‹ Lettres et opuscules inéditsChapitre 92 sur 166 · A M* le ecmte Rodolplie · texte numérisé non relu

A M* le ecmte Rodolplie

Saint-Pétersbourg, 3 (16) septembre I8i3.

Ah ! que je suis aise d'avoir été trompé! Cher et trèscher enfant, tout le monde me di^t et j'avais même la certitude que votre corps n'avait pas donné, et que votre général était malade. Cependant, je ne pouvais être tranquille; vous appellerez cela comme vous voudrez. Quoique votre billet du 27 ne me soit arrivé que dans ce moment, la date vous met cependant bien en règle, et je vous remercie de n'avoir pas perdu un moment pour m'instruire. Je n'ai pas besoin de vous dire combien nous avons été affectés, troublés, déchirés par cette terrible scène de Borodino. Au moins, nous sauvera-t-elle? C'est le grand secret de la Providence. Deux choses sont sûres : que, seule, elle ne décide rien, mais qu'elle aura singulièrement favorisé le succès d'une seconde , qui est indispensable, et qui peut-être a eu lieu dans ce moment. Si celle-

fit UTTIB 18tS

«h était malheureuse t. .. MÛB je B» Tew PAS piDair à «6^ 4laat aujouvd'hui tout ^tiar à la joie que me doMifiyete uUoatiofu Je n'essaye pas seulemwt de noua exprimer ee i|uie j'ai s^ati dans cette occasioo; je souhaite. cpie wu»to seotiea un jour, et <piia vous voua^ «appeUee alors cetti lettre. Je {«"eoda bieu part au sort cruel^ quoique trèfrteuorable, de votre amie Blondàae. Acet égards je vous fà* pite ce <9ie ¥0U6 devriez ne jamais oublier. Je n'ai plus d'argent & moi; il est à votre mère et à vos sœurs^ et ensuite à vous^ ou, pour mieux dire, il est à vous pour elles. Âin^^ &ites comme s'il était dans votre tiroir; tires sur moi pour la somme dont vous avez besoin, s'il faut tout de suite remplacer ce cheval. Je ne sais conmient vous avez pu vous accrocher au prince Dimitri : quand vous serez mieux, vous me le direz; et vous me direz aussi ce que vous avez fait pendant cette infernale bataille. Se peutil que vous soyez demeuré là, sans remuer, pendant douze heures? Voilà un honmie dont je voudrais vous voir aide de camp. Quant à l'autre, je vous ai déjà répondu : j'ai fait la démarche, vous voyant mécontent et ne sachant comment vous tirer de là; mai&Je ne remue plus. Je vois que T. a beaucoup d'ennemis, et il les mérite bien un peu. J'ai peur d'être allé trop vite. Enfin, je vous ai dit que j'étais un irrésolu de la première classe; prenez-moi donc poiff ce que je suis, et ne vous fâchez pas trop contre moi. A jes bien soin de vous et de moi ; soignez-vous, et ne vous doonei d'autre fatigue que celle de m'écrire : sur ce point, j'ai le cœur dur. Vous êtes cependant un aimable garçon,

et je ne suis pas étonné que la princesse de T vous

aime tant : elle a pleuré, en écoutant Arotre aventure. Adieu, mon très-cher entant; j'écris ceci sans délai chei l'aimable dame^ de peur de manquer l'occasion. Adieu, adieu.

AU COMTI EODOLPHE. 9^

a». -^ t A« e«m4e B«klQl»lM«

J*ai reçu avec un plaisir inexprimable votre premiàro lettff^ àfi Riga. Elle était accompagnée d'une autre lettre du marquis^ pleine de politesses et de choses agréables sua» votre compte. En voyant la date de la v6tre^ j'ai douté de l'exactitude; du 27 après-midi au 29 à la même heure, o^tte célérité me paraît extraordinaire^ d'autant que vous aviez passé quelques Heures à Strelna, comme je Tai appris d^uis. S'il n'y a pas d'erreur, cela s'appelle marcher.

J'ai bien peur, moQ cher enfant, que vos remontrances sw> la table et sur Vécritoire soient fort inutiles, et même que je ne m'enfonce davantage dans mes vices; car les circonstances amènent la mauvaise humeur, et la mauvaise humeur augmente Famour de la retraite. Voilà déjà un samedi dont il n'est plus question : les Laval partent pour VAjaglaterre, les Tamara ont substitué le mardi au ven- Iredi, et, ce mardi coïncidant avec celui de la princesse Belolzelsky, ce synchronisme y en m'obligeant d'opter, Ol'ôtera encore un jour de campagne ; j'ai le malheur d*en être bien aise : vous voyez comment vont les choses, («a force qui mène tout se moque de nos calculs. Je ne vous disTÎen de l'armistice; tous ces raisonnements sont inutiles, quelquefois impertinents, toujours dangereux. Vous êtes sur les lieux, vous verrez les choses mieux que moi. Ce qu'il y a malheureusement d'inconcevable, c'est que l'armistice et la paix, qui suivant les apparences en sera nécessairement la suite, achèveront la perte des puissances du second ordre. Je me dis bien que tout peut changer encore; mais pour cela il faudra beaucoup de temps, et il n'en reste beaucoup ni au roi ni h moi. Peut-être est-ce là

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une raison de consolation, si Ton entend bien la chose; mais toujours est-il vrai que tout nous ramène au cabinet et à l'écritoire. L'amiral est parti pour Oranienbaum^ où 3 occupe seul la maison de son collègue Gray ; il m'a beaucoup pressé d'aller passer quelques jours avec lui, et vous commande de vous bien porter.

Hier^ le corps du marécbal est entré dans la capitale pour prendre place dans la cathédrale de Casan, où le! obsèques auront lieu demain. L'entrée s'est faite avec toute la magnificence possible. Le char funèbre était trdné par le peuple. C'était une espèce de carré de trois cents personnes^ qui se relayaient. On a fait tout ce qu'on pouvait faire; cependant je n^ai pas trouvé dans toute cette cérémonie une véritable dignité. Dans le cérémonial français^ le mot de héros était répété deux fois, une fois dans le corps de la pièce et à la fin, qui se termine par les mânfis du héros. Je ne sais si l'original russe finit par cette élégance poétique et chrétienne. Quoi qu'il en soit, mon cher ami, voilà le défunt, n'en déplaise à M. le général de Beningsen, déclaré héros par le grand maître des cérémonieSi véritable juge de ces sortes de choses. Omnis mundus hisirioniam exercet.

Bonjour, mon très-cher enfant; vous savez si je vous aime^ si j'ai besoin de vous, si je m^occupe de vous : tout cela va sans dire. A la nouvelle de l'armistice, quelques idées grossières se sont emparées de moi : Pendant quelque temps, il ne risque rien, -t- Je suis faible, il est vrai; un père peut bien létre. Sur cela, bonjour encore.

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