A M. le Yleon&te de Honald» à Pari
TuriD, 22 mars I8I9.
Je ne sais. Monsieur Ife vicomte, si votre dernière lettre mf% causé plus ou moins de chagrin que de plaisir. Certainement, une lettre de vous est toujours un événement agréable pour moi, et le présent qu'elle accompagnait me la rendait encore plus précieuse : mais, bon Dieu ! quel accès d'impatience j'ai éprouvé^ en voyant qae ma dernière lettre du 10 juillet dernier ne vous était pas parvenue ! Un négociant de Lyon, qui était ici pour affaires, ^en était chargé, et en avait fait son affaire, — Di vestrmnfidem ! Je suis furieux, et d'autant plus qu'il ne m'est plus possible de remplacer cette lettre. Je vous faisais le npport de votre livre , je vous en rendais un compte détdlé : aujourd'hui, me voilà obligé de vous dh'e bêtement que j'en ai été enchanté. — Quel homme de bon sens ne TOUS en dirait pas autant? J'ai écrit à Lyon avec de Ten- CM fulminante, pour me plaindre de ce péché mortel contre la confiance et la bonne foi. Autant en emporte le fwt! Je n'ai pu encore obtenir une réponse. Aujourd'hui, qae je n'écris plus que des billets , comment vous expri- OMir fidèlement tout ce que la lecture de votre livre m'a fit éprouver de plaisir et d'instruction? Soyez bien sûr^
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Monsieur le vicomte^ que vous avez écrit l'un des mei^ leurs livres de philosophie rationnelle qui existe dans ire langue. Courage^ Monsieur le vicomte! ne vous laii atteindre par aucune espèce de dégoût, et continuez toajours à défendre les grands et inébranlables principes* B faut toujours jeter le bon grain même sur les terres las plus desséchées, sur la foi de Jupiter pluvieux.
Votre réfutation de madame de Staël (ou de son livre) est excellente, et surtout d'un ton exquis. Vous ne voufca pas même attrister les cendres d'une dame, et vous les touchez comme une relique. Je ne sais si j'aurais été aussi sage, car peu de livres m'impatientent autant que ceux de madame de Staël ; et, parmi ses livres, peu m'infcpatientent autant que le dernier. Quel dommage que cette femme n^ait pas été sujette spirituelle de la souveraineté légitime I Je le disais un jour à Fun de vos plus grandi personnages : Ah! si madame de Staël avait été cathek* quCf elle eût été adorable, au lieu d^étre fameuse,
U serait inutile. Monsieur, de vous dire combien Je prends d'intérêt à vos affaires publiques. Je suis sans cou» tredit rétranger le plus français et le plus attaché à la légitimité française. Je crois Savoir bien prouvé! L'angb gardien de la France ne sommeille point; mais conmfiau le phénix renaîtra-t-il, s'il ne commence par mourir?
Vous voulez bien sans doute que je vous dise un pelil mot de moi. Ma place (de régent de la grande chancelle* rie) revient à peu près à vice-chancelier, et me met à b tête de la magistrature , au-dessus des premiers présdents. Quant au titre de ministre d'État, joint à la dignité de régent, il ne suppose pas des fonctions particulières^ ni la direction d'un département. Il m'élève seulement as» sez considérablement dans la hiérarchie générale, et donne de plus à ma femme une fort belle attitude à la cour hors de la ligne générale. Voilà, Monsieur le vicomte, le résnl*
▲*K. LE YICOMTB DE BONALD. 5il
tât de mon exaltation; une demi-heure avant la décision de Sa Majesté^ je ne m'en doutais pas plus que d'être fait mufti : mais telle est ma destinée! J'obtiens toujours ce que je n'attends pas, et jamais je n'obtiens ce que j^attends. Ayant parfaitement découvert et jugé cette sorte A^étoile f je me suis mis depuis longtemps à ne rien demander, et à ne plus me mêler de moi-même. Souvent mon apathie sur ce point a fait rire mes amis. Vous sentez bien, au reste, qu^à mon âge on ne change pas de système.
Je ne voua perds pas de vue un instant. Monsieur le vicomte, et je vous prie de vouloir bien lire dans ma lettre tout ce qu^elle ne contient pas; car mes grandes occupations ne me permettent pas de jaser; et à chaque ligne je rencontre la formule latine : Sed de his coram.
Accordez-moi le réciproque , comme on dit en langage diplomatique. Il importe beaucoup à mon cœur de savoir que je ne puis être chassé de votre souvenir.
Adieu mille fois. Monsieur le vicomte. Je vous écris à bâtons rompus, au bon fin milieu de ma chancellerie. On me casse, on me bpise la tête; je ne sais plus ce que je dis. Je me sens cependant en possession pleine et entière de ce vieil organe, lorsque je vous renouvelle l'assurance des sentiments d'attachement et de respect avec lesquels je suis, pour la vie, Monsiem* le vicomte, etc.
J^. S. Qui sait pourquoi vous avez constamment refusé de me répondre sur le livre posthume de Leibnitzt
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