‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 157 sur 166 · A 11. le chevalier d'Olry · texte numérisé non relu

A 11. le chevalier d'Olry

Tario, 3 mars isitt.

Mon très-cher chevalier,

Au diable les papiers publics qui donnent des nouvelles cornues ! Jamais il n'a été question de moi pour le poste de ministre des affaires étrangères. Je suis ministre (tttat et régent de la grande chancellerie^ voilà mes titres, mon cher chevalier, eny ajoutant celui de chevalier grand-

A M. LE CHEYALIER d'oLRT. 507

0oix de l'ordre de Saint-Maurice et de Saint-Lazare, i^di. #gmenté de quelque chose les tHres de mon père , c'est liffiiire de mon fils d'ajouter à ceux que je lui laisse. C'est pour lui que j'd accepté l'immensité du fardeau qui pèse Mr ma tête ; car s'il ne s'agissait que de moi, je l'atvue^ au lieu de rentrer dans les affaires^ je m*en retirends. J'achèverais ma vie au milieu de ces occupations dlnt quelques résultats ont vu le grand jour, et que d'aulnes peut-être auraient suivies. Mais je suis père, il faut deneurer en place, et laisser au moins à mes enfants ces Mens que les brigands ne peuvent confisquer : c'est tout 6t qui reste à la caste malheureuse.

L'état présent de l'Europe fait horreur, et celui de la Finance en particulier est inconcevable. La peinture que fOos me faites d'un seul département convient en plus ou m, moins à tous les autres. La révolution est debout sans doute , et non-seulement elle est debout, mais elle mardie, elle court, elle rue. — Rangez-vous, Messieurs et Mesdames. La seule différence que j'aperçois entre cette époque et celle du grand Robespierre, c'est qu'alors les têlcs tombaient et qu'aujourd'hui elles tournent. D'ailleurs, il De faut désespérer de rien et s'attendre à tout avec ém esprits tels que nous les connaissons. J'ai peine à CToire que l'état actuel ne finisse pas de quelque manière extraordinaire et peut-être sanglante. Quant au seigneur de Sainte-Hélène, il peut être désiré tant qu'il vous plaira; nuds qu'il vienne , c'est une autre affaire : je le croirai ijuind je le verrai. Cependant, il ne faut pas perdre courM§e ; il y a moyen encore de faire beaucoup de mal sans M. L'alliance de la vertu française et de la vertu ailenMnde est une des jolies phases de cette époque : par votre position, vous semblez placé tout exprès pour l'obsery0. Le caractère de la folie germanique est tout différent éi celui de sa sœur. On le sent mieux qu'on ne l'ex-

508 LETTRE 18lf

prime. Ce que je puis vous assiiftr^ c'est qu'aucun de y/m illuminés ne peut proférer une syllabe/ ou même la co»let* dans quelque écrit étranger^ sans que je ne lui dise so^ le-champ : a Beau masque^ je vous connais ! »

Il est infiniment probable que les Français nous donii^ ront encore une tragédie; mais que ce spectacle ait4Ni n'ait pas lieu, voici ce qui est certain^ mon cher chef»» lier. L'esprit religieux , qui n'est pas du tout éteint en France, fera un effort proportionné à la compressâoR qu'il éprouve^ suivant la nature de tous les fluides élcut^ ques. Il soulèvera des montagnes^ il fera des miracles. Ls souverain pontife et le sacerdoce français s'embrasier ront^ et^ dans cet embrassement sacré^ ils étoufferont lei maximes gallicanes. Alors le clergé français rommon cera une nouvelle ère, et reconstruira la France, — et k France prêchera la religion à l'Europe , — et jamais on n'aura rien vu d'égal à cette propagande; — et si Pémancipation des catholiques est prononcée en Angleterre, ce qui est possible et même probable , et que la religkm catholique parle en Europe français et anglais, souveneivous bien de ce que je vous dis, mon très-cher auditeur, 9 n'y a rien que vous ne puissiez attendre. — Et si Ton vont disait que, dans le courant du siècle, on dira la messe à Saint-Pierre de Genève et à Sainte-Sophie de Constant!nople, il faudrait dire : Pourquoi pas ?

Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas.

Vous croyez peut-être que je vais continuer, et vous griffonner encore quelques pages : hélas î il n'en est rien. C'est à grand'peine que je trouve le temps de vous tracer ces lignes en petit nombre. Tout est dit : il n'y a plus de liberté ni de loisir pour moi: j'appartiens entièrement à Son Excellence monsieur le Public. Plus de visites, phie

▲ M. LE O^YÀLIER d'oLRT. 509

êè <X)rrespondances; mais surtout (ai! ai! ai!) plus de liymm et plus d'études philosophiques. Yoyez^ mon cher chBVtlier^ si mon bonheur est malheureux! Écrivez-moi loqours^ quand même je ne vous restituerais que des biltels; il m'est extrêmement doux de savoir que vous pea« Mi à moi.

Page 1