‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 48 sur 166 · A MADEMOISELLE ADÈLE DE MAISTRE · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE ADÈLE DE MAISTRE

bons amis. J'aime bien qu'on fasse des tragédies sans amour^ conmie Athalie^ Esther, Mérope, la Mort de César: mais j'aime mieux l'amour que les passions haineuses^ et Âlfieri n^en peint pas d'autres; on ne saurait le lire sans grincer des dents; voilà ce qui me brouille un peu avec ce tragique. Les vers que tu me cites sont très-beaux; mais Philippe n aimait beaucoup sa femme et n'était pas moins bon père. Isabelle mourut dans son lit d'une fausse couche phisieurs mois après don Carlos^ qui était un monstre dans tous les sens du mot^ et qui mourut de même dans son lit et de ses excès. Quand nous lirons Thistobe ensemble, je te montrerai comment les protestants et les philosophes l'ont arrangée. Cherche cette lettre de l'abbé Arteaga.

Quoique je souffre autant que toi de notre cruelle séparation^ quelquefois je suis tenté de la trouver bonne^ à cause des vicissitudes étranges de ce globe. Tu sais si je voudrais vivre avec vous! Mais je voudrais m'asseoir^ei n'avoir plus de changement devant les yeux. Rien n'est stable, ma chère enfant; encore un peu de patience. 0 paix! ô douce paix ! — Mais je ne veux pas glisser dans la politique. Adieu donc, Adèle. Le chevaher-garde baise les mains de sa bonne mère et embrasse ses deux sœurs, et tous les deux ensemble nous serrons sur nos cœurs la veuve et les orphelines. V ingrato zio t'embrasse amoureusement; 1 n'est avare que de lettres, mais sur ce point il a besoin d'absolution , et il est inutile de le prêcher.

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