AH. LB COMTE D^ÀYÀRAT
Voici, au reste, sur le chapitre de Tespérance, un passage de Bossuet que je veux avoir le plaisir de vous citer. Cet homme est mon grand oracle. Je plie volontiers sous cette trinité de talents qui fait entendre à la fois dans chaque phrase un logicien, un orateur et un prophète. Voici donc ce qu'il dit dans im fragment de sermon :
Qtuind Dieu veut faire voir qu'un ouvrage est tout de sa main, il réduit tout à Vimpuissance et au désespoir; puis il agit.
Mille fois cette pensée m'est venue en tête en songeant à vos affidres , qui sont celles du monde, sans pouvoir m'empêcher d'ajouter chaque fois, comme le fait immédiatement Bossuet : Sperahamus,
Le plus ardent ami de vos maîtres et le plus grand ennemi de ses ennemis ne pourrait cependant se dispenser d'applaudir à la paix. L'empereur, en la signant, n'a fait qu'obéir à la prudence, à la nécessité, à son amour pour ses peuples. Ceux qui pourraient le blâmer ne savent ce qu'ils disent : même on ne voit pas à Toeil nu une époque future où il puisse être utile de la rompre. Il semble donc que tout est dit. Pas du tout. Monsieur le comte ; jamais je n'en conviendrai, et c'est le raisonnement le plus calme qui me conduit dans les vastes plaines de l'espérance.
n n'y a plus de poésie dans le monde. Monsieur le comte; et comment y en aurait-il? disait si bien Marmontel, il n'y a plus de religion ni d'amour ; mais si jamais elle venait, la révolution française formera le plus noble sujet d'un poëme épique. Les longues erreurs de votre maître formeront un riche épisode de ce poëme. C'est bien lui qui aura vu les villes et les mœurs de plusieurs peuples* n aura vu tomber deux empires le lendemain du jour où il en fut repoussé, et je ne crois pas que le poëte sorte des bornes légitimes d'un élan poétique, en ajoutant tout de suite : TarU il était dangereux de V affliger ! Parvenu au I. 10
séjour de Mittau, J^magine que ce poète, pour aïiimer un peu une scène monotone de sa natilre, mettra en action quelque personnage vénérable, l^abbé Edgeworth, par exemple ; il en fera un prophète, et Pénverra révéler au roi cet avenir que nous attendons. L'inspiré dira à votre maître, en lui touchant les yeux :
Jdspice; namqiie omnem qua nunc obducta tuenti Mortales hebetat visas tibi, et humida eireum Caligat, nubem eripiam,
£o., liv. If, 601.
A peine le roi aura-t-il recouvré la vue, que l'homme de Dieu continuera :
Nunc âge, BorbODiam prolem quœ deinde seqitatur Gloria, qui maneant illa de gente nepotes. Illustres animas clarum^ue in nomen itnrûs. Expédiant diclis, et te tua Jaia docebo,
ÉD., liv. VI, 766.
Voilà bien du latin. Monsieur le comte; en vérité, je crains que cela ne soit par trop pédant. Souffrez donc que, sans autre cérémonie, je vous serre dans mes bras en Français.
P. 5. Vous avez appris. Monsieur le comte, de quelle •manière l'administration des vivres s'est conduite pendant cette campagne. On peut en parler sans mystère, puisque le souverain lui-même en a fait le sujet d'un ukase« Son* gez, je vous prie, à ces braves Russes qui se battent pour vous, pour moi, pour tous les honnêtes gens du monde, et qu'on affame pour gagner de l'argent. En vérité, je doute que le parricide soit au-dessus d'un tel forfait. Mais vous voyez que tout était contre nous : l'avantage naturel d'un usurpateur, le défaut de subsistance, et le nombre* Ne faisons le procès à personne : supposons que d'autres ont eu de fort bonnes raisons pour se tenir tranquilles. La
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Russie^ de sod cAté, eo a eu de fort bonnes pour sortir de Taièoe. C'était fort beau à die de se battre j9o«r fe iftotMfe; mais eomtre le wumde, personne ne peut l'exiger.
Plions donc la tète. Monsieur le comte^ mais sans laisseï éteindre jamais l'espérance. La révolution française^ ^î va son train, ressemble à la lance d'Achille^ qui avait la vertu de guàrir les plaies qu'elle avait faites. — Amen.