‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 2)Chapitre 28 sur 43 · Talleyrand · texte numérisé non relu

Talleyrand

9 21 avril 1811.

Les rapports que la police a faits ces jours-ci à l'Empereur, aussi bien que ceux qui, de la Saxe, sont parvenus au ministère des relations extérieures, portent à 550 000 hommes le nombre de troupes rassemblées dans nos provinces ci-devant polonaises. Cette évaluation, dans laquelle il y a sans doute beaucoup d'exagération, due à la malveillance des Polonais, paraît avoir fait impression sur l'esprit de l'empereur Napoléon. 11 se plaint que M. de Champagny n'ait pas su se procurer assez d'informations, et a ordonné au duc de Rovigo de faire partir sur-le-champ plusieurs émissaires pour l'Allemagne et le duché de Varsovie.

L'exécution de différentes mesures, arrêtées relativement à l'armée de Portugal, a été suspendue; et on assure que la nouvelle de nos armements a de nouveau rendu l'Empereur indécis sur le parti qu'il prendra à l'égard de ce pays. 11 paraît certain que la forteresse de Figuières a été reprise par les Espagnols. C'est un général napolitain qui y commandait, et qui doit avoir rendu la place par trahison. L'Empereur en a fait des reproches au roi de Naples, et c'est par là qu'on a eu la confirmation de cette nouvelle qui depuis plusieurs jours s'était répandue dans le public.

540 AUCIIIVES DU COMTE Cil. DE NESSELROHE.

Paris, 9 21 avril 1811,

Je i-egrette, Monsieur, que vos occupations ne vous aient pas permis de m'écrire par Tchernichef. Dans un moment où tout semble annoncer un changement dans notre altitude, depuis si longtemps justifiée par les circonstances, il eût été bien précieux pour moi de connaître votre manière d'envisager l'état actuel des choses. Je ne vous ai pas beaucoup écrit aujourd'hui, parce que, dans le fait, je n'ai pas beaucoup à dire et que, d'autre part, on recevra des volumes d'écritures dont le contenu se réduit à peu près à ce que je vous ai marqué dans deux pages.

Si chez nous on veut sérieusement écouler la proposition de la France, de nous entendre sur un arrangement relatif à l'Oldenbourg, il faudrait au moins demanderdes avantages qui puissent réellement conduire au maintien de la paix. En indemnisant le duc d'Oldenbourg par le pays d'Erfurt, ou tel autre situé dans la Confédération du llhin, la France ne rend pas son altitude plus pacifique vis-à-vis de nous; et comme l'empereur Napoléon offre de faire tout ce qui pourrait nous tranquilliser, pourquoi ne lui demanderions-nous pas l'évacuation des forteresses prussiennes, comme pouvant seule nous offrir une garantie réelle de la sincérité de ses intentions? Nous offririons de liquider les contributions arriérées de la Prusse, moyennant les 500 000 acres que, suivant le traité de Tilsit, la France

ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSEI.RODE. ^>i\

lui doit sur le pays de Hanovre, ce qui ferait cesser le prétexte sous lequel elle occupe encore les places de l'Oder; et cette base une fois admise, nous consentirions à traiter de la cession de nos droits sur l'Oldenbourg. Il n'est pas à supposer que l'empereur Napoléon se prête jamais ànne pareille condition, puisque pour cela il faudrait qu'il fut réellement animé d'un désir sincère de conserver la paix ; mais en le mettant dans le cas de s'y refuser, nous l'obligerions, pour ainsi dire, à convenir de ses vues hostiles. Comme le but de la guerre, si elle avait lieu, ne peut être autre que de rendre h» position de la France moins menaçante, les négociations qui la précèdent doivent, il me semble, être dirigées vers le même but. Au reste, j'espère toujours que nous l'éviterons et qu'en nous rendant bien forts chez nous, nous parviendrons à ôler à la France l'envie de nous la faire. Mais, pour l'amour de Dieu ! finissez cette malheureuse guerre de Turquie; tant qu'elle durera, il n'y a absolument rien de bon à espérer. Les Principautés no valent, en vérité, pas l'argent et les hommes qu'elles nous coûtent depuis trois ans. Quant au commerce, vous n'avez guère besoin de vous gêner, cet été, et il est une fois temps que le change remonte. On me charge de vous recommander instamment l'affaire des licences; on ne voit pas d'inconvénient à en accorder puisque la France n'a cessé d'en délivrer ; et dans le cas où l'on serait disposé à adopter ce système et à déférer à la demande de Henry*,

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