des autorités ombrageuses, je n'entre point dans la question de savoir ce qui peut ou doit être établi ici; c'est votre affaire à Rome. Je me borne à faire connaître à Votre Éminence ce qui se passe ici. Il est tacitement défendu de parler du bref, et l'archevêque n'en tient aucun compte, puisqu'il a paru depuis à la Société biblique.
A s. E. LE CARDINAL SEYEROLI. 48?
Que Sa Sainteté daigne s'informer de la qualité de ceiv tains personnages qui, tant ici qu'à Varsovie, doiven beaucoup influer sur les affaires religieuses de Pologne fet de Russie; elle verra ce que nous avons à craindre.
Un chambellan de Sa Majesté Impériale, nommé If. Stourdz^, est sur le point de publier un ouvrage des {dus violents, à ce qu'on assure, en faveur de l'Église grecque, contre la nôtre (question nouvelle, comme voit Voile Ëminence). Le but de l'ouvrage est de prouver que c'est pous (|ui sommes schismatiques, l'Église romaine ^'étant séparée sans raison de l'Église grecque. C'est la thèse favorite des savants de Pétersbourg, qui savent lire couramment en français et un peu en russe.
M. Stourdza est un jeune homme de beaucoup d'esprit et d'instruction. Il appartient à une famille moldave qui s'est donnée à la Russie. Je ne sais s'il est né à Bucharest on à Constantinople, c'est l'un des deux. Son ouvrage est écrit en français, et l'empereur lui donne vingt mille roubles pour l'impression, ce qui a paru très-significatif. Mais quel œil peut pénétrer dans le cœur de l'empereur et démêler ce qui s'y passe, distinguer ce qu'il accorde à la politique de ce qu'il fait pour la religion, prévoir enfin ce qu'il veut faire d'après ce qu'il fait? Il a dans ce moment un ministre à Rome, et sûrement les communications directes sont en plein mouvement. Cependant, je crois savoir sûrement que l'empereur est sur le point d'expédier un homme à Rome extra ordinem, pour y traiter les affaires catholiques; c'est le jeune comte Léon Potosky, chambellan de Sa Majesté Impériale, flls du comte Séverin Potosky, sénateur que je connais particulièrement. Ce jeune homme, qui porte un des noms les plus distingués de Pologne, est plein de bonnes intentions; mais il manque d'instruction sur le fond des plus grandes questions. Il me paraît heureusement impossible qu'il n'en reçoive
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pas ^ qœlqne cAté. Si rempereor a cm àewir choisir pour 8oa organe aajM'ès da saint-siége un cathotique etan Ijtsc bonuiie distingué sons tons les rapports^ c'est un gnmd m trait de délicatesse; mais tons les catholiques cnùgn^ 1 i beaucoup. ^ol
Le devoir de tout homme prudent dans ces cîrcoDs- i^i tances (j^entends dans notre cercle] est de ne hasarder aucune démarche, ni aucun mot qui puisse même faire soupçonner qu'on veut se mêler de ces grandes afFaires : ce serait le comble de l'imprudence^ et il pourrait en résulter les plus grands inconvénients. C'est Favis que je donne aux autres^ et que je prends pour moi, sachant que toutes mes dépêches non chiffrées sont présentées à Sa Majesté Impéride. J'écris quelquefois de ces choses^ gux adpacm êunt Jérusalem, en évitant soigneusement tout ce qui pourrait choquer.
Combien j'aurais encore de choses à dire à Votre Ëminence 1 mais le temps me presse^ et d'ailleurs il arrive souvent au zèle d'être indiscret. Je me borne donc à la simple narration des faits^ qui est toujours utile ^ et ne saurait avoir d'inconvénients.
Votre Éminence apprendra peut-être avec quelque intérêt une circonstance bizarre. Pendant que M. Stourdza s'apprête à publier un ouvrage contre le pape, j'en achève un moi-même sur le même sujet, oùj'ai réuni tout ce que je sais et tout ce que je puis. Le titre n'est pas long ; Du Papey avec cette épigraphe grecque tirée d'Homère : EÏ2 KOI- PAN02 £2X12. Ce serait un singulier spectacle. Monseigneur, que celui qui montrerait deux athlètes laïques, l'un ministre et l'autre chambellan, Tun Moldave etPautre Allobroge, luttant à la face de l'Europe, en français, sur cette grande question. Je ne puis dire si j'imprimerai; je suis mal placé, trop loin des grands foyers de lumières^ nullement soutenu, etc., etc. Au mois de mai, je pars
À 8. B. LE Cardinal sbybroli. 487
K>ur me rapprocher de Votre Éminence. Avant le solstice, B serai à Turin. Là^ je verrai ce que me conseilleront ou DL^ordonneront les circonstances.
Je me recommande de nouveau à la bienveillance de ^otre Éminence^ en la priant d^agréer la vénération et e respect sans bornes, etc.
1 35. — A M* le eomte de Talatie*
Saint-Pétersboarg, I5 mars I8I7.
Monsieur le comte,
Je n'ai point été surpris de toutes les chicanes que nous font nos bons voisins les Genevois : de tout temps ils nous ont impatientés. D^anciens droits et d'anciennes querelles ont perpétué une certaine antipathie qui n'a pas de remède, et qui est d'autant plus bizarre que nous ne pouvons nous passer les uns des autres; car Genève est un coffre-fort ouvert à la Savoie, qui est à son tour un grenier ouvert à Genève. De là vient que les lois prohibitives n'ont jamais réussi entre Genève et nous. L'intérêt réciproque s'en jouera toujours.
n n'y a pas, je crois, de ville au monde dont on ait dit autant de mal que de Genève : tous les partis se sont réunis pour en penser et en parler désavantageusement. Le célèbre duc de Choiseul disait très-plaisamment : Si vous voyez un Genevois se jeter par lafenétrcy jetez-^ous har» diment après lui, et soyez sûr qu'il y a quinze pour cent à gagner»
Dans la Décade philosophique (1798, n<» 22), on appelle Genève un foyer de discordes civiles, une arène dans la*
quelle ses propres habitants se dévorent les uns ks
Un révolutionnaire de 1795 lui reprochait VinSi avidité de ses infatigables citoyens. (Courrier fran^ 9 novembre 1795.)
Un magistrat firançais^ aujourd'hui ministre^ M. le Ferrand, rappelle, avec une épouvantable énergie, pustule politique (dans le livre du Rétablissement de monarchie).
Mais rien n'égale la perspicacité d'un pape du seirii siècle, qui écrivait ^u% rqis de France et d'Espagne : nez garde à vous! Genève est un foyer étemel de rm tion; si vous voulez être tranquilles^ éteignez son g nement. Une jalousie entre les deux monarques rendillli conseil inutile. Cette anecdote, dont Vàd^ mémoire ne peut me rappeler dans ce moment tous les détails, est contée dans VHistoire du concile de Trente par le digne Sarp.
Assurément, Monsieur le comte, ce pape y voyait lûin» Toute I4 théorie de la révolution française est conteimi dans la protestation des conseils de 1782. Les instruments les plus actifs de cette révolution, depuis Necker jusqu'à Marat, naquirent dans les murs de Genève. En 1796, an milieu des horreurs de cette révolution, et à côté des ca* davres encore chauds de Fatio et de Naville , les auteon genevois de la Bibliothèque britannique vantaient, dansb prospectus de cet ouvrage, \sl période républicaine , etto«H ce qu^elle promettait au monde, etc., etc.
Genève est la métropole du système qui soutient la soo* veraineté du peuple et son droit de juger les rois : ceci n'a plus besoin de preuve; on pourrait donc s'étonnera juste titre que cette ville ait trouvé tant de faveur de noi jours. Mais d'abord, soit qu'on juge des nations ou des particuliers, il faut être de sang froid; les torts et les ridicules des Genevois n'empêchent pas qu'on ne doive leur reconnaître beaucoup de talent, de connaissances et d'hu-
A M. L1B COMTB DE YÀLATSE. 459
nité. J'ai (|âQS lexiç ville des aws que j'estime autant ^ d'autres.
tyailknirs^ Monsieur le cckmte, il y a maintenant un ind secret européen à mettre dans tout son jour : c'est M avec lequel les novateurs ont su se servir de la sou- Cstineté contre la souveraineté^ présenter les choses sous jp^tdevue le plus décevant, mettre la gloire et Thontip du c6té des idées nouvelles, et le ridicule du côté te vieilles jnaximes. J'ai trop étudié la révolution^ ses Nfitres^ 3es livres^ etc. ^ pour (^\\e ses secrets ne me soieut È9 ÇQppus; mais une lettre n'est pas une dissertatioUt ^père avoir une fois l'honneur d'exposer de vive voix le l|^|ftt)le étt^t des choses.
Quoicjue l'Almanach de Genève me coûte un peu cher^ tfeiï remercie pas moins Votre Excellence; il m'a fort ^9ipé; on y voit l'esprit public de Genève^ qui possède ^eimnent le plus éminent des ridicules^ U morgue et L peQtesse réunies.
J'ai eu counaissance d\ine lettre de Suisse^ dans laquelle n se plaignait beaucoup de la manière dont nous avons éié Carougo; mais il me semble qu'un roi ne peut céder Q riant des sujets qui pleurent. Il n'y a rien de si juste ûis doute qu'une cession demandée par des traités qui Dt d'ailleurs si fort favorisé Sa Majesté, Cependant ^i la îstesse des sujets cédés honore également le souverain et » sujets : il est assez naturel que le maître donne quelques ignés extérieurs de la sienne. Puisque le compiand^t de arouge avait fait un pas de trop^ il a fort bien fait, si je Q me trompe^ de se tirer d'affaire en disparaissant. Une auçherie vaut mieux qu'une faute.
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