‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 64 sur 166 · t A madelULoiselle Adèle de H afstre · texte numérisé non relu

t A madelULoiselle Adèle de H afstre

SaiDt-Pétersbourg, 8 noyembre 1807.

J'ai été enchanté^ ma chère Âdèle^ de ta charmante petite lettre du 28 août. Pai reçu con pienissima soddisfazione les assurances que tu me donnes que le temps et Tabsence ne font nul tort à M. ton père dans la mémoire et dans le cœur de sa petite Adèle. Il faut avouer que l'absence, qui est si cruelle^ fait rire cependant^ à cause des jolies phrases qu'elle introduit dans les lettres. Tu me dis, par exemple : Quand vous écrirez à Rodolphe^ ne manquez pa$. Tu m'écrivais cela le 28^ et dans ce moment je tenais le cher enfant depuis six jours^ et je le possédais depuis deux mois quand j'ai reçu ta lettre; tu en verras la preuve dans cette même dépêche. J'assure ta mère que je suis

fort content de ce jeune homme ; là guerre ne Ta nulle» j^ ment gâté^ ni pour le goût de Toccupation^ ni pour des choses plus essentielles. Il a couché trois mois dans Peau; tu crois peut-être que c'est une façon de parler, c'est au pied de la lettre. La nuit, les grenouilles leur sautaient sur le visage, comme lea puces ailleurs. Il n'a jamais été enrhumé, il a grandi, et se porte à merveille : du reste, je puis t'assurer que tout le monde est ici extrêmement étoDr né de sa sagesse (ceci est dit en confidence).

Tu es une folle avec ta peinture à f huile ; ton oncle rit beaucoup de ta grandeur d'âme, et te conseille de ne faire que des tableaux d'histoire. Pour moi, je suis d'un avis contraire et plus grossier. Gomme je serais très-mortifié de te voir danser comme une danseuse de POpéra, je ne vois pas pourquoi tu devrais peindre conune un artiste. Toute comparaison cloche, et celle-ci cloche beaucoup; car il y a bien de la différence entre la danse, etc., etc.., cela s'entend. Mais il y a quelque chose de vrai. Je tiens pour la miniature et pour le paysage. A propos, as-tu appris le latin? Je m'en douterais quand je t'entends dire Cosi francamente ; sinite pueros. Si tu sais le latin à fond, je te conseille le grec, surtout le Kyrie eleison.

Il me semble que ce n'est point encore temps pour toi de lire l'Arîoste. Il y a des strophes trop choquantes. Tu pourrais le lire avec quelqu'un qui passerait certains endroits. Au reste, ma chère enfant, je m'en tiens à Tépithète choquantes, mais'je ne dirai pas dangereuses; -car je suis bien persuadé qu'il n'y a plus rien de dangereux pour mon Adèle : mais je ne te conseillerai jamais de regarder dans un bourbier, quand même il n& te ferait certainement aucun mal. Il ne me reste que le temps et le papier nécessaires pour dire une tendresse à cette dame qui est là à côté de toi, qui élève si bien ses poussins, que j'aime de tout mon cœur. Écris-moi souvent, conte-moi tes occupa-

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lions. £nvoi&-moi quelque chose si tu peux. Embrasse ma Constance. Je n'ai plus de place. Adieu^ mon cœur.

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