‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 150 sur 166 · A M. LE VICOMTE DE BONÀLD · texte numérisé non relu

A M. LE VICOMTE DE BONÀLD

qae je veux vou8 conter. Je m^entretenais un jour (il y a bien longtemps que ce jour est passé) avec un terrible ré^^ pétiteur piémontais^ sans goût^ ni grâce , ni linge blanc; mais^ du reste^ profondément instruit. Buffon m'ayant passé dans la tète je ne sais comment, je dis à mon savantasse : Abbaie mt'o, cosa pensate del nostro gran Buffon? Aloni> avec un ricanement à faire peur^ il me répondit, en haussant les épaules et jouant sur le mot : Gran Bvffonel Je vous ai trouvé excessivement Français dans quelques-unes de vos pensées. On vous en blâmera; mais pour moi, je vous pardonne. Je le suis bien y moi qui ne le suis pas. Pourquoi n'auriez-vous pas le même droit? Buffon, dont nous parlions tout à Pheure, et qui était au moins un très-grand écrivain, a dit, dans son discours à TAcadémie, que le style est ttmt l'homme. On pourrait dire aussi fpx'une nation n'est qu'une langue. Voilà pourquoi la nature a naturalisé ma famille chez vous, en faisant entrer la langue française jusque dans la moelle de nos os. Sa* vez-vous bien. Monsieur le vicomte, qu'en fait de préjugé sur ce point, je ne le céderais pas à vous-même. — Riez, si vous voulez; mais il ne me vient pas seulement en tête qu^on puisse être éloquent dans une autre langue autant qu'en français. Si vous me chicanez à cet égard, je vous ferai à mon tour mauvais parti sur vos pensées françaises. Je ne vous ai rien dit encore sur votre second volume; mais c'est un ouvrage d'un autre ordre et déjà jugé. Qui n'a pas admiré les opinions que vous avez émises dans la Chambre? Je m'attends à vous admirer encore incessambient sur le même théâtre; hâtez- vous , je vous prie, et surtout défendez bien le Concordat.

n y a un temps infini, Monsieur le vicomte, que je voulais vous demander des nouvelles de ce fameux ouvrage pos* thume de Leibnitz, qu'une dame protestante, tournant au catholicisme, m'avait fait connaît'^; "'^^% en 1796. Vous me

fites l^onneur de m'écrire à Saînt-Pétersbourg, fl y abîen deux ans je crois^ que Vouvrage ^imprimait j et dès lors fl ne m'a plus été possible d'en savoir davantage. An nom de Dieu y Monsieur le vicomte^ lorsque les Chambres; ks cabinets^ et tous les autres ennemis de votre loisir, vonsao corderont trente ou quarante minutes disponibles, pto* fitez-en pour m'apprendre ce qu^ en est de ce livre, et que Dieu vous le rende !

Je ne connais point encore les intentions da roi à mon égard. — Je suis fort bien traité à la cour, mais sans prévoir encore ce que tout cela signifie; il est vrai que je n'y tâche pas. Je n'ai pas fait une demande ni une visite tiitentionnelle. Ma philosophie fait rire le roi, qui me diit son secret quand il voudra. En attendant, le pubUc, dans sa bonté, me donne tous les jours un emploi auquel il ne manque que des lettres patentes. Voilà six lignes à prétention bien comptées, car j'ai celle de croire que je ne vous suis pas totalement indifférent.

Agréez, etc., etc.

Page 1