A M* 4e Karaoïiloff ^ offteier de Im ■ariit
Tarin, 90 Jofllet 1819.
Monsieur^
Je ne sais par quelle étrange fatalité votre lettre da janvier (10 février) ne m'est parvenue que vers le miliea ce mois. Où donc a-t-elle séjourné? Je n'en sais rien; enfin je la tiens ^ et je ne puis vous exprimer, MoDsieS) toute la joie qu'elle m'a causée.
Nous sommes^ hélas ! suivant les apparences, destinésM^ ne jamais nous revoir; mais il n'y a point de distance pmn les esprits; et, depuis notre charmante navigation, îkBf) cessent de se faire visite. Croyez bien. Monsieur, que ceWi^ navigation sera pour moi, et pour toujours, une des pte!|i douces époques de ma vie. Je ne cesserai de me rappekf|ii votre politesse de cœur, vos soins recherchés, et votre coos* tante obligeance envers nous. J'assiste encore à votre et» nement lorsque je vous communiquais mes longues obs* vations sur un certain grand peuple, et que vous me disiet Ahl que vous le connaissez bien! Si nous avions pu cooi \ nuer notre liaison et la transporter à terre, nous auriw? encore dit beaucoup de bonnes choses ; mais la Prpviden»! i ne nous réunit pendant quelques jours que pour nous s« i parer à jamais. Ce que je puis vous assurer, Monsietf: c'est que vous ne sortirez jamais de ma mémoire et mon cœur. Souvent, et très-souvent, vous avez été le de nos conversations de famille. Nous aimons à raconter nos amis notre joli ménage maritime, et nous ne de leur vanter la courtoisie des marins russes. J'ai été souvent tenté de vous écrire, car il m'en coûtait réel ment de ne pas savoir ce que vous faisiez; mais co
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oii écrire à un officier de marine? 11 est peut-être à la maïque et peut-être au Japon. Votre lettre m'a réjoui et 'à consolé, car j'étais en peine de vous. Mais maintemt que vous avez ouvert cette correspondance, je vous ie très-instamment de la continuer de loin en loin, sans us fatiguer, et de ne point laisser passer des années sans apprendre où vous êtes et ce que vous faites. Je n*ai pas j peu intéressé par tout ce que vous m'apprenez de vos Djets. Il faut que vous sachiez. Monsieur, que je n'ai jalîs pu souffrir d'entendre parler contre les croisades. Ce it des propos de vilains ; nos pères avaient raison. Si ces mdes entreprises se renouvelaient, votre épée, mon cher gonaute, en vaudrait bien une autre ; mais il est vrai ssi que le temps n'est pas encore arrivé, et que pendant e le monde sera plein, comme il Test dans ce moment,
misérables sans foi et sans loi, le petit nombre d'hommes î pensent comme vous et moi n'y peut rien absolument, ïisi, croyez-moi, modérez-vous sur les idées extraordîîres dont l'exécution ne dépend pas de nous. Je ne sauis trop vous remercier de vos bonnes prières : je prierai ^ mon côté notre Dieu très-grand et très-bon, pour qu'il Ligne vous éclairer dans les voies ténébreuses de la pauvre imanité aveugle et fourvoyée, afin que nous arrivions tous àsemble au port, et que nous puissions nous embrasser ins l'ynité. De toutes vos prières pour le temporel, auxne ne m'est plus agréable que celle que vous faites pour DUS revoir. Venez, Monsieur, venez ! vous serez reçu à ?as ouverts. Quand je pense aux chances de votre état, je lis tenté de rétracter les sinistres présages que j'exprilais tout à l'heure : pourquoi ne verriez-vous pas la Médiîrranée et l'Italie, comme tant d'autres marins russes? ans ce cas, j'espérerais beaucoup qu'avec le mépris des istances qui appartient à votre nation, vous viendriez >us voir, ce qui serait une fête pour toute ma maison.
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Ma femnie^ ma fille cadette et mon fils sont en Savoie dans ce moment. Je suis seul^ mais pour peu de temps^ avec ma fille aînée, qui me charge de mille compliments pour vous.
Demain j'enverrai votre lettre à ma fenune^ qui sera eochantée, ainsi que C!onstance, de recevoir de vos nouvdles; car elles partagent bien sincèrement noies sentiments pour vous.
Adieu mille fois, cher et très-cher Karaouloff ! Soyet bien sûr que jamais vous ne serez oublié chez moi, et recevez l'assurance la plus sincère de Tinvariable attadiement et de la haute considération avec laquelle j'ai rboih neur d'être, etc..
P. S. Ne dites point de mal de votre français, je tous en prioi^ous en sommes très^contents, nous l'enteodoos à merveille ; et, pour mon compte, je voudrais fort écriRJ le russe aussi bien. — A propos, voilà Biribi (1) qui eotie I dans ma chambre en criant, et se plaint de ce que jeu vous ai pas fait ses compliments. H a Phonneur de vo» lécher les mains.