Tallevrand
doute que le produit des 40 pour 100 prélevés partout sur les detirées coloniales, comme celui des confiscations, soient suffisants pour le combler, malgré que le budget, qui est sur le point de paraître, nous présentera les finances dans l'état le -plus brillant, et annoncera, comme toujours, que sans emprunts et sans nouveaux impôts, la France est à môme de pourvoir à ses énormes besoins.
Après avoir longtemps laissé l'Espagne sans le moindre secours pécuniaire, l'Empereur vient d'y faire envoyer des sommes très considérables. Je n'ai aujourd'hui aucun fait particulier à mander sur la situation de ce pays, mais plusieurs indices me prouvent qu'il n'y a guère de progrès marquants en faveur de la France. L'Empereur doit même, à la suite d'une lettre, où le roi Joseph lui déclare que sa position n'est plus tenable, s'être plaint que ses affaires n'y avançaient pas, que l'esprit de l'armée était altéré, que ce n'étaient plus ses vieilles bandes; qu'il ne reconnaissait pas ses troupes; que la discipline était entièrement perdue parmi elles, et que les officiers comme tes soldats étaient découragés et las de cette guerre. Quelque fâcheuse que soit cette disposition dans l'armée, elle ne l'empêche pourtant pas de pousser la conquête de la Péninsule avec une nouvelle vigueur. Un corps considérable se rassemble à Bayonne, et comme c'est le maréchal Bessières* qui le commande,
1. Bessières (Jean-Baptiste), duc d'Istrie, maréchal de l'empire, colonel général de la garde impériale, grand aigle de la Légion
ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE. 515
et qu'une partie de la garde impériale doit s'y rejoindre, on a supposé que l'Empereur irait lui-même en Espagne, mais il paraît que cette supposition n'est pas fondée. On croit, au contraire, que l'Empereur ne quittera pas Paris avarit les couches de l'Impératrice,» et qu'après il fera un voyage en Italie, ainsi que je vous l'ai déjà écrit.
Quelque favorable que soit pour nous la tournure des affaires d'Espagne, Henry^ pense cependant qu'il serait bon de ne pas trop s'y fier. Avec les ressources immenses dont l'Empereur Napoléon dispose et qu'aucun souverain n'a jamais su aussi habilement exploiter que lui, les moyens de mener deux guerres de front ne lui manqueraient pas au besoin, surtout si l'on ajoute ceux que l'exaltation des Polonais lui fournit contre nous. Leur nombre augmente beaucoup à Paris, et leurs intrigues deviennent plus actives à mesure que les circonstances présentent plus de probabilités d'un refroidissement entre nous et la France. On cherche à les calmer pour le moment, tout en nourrissant leurs espérances pour l'avenir, c'est M. Maret qui est leur grand protecteur, et qui, conjointement avec le maréchal Duroc, est chargé d'entretenir leurs relations avec l'Empereur. Un fait marquant à leur égard, est la nomination du sieur Bignon ' à la place du résident de
d'honneur, l'un des plus habiles lieutenants de Napoléon, né à Prayssac (Lot) en 1766, mort en 1815.