A mademoUelle Constance de llals<re
TariD, 0 septembre I8I7*
A la bonne heure ! quand ta lettre est dans la pocb6 d'un ami , on peut bien passer à la tendresse d'une fille quelques bouffées de ressentiment contre les petits-maitrès : mais, par la voie ordinaire, je te renouvelle toutes mes défenses, et plus sévèrement encore que jamais. J'ai donc reçu hier la lettre que tu as remise au bon marquis, et je te réponds, quoique je n'ai pas le temps de te répondre. C'est pire qu'à Paris; la tête me tourne. Hier matin, neuf lettres, bien comptées, tombèrent sur ma tahle, et toutes lettres à prétention qu'il n'est pas permis de négliger. Les visites, les devoirs de tout genre vont leur train. Je me tuerais, si je ne craignais de te fâcher.
Il n'y a rien de si beau, ma chère Constance, il n'y a rien de si tendre ni de mieux exprimé que tout ce que tu me dis; mais, hélas 1 tout cela est inutile : le dégotrt, la défiance, le découragement sont rentrés dans mon cœur.
A VADEHOISELtV COITSTANCB DB HAI8TRB. 475
IXMTobc intérieure me dit une foule de choses que je ne fMK pas écrire. Cependant je ne dis pas que je me refuse è lin de ce qui se présentera naturellement; mais je suis MM passion^ sans désir^ sans inspiration^ sans espérance. Js M vois d'ailleurs ; depuis que je suis ici, aucune éclairde dans le lointain^ ancun signe de faveur quelconque ; flOÉB, rien de ce qui peut encourager un grand cœur à se jttÊt dans le torrent des affaires. Je n'ai pas encore fait me leule demande; et si j'en fais, elles seront d'un genre qid ne généra personne. En réfléchissant sur mon inconoe? able étoile y je crois toujours qu'il m^arrivera tout ce que je n'attends pas.
Ta ne me dis pas moins d'excellentes choses^ toutes étrangères à cette étoile et à mon caractère. Le capital et réUilissement dont tu me parles sont des rêves de ton >; je les vénère^ à cause du pays dont ils partent; loins^ ils sont ce qu'ils sont.
Je te répète ce que je t'ai dit si souvent sur ce grand cbaiiitre : Je n'ai ni ne puis avoir aucune idée qui ne se lip|M>rte exclusivement à vous^ mes pauvres enfants ! - Qne m'importe à moi, qui ne suis plus qu'un minth IMi (comme dit Homère)? et quand je verrais un siècle dffÉDt moi^ que m'importerait encore ? Je n'aime pas moi, Je ne crois pas moi, je me moque de moi. Il n'y a de vie. de Jouissance^ d^espérance que dans toi. Il y a longtemps qne j'ai écrit dans mon livre de maximes : L'unique antiéUê contre VégoïsmCj c'est le tuisme. — C'est toi surtout^ on ehère Constance^ qui me verses cet antidote à rasades; fm boirai donc de ta main et de celles d'un petit nombre d'antres tois, jusqu'à ce que je m^endorme sans avoir jannaii pleinement vécu. Avec de certaines dispositions , un earlain élan trompeur vers la renommée^ et tout ce qui l'obtenir légitimement^ un bras de fer invisible a touété sur moi comme un efiroyable cauchemar qui
476 lettAe lltf
m'empêche de courir et même de respirer. Regarde la masse qui est sur ma poitrine^ et tu cesseras d'espénr. Je ne te cache pas cependant que nombre de persoiMi pensent bien autrement : nous verrons. £n attendant, je m^en tiens à mon éternelle maxime de supposer toujoon le mal, et de me laisser toujours étonner par le bien.
Adieu , petite follette ; jamais je ne t'aurai asses dit combien je t'aime !