‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 2)Chapitre 23 sur 43 · Bignon, résident de France à Varsovie. Voir tome II · texte numérisé non relu

Bignon, résident de France à Varsovie. Voir tome II

^'^t ARCHIVRS DU COMTE CH. DE NESSELRODE.

France à Varsovie. C'est un homme ehtièremenl dévoué à l'Empereur, qui l'a beaucoup employé dans la guerre de Prusse, et depuis fait cas de ses talents et de son esprit. 11 a tout à fait celui qu'il faut pour réussir auprès des Polonais : il est souple, adroit et insinuant. On ne doute donc pas qu'il ne serve parfaitement les vues de son gouvernement, et que par conséquent il ne puisse dans ce nouvel emploi devenir fort dangereux pour nous. Ce qui ne l'est peut-être pas moins c'est l'arrivée à Paris de Mme Walewska*, avec qui l'Empereur a vécu à Varsovie et à Vienne. On dit que c'est sur son invitation qu'elle est venue ici, il est sûr au moins qu'elle en a été parfaitement accueillie; qu'elfe a eu plusieurs audiences particulières, et qu'elle fait une grande dépense malgré que sa fortune ne soit que modique.

Le séjour du prince Adam Czartoryski dans le duché de Varsovie a donné de l'ombrage ici; on croit qu'il y travaille pour nous. Je sais au moins de source certaine que le duc de Rovigo" s'est exprimé dans ce sens, et cherche à se procurer des renseignements à ce sujet.

Je ne saurais terminer cet article sur les Polonais sans vous prévenir que les lettres qu'ils reçoivent de leurs parents et amis en Lithuanie parlent beaucoup d'une armée de cinquante mille hommes qui s'y ras-

1. Walewska (Mme), mère du comte Walewski, ministre des affaires étrangères, sous Napoléon III.

2. Rovigo (Savary, duc de), général et homme politique français, né à Marcq (Ardennes) le 26 avril 1774, mort à Paris le 2 juin 1853.

semble, et des magasins considérables que nous y formons. Ne jugeriez-vous pas utile de faire surveiller davantage ces sortes de correspondances, et d'empêcher qu'au moins, à la poste, on laisse passer des lettres contenant des renseignements sur l'état et les mouvements de nos troupes. Communiqués à l'Empereur avec la plus grande exagération, il est dilficiie qu'ils no produisent pas le plus mauvais effet sur son esprit; car tout en exigeant que l'on ne conçoive aucune inquiétude, lorsqu'il organise et rassemble les plus formidables moyens d'attaque, il se montre excessivement jaloux de la moindre augmentation dans l'état militaire des autres puissances, de la moindre concentration de troupes sur un point menacé, qui au fond ne sont qu'une conséquence de ses armements et de ses levées continuelles. Les rapports et les plaintes des Polonais pourraient donc un jour fournir des prétextes de rupture, tout comme ceux de la Bavière ont contribué à la guerre d'Autriche. Pour le moment l'Empereur affecte encore les meilleures dispositions envers la Russie; il fait même répandre par son entourage que M. de Tchernichef lui avait apporté l'acquiescement le plus compléta tout ce qu'il nous avait demandé. D'un autre côté, cependant, il a fait à plusieurs personnes, qu'il sait être en correspondance avec M. de Caulaincourt, des questions qui prouveraient qu'il n'est point entièrement rassuré sur notre compte, et qu'il craint que le refus d'admettre le tarif, et de confisquer tout ce qui eniro dans nos poris, ne soit bientôt suivi d'une défec-

tion formelle au système continental. On a répondu que la loyauté reconnue de l'Empereur Alexandre ne permettait pas de concevoir cette crainte, et que Ton était intimement convaincu qu'il remplirait toujours ses engagements avec la plus grande fidélité.

Nous ne sommes pas encore informés du résultat définitif des importants débats qui ont eu lieu au Parlement pour l'établissement de la régence, mais un changement de ministère paraît inévitable. M. Labouchère est sur le point de faire un nouveau voyage en Angleterre. L'Empereur presse même beaucoup son départ; il espère recevoir par lui des notions exactes sur le prince de Galles et les nouveaux ministres. Je ne serais pas surpris qu'il fût chargé de quelque ouverture vague dans le genre de celle dont l'année dernière il a été porteur, mais on ne se promet guère de succès de toute démarche qui tiendrait à renouer des fils de négociation. Les personnes le plus à même de juger les affaires, et particulièrement la position des deux puissances rivales, ne voient aucune possibilité de paix, malgré la régence et le nouveau ministère. Même notre ami Henry*, qui la désire par-dessus tout, et qui a un peu le défaut de croire trop facilement ce qui flatte ses opinions et ses vœux, est tout à fait de cet avis et n'a jamais eu moins d'espoir qu'en ce moment.

Je joins ici un tableau de la situation actuelle de la France dans lequel vous trouverez des détails curieux.

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