‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 28 sur 166 · A monseifpieiir réTéqne de 'Xanej, à Tienne · texte numérisé non relu

A monseifpieiir réTéqne de 'Xanej, à Tienne

Saint-Pétersbourg, 9 (21) mars 1805.

Monseigneur,

Vos lettres, qui sont toujours les bien arrivées, le sont surtout lorsque vous les confiez à des personnages intéressants qui ont bien mérité de la vraie pairie. Celle dont vous avez chargé M. l'abbé Milliot a demeuré un siècle en route ; mais la seconde a fait son chemin sans retard. Je n'ai pas besoin de vous dire. Monseigneur, si je me suis plu à faire jaser ces messieurs... J'ignorais que M. le chevalier de Vemègues eût frisé la mort de si près. M. Tabbé Milliot m'a appris sur celle de l'infortuné duc d'Enghien des particularités qui ne m'étaient pas moins inconnues. L'état des esprits en France est le sujet favori de toutes mes méditations, et par conséquent de toutes mes conversations. Mais, je ne sais comment, je me défie absolument de tout le monde sans nulle distinction. Je voudrais voir : mais que verrais-je? Est-ce que ceux dont je me défie n'ont pas vu aussi? Et qui me dit que je saurais voir mieux qu'ils n'ont vu? Voilà ce que je me dis à moi-même; et lorsque je me suis fait cette petite mercuriale, une voix intérieiu'e dont je ne suis pas le maître recommence à me dire : a II faudrait voir. » Je suis entièrement dérouté; raais rien ne m'a fait une impression aussi profonde et aussi douloureuse que la démarche du pape... Plus j'examine ( e qui se passe, plus je me persuade que nous assistons à une des grandes époques du genre humain. Ce que nous avons vu, et qui nous paraît si grand, n'est cependant qu'un * préparatif nécessaire. Ne faut-il pas fondre le métal avant i de jeter la statue? Ces grandes opérations sont d'une Ion-

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goeur énorme. On peot voir soixante générations de roses; quel hcHnme peut assister au déveloi^ieflienl total d^un diéne? Viobre se prépare lentement :

Creadt occolto velat arbor sto.

Peut-être serait-il possible de présager quelque chose; mais ce serait le sujet d'une conversation^ même d'une conversation d'hiver, pour n'avoir pas envie d'aller se promener. On trouve ici très-peu l'occasion de faire de ces conversations que j'appelle substantielles j après lesquelles je me retire joyeux^ uti eonviva satur. La mode, l'historiette, Pactrice, l'ariette, mais par-dessus tout (si Ton peut citer Voltaire à un évoque), O roi David! Voilà tout, Monseigneur; on ne sort pas de là. Cependant le cabinet parle bien d'autre chose, et voit de loin. Tranquillisez-vous, Monseigneur, sur sa longanimité, et croyez bien qu'on ne le prend pas pour dupe. Certainement l'usurpateur s'est bien trompé sur l'excellent Alexandre P', et vous pourriez même voir à Paris quelques preuves qu'il commence à s'apercevoir de cette erreur. Cependant je me tiens prêt à tout, et ne me crois sûr de rien. On m'enseigne si bien le doute depuis quinze ans, que je ne m'avise pas trop de donner tête baissée dans les espérances même en apparence les mieux fondées : jusqu'à "pvé^nïlàbêteaprévalv. Toute la terre la suit et Vadore. Elle a bien une dizaines de têtes, et autant de diadèmes, en tout comptant. Je ne sais quand elle sera jetée dans l'abîme. Pour moi. Monseigneur, je ne puis renoncer à l'espérance de lui voir faire le saut; et je me réjouis, en calculant mon âge, de pouvoir, selon les apparences, mourir avant que cette opinion soit devenue complètement ridicule.

Je ne connaissais pas les vers que vous me citez. Monseigneur ; ils s'appliquent parfaitement à votre malheureux

A MONSEIGNEUR l'ÉVÊQUE DE NANCY. 71

maître. Je lui souhaite tout le repos, et ensuite toute l'activité qu'il peut désirer. Je souhaite qu'il devienne Pobjet principal de toutes les spéculations politiques^ et le grand pivot de toutes les opérations. Mais que nous sommes encore loin de voir cette manière de penser adoptée dans les cabinets! Heureusement les affaires du roi se feront toutes seules, et il remontera sur son trône au lieu d'y être porté par des entrepreneurs qui voudraient se faire payer. — J'avais promis de ne plus faire de prophéties; en voilà cependant une qui figurerait fort bien dans un chapitre dl saïe. — Eh bien ! je ne dirai plus rien, et je vous connais assez clément pour me pardonner ce qui est écrit.

Lorsque vous m'assurez de votre amitié, Monseigneur, d'une manière si flatteuse pour moi, je ne vous dirai pas comme la petite Bretonne de madame de Sévigné : a Je ne puis vous réciproquer. » Je trouve, au contraire, un sensible plaisir à vous réciproquer^ et ce plaisir durera autant que celui qui l'éprouve.

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