Tallovrand
il serait essentiel pour ses intérêts qu'il eût les premières.
Vous saurez que depuis trois jours nous avons un nouveau ministre des relations extérieures: nous y gagnons beaucoup pour les formes. Celles de M. Maret sont aussi agréables que celles de son prédécesseur l'étaient peu. Mais pour le fond, il n'y a rien de changé; et ce que nous avons beaucoup à regretter, c'est que M. Maret soit le protecteur déclaré des Polonais. Cela date du séjour de Varsovie où ils se sont adressés à lui, parce que M. de Talleyrand les repoussait et ne voulait pas se mêler de leurs affaires, le rétablissement de la Pologne n'étant jamais entré dans son système politique. Il a été un moment question du duc de Vicence pour le ministère, et s'il avait été ici, je crois qu'il l'aurait emporté. Pour nous, cela aurait peut-être mieux valu.
On vient de me dire que tout se' prépare à une nouvelle tentative contre le Portugal, mais je ne veux pourtant pas trop l'affirmer. En attendant, Masséna est à Salamanque. Tous mes renseignements sur l'Espagne sont dans les dépêches de l'ambassadeur. Je crains d'avoir perdu une bien bonne source d'information; pour cette raison et plusieurs autres, j'ai plus que jamais le désir de pouvoir m'en retourner en Russie. Je vous prie. Monsieur, d'être assuré que le plaisir de vous revoir y entre pour beaucoup.
ARCIIIVES DU COMTE Cil. DE KESSELUODE. 343
Paris, 27 avril/9 mai 1811.
Je suis bien reconnaissant, Monsieur, du mot d'amitié et de souvenir que Boutyaguine m'a porté de votre part. Le plaisir qu'il m'a fait a cependant été tempéré par l'inquiétude causée de ce que deux jours après l'arrivée de Serdobin vous n'eussiez point reçu la lettre que je vous écrivis par lui. Comme toutes les précédentes, je l'avais mise sous l'enveloppe de M. de Gourief; je regretterais beaucoup qu'elle ne vous fût pas parvenue, elle était importante sous plus d'un rapport.
L'ambassadeur s'est acquitté des assurances que les dépêches apportées par Boutyaguine l'avaient chargé de renouveler, mais on n'a pas trop l'air ici de croire à nos intentions pacifiques : on nous objecte toujours nos armements, la rentrée des cinq divisions de l'armée de Turquie, le déplacement de celles de Finlande. Le prince Poniatowski avait, à la vérité, rassuré un peu l'Empereur Napoléon sur le nombre exagéré de nos troupes, que les rapports du ministre de la police prétendaient être assemblées sur nos frontières. Il affecte même des sentiments plus modérés que la plupart de ses compatriotes. A son arrivée ici, il a eu avec l'Empereur un fort long entretien, il l'a depuis revu plusieurs fois; aujourd'hui il est à la chasse; on le traite en général avec la plus grande distinction. Il lui a été recommandé d'être très prévenant envers tout ce qu'il y avait de Russes ici, et de ne point laisser paraître
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ranimosité qui caractérise sa nation. On l'a de plus engagé à mettre infiniment de réserve dans son langage, et à ne rien dire qui put déceler les intentions, relativement à la guerre avec nous. L'Empereur lui a demandé un travail sur les ressources militaires que pourrait encore fournir le duché de Varsovie, comme sur l'état actuel de ses forces. Le résultat en est que le duché a 60000 hommes, dont 6000 sont en Espagne et une autre division est répartie dans les forteresses de l'Oder et à Dantzig. Il a assuré que l'armée pourrait être augmentée en hommes mais que les moyens pécuniaires pour l'équiper manqueraient; que déjà il était dû plus de 18 millions de florins pour cette branche de l'administration; que le gouvernement se trouvait dans l'impossibilité de les acquitter, et par conséquent, bien moins dans le cas de se créer de nouvelles ressources. L'Empereur a promis de fournir de l'argent, et a invité le Prince à porter l'armée au plus grand effectif possible. L'emprunt de la Saxe n'a d'autre but que de couvrir ce déficit du département de la guerre du duché de Varsovie. 11 est au moment d'être émis; mais bien que les conditions en soient fort avantageuses, il est douteux qu'il soit entièrement souscrit. On m'a assuré que sur le montant de cet emprunt, l'Empereur avait déjà avancé 7 millions au roi de Saxe, à condition qu'il mettrait son armée sur le pied de guerre, et la tiendrait constamment prête à marcher. Je n'ai pas entendu dire que les autres membres de la Confédération du Rhin eussent reçu une pareille
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Fac-similc tVunc Icllre du Comte Sperauski au Comte Cit. de JS'esm.irodc.
ARCHIVES DU COMTE CH. DE NESSELRODE. T,Ab
invitation. Mais, en revanche, on a commencé dans ce pays-ci à mettre la plus grande activité dans les préparatifs, et il est sérieusement question d'organiser trois corps d'armée.
C'est ainsi que de part et d'autre on prend des mesures qui doivent accélérer la rupture. La mauvaise tournure des affaires d'Espagne me faisait espérer, il y a trois semaines, qu'il aurait été possible encore de l'ajourner jusqu'à l'année prochaine, si nos intérêts pouvaient nous le faire désirer; maintenant, je crains que cela ne le soit plus. Et si on a eu effectivement l'intention de traîner les choses en longueur par une négociation, il est à regretter que -depuis longtemps on ne se soit pas expliqué; car Napoléon, une fois armé, deviendra sans contredit plus exigeant, et pourrait ne plus être aussi bien disposé qu'il le fait paraître actuellement à s'entendre à l'amiable. Malgré cela, l'opinion du cousin Henry* est toujours qu'il vavut mieux adopter un système défensif que de commencer la guerre. Il croit que notre position en serait plus forte, militairement et politiquement.
Militairement, parce que d'après son opinion nous nous affaiblissons à mesure que nous nous éloignons de nos ressources et qu'au dos de nos armées nous serions constamment menacés d'une insurrection en faveur de l'ennemi. Y laisser un corps de troupes pour contenir nos provinces polonaises, ferait que nous