‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 8 sur 166 · DB M. LE COMTE JOSEPH DE HÀISTRE · texte numérisé non relu

DB M. LE COMTE JOSEPH DE HÀISTRE

• Cela arrive, comme dit Cicéron , propter mtdHpUcem honUnis « voluntcttem. L'homme est un amas de contradictions et de volon-

• tés discordantes. Tout l'art est de savoir et de vouloir saisir celles > qui peuvent vous être utiles. — Qu'arrivera- t-il ? Je n*en sais « rien ! Si Bonaparte dit que non, tout est dit. S'il m'appelle, je

• ne sais en vérité, vu le caractère de l'homme et ce que je veux « loi dire (ce que personne ne saura jamais) , je ne sais, dis-je, ' s'il y a plus d'espérance que de crainte... Mais deux raisons me « décident à prendre ce parti : 1° la certitude où je crois être que « S. M. n'a pas seulement été nommée à Tilsitt. Le traité présenté « par la victoire a été signé par l'efifroi : voilà tout; 2° la certitude « encore plus évidente où je suis que je puis être utile à S. M., et « que je ne puis lui nuire, puisque j'ai donné ma parole d'hon- « neur écrite qu'elle n'avait pas seulement le plus léger soupçon c de ma détermii^tion. S'il m'arrivait malheur , veuillez prier

• S. M. de faire arriver ici ma fenmie et mes deux filles ; elles « vivront bien ou mal avec mon fils et mon frère. Jacta est aléa / < rien ne peut être utile au roi qu'une sage témérité, jamais on n'a « joué plus sagement une plus terrible carte. »

Bonaparte ne fit aucune réponse ; mais les égards singuliers dont le comte de Maistre fut l'objet à Pétersbourg, de la part de l'ambassade française, firent voir que sa démarche n'avait pas déplu.

En suivant pas à pas le comte de Maistre, on remarque deux traits caractéristiques qui ont dirigé toute sa carrière politique : un dévouement à toute épreuve à son souverain, et une espérance, ou plutôt une foi constante dans une restauration inévitable, dont il faisait profession de vHçinorer que la date. Ni l'exil loin de sa patrie, ni une longue et douloureuse séparation d'avec sa femme et ses enfants, ni la perte de sa fortune, ne lui semblèrent des obstacles ; l'assurance d'une position brillante qui lui fut plusieurs fois offerte ne lui parut pas digne d'attention. La reconnaissance ne put l'attirer, ni l'ingratitude le repousser. La presque certitude d'un avenir amer pour lui et pour sa famille entière était sans doute un long et continuel tourment pour son cœur ; mais rien ne put le détacher du service de son roi, ni amortir un instant son zèle. Après les conférences de Tilsitt et d'Erfurt, un ministre de l'empereur Alexandre lui demanda : « A présent qu'allez-vous faire? » — « Tant qu'il y aura une maison de Savoie et qu'elle voudra agréer mes « services, je resterai tel que vous me voyez. » Ce fut sa réponse.

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catholique entraînait quelques eœurs droits, fatigués de inutilement cette vie spirituelle dont leur ftme sentait le Toutes les Églises séparées ayant pour dogme commun la biAMda Rome, ce retour de quelques personnes à la mérité eniU vne fermentation dont on pouvait déjà prévoir les suites funestes à Fépeque du célèbre traité de la Sainte-Allianoe; et cet acte, dool la tendance mystique, d'après Tesprit qui le dicta, devait être fawmM» à la liberté de conscience, fut immédiatement suivi, dans res^iftv du rédacteur, de mesures violentes dlntolérance et de spoIiatÎM. Le comte de Maistre, reçu partout avec plaisir parce qu'il ne choquait personne et louait avec franchise tout ce qui était bon, avait pourtant contracté des liaisons plus amicales avec les personnes qui partageaient plus ou moins ses doctrines. Sa supériorité d'aiDeois dans toutes les branches de la philosophie rationnelle et dans Fart de la parole n'était pas contestable, et, de plus, on lui accordait assez généralement des connaissances particulières dans le genre qui faisait peur à cette époque. Il n'est donc point surfMrenant que le comte de Maistre se soit trouvé alors en butte à quelques soup* çons, et que les ennemis du catholicisme, et surtout le prince Gailitzin, ministre des cultes, se soient imaginé qu'il exerçait une sorte de prosélytisme, attribuant à lui, autant qu'aux jésuites, les nombreuses conversions qui s'opéraient chaque jour. Us s'airêtalent à une cause locale et imaginaire pour expliquer un mouvement européen auquel la Russie participait à son insu. Le bit est que le comte de Maistre , cx)mme il eut l'honneur de l'assurer de vive voix à l'empereur lui-même, • ne se permit jamais d'attaquer « la foi d'aucun de ses sujets ; mais que, si par hasard quelqu'un « d'eux lui avait fait certaines confidences, la probité et la cous- « cience lui auraient défendu de dire qu'il avait tort. » L'empmur parut convaincu, mais la situation du comte de Maistre était changée : « Le simple soupçon produit une inquiétude, un malaiiçqni

■ g&te la vie. Dans tous les pays du monde, mais surtout en Rus-

■ aie, il ne faut pas qull y ait le moindre nuage entre le maître et « un ministre étranger. Les catholiques, du moins ceux de cette

• époque, étaient devenus aux yeux de l'empereur une espèce de

• caste suspecte. Toutes les choses de ce monde ont leurs inconvé- « nients ; la souveraineté, qui est la plus précieuse de toutes, doit « subir les siens. La lutte des conversations est au-dessous d*èUe i « d*un c6té, sa grandeur défend à son égard non-seulement la dis-

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