‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 51 sur 166 · j- Am eomte Bodolpke · texte numérisé non relu

j- Am eomte Bodolpke

Saint-Pétenboorg, is Kftû 1807.

Mon très-cher enfant^ je ne puis vous dire si votre dernière lettre de dimanche m'a fait plus de plaish* que de chagrin; je suis bien content, comme vous l'imafiinez'bs-

AU COKTB RODOLPHE. 129

^^de recevoir de vos nouvelles; mais quel regret pour nioi de voir que vous ne m'accusez la réception d'aucune de mes lettres ! voilà la quatrième au moins. Souvenezfous toujours que je ne laisse pas échapper une seule oceiâon à moi connue pour vous écrire : vous savez bien que je n'ai pas de plus grand plaisir. Je ne veux pas m'appesantir sur votre destinée future : il est inutile de communiquer des pensées molles, telles qu'elles naissent invokmtairement dans le cœur d^un père. Allez bravement fotre chemin^ mon cher Rodolphe. Vive la conscience et l'honneur ! Caetera dis permit tenda. Ou cela, ou sur cela y &ait cette mère de Sparte. Elle avait raison. Jamais vous ne trouverez dans mes lettres ni craintes ni lamentations : c'est un mauvais ton à l'égard d'un soldat. Tout cela sans préjudice de'ce qui se passe dans mon cœur^ et dont vous vous doutez sans doute un peu. Certains mouvements intérieurs me disent, comme à vous, que les choses tourneront à bien; mais je réprime ces espérances lusinghiere. Faurais Pambition de savoir qu'il y a dans votre équipage on ^//nanacA; ce n'est ni cher ni pesant. Datez vos lettres exactement pour le temps et le lieu ; rien n'est plus aisé, ce me semble. J'ai été extrêmement content de ce que vous me dites sur Particle de l'argent, et comme vous êtes raisonnable, je dois rêtre aussi; je ferai pour vous tout ce qui dépendra de moi; il faudra seulement, lorsque vous aurez Desoin d'argent, m'avertir d'avance, et vous régler sur le nécessaire. J'aime bien qu'en considérant vos collègues, vous puissiez dire : 0 quaniis non indigeo ! Cependant il [ faut vivre, rien n'est plus juste. Je n'ai pas besoin de vous jdire que je suis toujours à côté de vous, que je m'occupe ( sans cesse de votre conservation, de votre santé, de votre I avancement.

Ma vie est toujours telle que vous la connaissez, mais t beaucoup plus maussade, conune vous pensez bien, depuis I. 9

votre départ. Mon imaginatiop a passé le Niémen av< vous, et ne cesse de se promener dans ce pays dé^ Vous allez voir une foule de choses tristes. Puiçque yq y étes^ profitez-en. Apprenez surtout à connaître le p9] et à le dessiner dans votre tête comme un échiquier. J'ai < idée que cette science est presque tout le militaire. En^ rite; je voudrais vous savoir pour quelque temps attadié un corps de Cosaques, tant j'estime leur génie topograpi que, et leur talent pour arriver toujours où ils veulent^ savoir toujours où ils sont. Tout homme sait tirer un coi de fusil; mais de savoir où il faut se placer pour le tir^ plus avantageusement possible^ c'est une science quia*< rien moins que vulgaire.

Que vous dirai-je encore? Soyez toujours assez sei blable aux autres pour ne pas leur déplaire, et assez difl rent pour ne déplaire ni à moi ni à vous. Battez-vous bie mais ne faites de mal qu'à l'ennemi. Soyez honnête homi et bon enfant. Ne vous détachez point du petit livre lati Je vous aime et vous embrasse de tout mon cœur^ m cher enfant : Dieu vous conserve !

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