t An comte de Blacas^ à Mittan
Saiot-Pétenboorg, lejain 1807.
Je courais en très-bonne compagnie vers le Ladoga, mon très-cher comte, lorsque vous arriviez tristement à Mittau; sans cette course, vous auriez déjà reçu cette lettre. Grand Dieu! quel événement chez votre auguste m^ ire ! quel vide immense dans sa famille ! L'abbé Edgeworth devait une fois faire une entrée pubUque à Paris, revêtu de la pourpre romaine. Tous nos projets nous échappent comme des songes, tous les héros disparaissent. J'ai conservé tant que j'ai pu Pespoir que les fidèles seraient appelés à rebâtir Tédifice, mais il me semble que de nouveaux ouvriers s'avancent dans la profonde obscurité de l'avenir, et que S. M. la Providence dit : Ecce nova facto omnia. Pourmoi, je ne doute nullement de quelque événement extraordinaire; mais la date est indéchifirable. En attendant. Monsieur le comte, je ne me lasse pas d'admirer la divine bizarrerie des événements. Le confesseur de Louis XVI, Fhéroïque Edgeworth, mourant à Mittau d'une contagion gagnée en confessant, en consolant, en envoyant au ciel des soldats de Bonaparte, à côté de Louis XYIH : quel spectacle!
J'ai traduit à madame la princesse de Tarente l'épitaphe de l'excellent homme que vous regrettez. L'auguste auteur fait honneur à la langue latine en la faisant parler lui-même sur le marbre. II ne saurait mieux prouver que
A H. IX coin BE BLÂCàS. 133
le roi trèsr-ckréiien ettJiU aimé de t Eglise roauime. Puisse ce titre de roiirès^Miien^weviYTe plus IniDant que jamais, et ne finir qu'avec celte même Église, qui ne peut finir qu'avec le mcmde !
n y a bioi longtemps, Monâeur le comte, que je contemjrie avec une admiration mêlée de terreur et de regret la muche des évâiements en Europe. Tout se fait contre les Français, qui souffirent tout cequ'onpeut souffrir; mais tout se faitpottr la France, qui est portée aux nues. Tout agit OHitre Louis XVni; mais tout agit pour le roi de France. Un très-grand résultat de tout ce que nous voyons depuis 1789 me paraît au rang des choses les plus certaines; et peut-être que si jamais j'avais Thonneur de connaître vote auguste maître autrement que par ses bontés^ j'aurais le courage de lui dire ce que j^entrevois dai^s l'avenir.
La prise de Dantzig est un morceau difBcile à digérer. Que voulez-vous. Monsieur le comte? Dantzig devait y passer aussi. Toute FAUemagne septentrionale sera broyée, repétrie et métamorphosée. Rien ne peut rétablir Ferapire germanique; rien ne peut rétablir la puissance prussienne; rien ne peut rétablir, etc., etc., etc., peu m'importe, en vérité. Je ne dois rien à toutes les victimes qui ont voulu rêtre, et qui m'ont étouffé dans leur sang froid et décoloré. Je ne dois rien qu^à l'empereur de Russie. Tous mes vœux sont pour lui. Je souhaite, autant qu'il est possible à l'honmie de souhaiter, qu^il se tire de cette lutte mémorable avec un honneur immortel. Je sais bien que cette profession de foi est aussi la vôtre...
Mettez-moi, s'il vous plaît, aux pieds de votre auguste maître, qui a toujours daigné agréer avec bonté mon trèsprofond respect, et mon dévouement inaltérable à sa cause, qui est celle des peuples et des rois, peut-être plus des peuples que des rois.
134 umi 1807
PMnettefHOQoi de finir sans coiii|iliiiienl^ en vous assiid» non àternel sttacfaemenL