‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 2)Chapitre 37 sur 43 · IsTRiA |(hic d'). Voir Bessières · texte numérisé non relu

IsTRiA |(hic d'). Voir Bessières

mêler; c'est un brave homme, mais il est faible; la seule bonne chose qu'il ait faite; c'est de m'avoir donné sa fille; c'est là ce qui assure sa gloire et sa sécurité. » Dans cette occasion, il a surtout beaucoup parlé de nous, et avec assez de modération pour que ceux qui étaient présents aient pu conclure de ses propos qu'il ne voulait pas la guerre en ce moment. Mais ainsi que j'ai eu l'honneur de le mander à Votre Excellence, ses dispositions étaient devenues moins bonnes à Compiègne, et, lors de mon départ, elles paraissaient plutôt hostiles que pacifiques. Celte nuance doit s'être manifestée dans ses entretiens avec ses ministres, où il a souvent été question du rétablissement delà Pologne, qu'il regardait comme le résultat immanquable d'une première bataille gagnée. A cet indice se joint le fait important, que plusieurs régiments de cavalerie cantonnés en Belgique ont eu ordre de se rendre à Magdebourg; cependant les principaux mouvements militaires se faisaient vers le camp de Boulogne; ce qui au reste, me semble encore plus menaçant pour nous que pour l'Angleterre, car ce corps d'armée, qui sera bientôt de 40 000 hommes, doit nécessairement être envisagé comme une réserve de tous ceux postés en échelon depuis la \istule jusqu'à la mer du Nord. Je n'ai pas eu le temps d'approfondir la cause de ce nouveau changement dans les dispositions de l'Empereur, comme il ne s'est rien passé en Espagne qui soit favorable à la France, ni rien sur le Danube qui soit désavantageux pour nous, il est possible qu'il ait été pro-

duit par l'arrivée du courrier Batiste, le troisième expédié par le général Laurislon en moins de vingt jours.

Mais ce n'est pas seulement contre nous que l'humeur de l'Empereur s'est prononcée. Elle a été en général fort mauvaise au commencement de son séjour à Gompiègne, et a donné lieu a beaucoup de persécutions, dirigées surtout contre les amis de Mme de Staël* . Mathieu de Montmorency*, qui était allé la voira Copet, a eu défense de revenir à Paris, et ordre de ne pas sortir du département du Léman. Mme Récamier^ qui

I. Staël-Holstein (Anne-Louise-Germaine Necker, baronne de), célèbre femme de lettres, née à Paris on 176fi, morte dans la même ville le 14 juillet 1817.

Ji. Montmorency (Mathieu-Jean-Félicité, d'abord vicomte, puis duc de), né à Paris, 1767-1826, servit dans la guerre d'Amérique, embrassa les principes de la Révolution, fut député aux Étals généraux en 1 789 par la noblesse de Montfort-l'Amaury, s'y montra un des défenseurs de la liberté polilique, et proposa dans la fameuse nuit du 4 août l'abolition des titres de noblesse. 11 quitta la France quand la république y fut proclamée, se retira en Suisse, rentra après le 9 thermidor, et n'occupa sous l'Empire aucune fonction. Sous la Restauration, il professa des opinions fort différentes de celles qu'il avait défendues dans sa jeunesse. 11 devint aide de camp du comte d'Artois, pair de France, rainislre des affaires étrangères (1822), ambassadeur au congrès de Vérone, puis gouverneur du duc de Bordeaux. En 1825, il fut admis à l'Académie française, quoique n'ayant aucun titre littéraire.

5. RÉcAMiER (Julie Bernard, Mme), née à Lyon en 1777, morte à Paris en 1849. Mariée à un riche banquier de Paris, M. Récariiier, elle ouvrit un salon qui devint bientôt le rendez-vous d'une société choisie, mais qui ne tarda pas à exciter les ombrages du pouvoir. Éloignée de Paris par la police impériale à cause de ses relations avec Mme de Staël, alors exilée, elle ne revint en France qu'après la chute de l'Empire.

continuait à être en correspondance avec elle, a été renvoyée de Paris et exilée en Languedoc. Mais ce qui est le plus marquant, c'est que la princesse de Bénévent, qui dans ses voyages avait eu l'imprudence d'aller voir le duc de San-Carlos* à Lons-le-Saulnier, a éprouvé un moment le même sort. L'ordre d'aller habiter une terre en Belgique lui avait déjà été donné par le duc de Rovjgo; mais M. de Talleyrand a réussi, par une ex|)lication qu'il a eue avec l'Empereur à Compiègne, à le faire révoquer, et elle doit déjà être de retour à Paris. Les rapports avec le roi de Naples s'aigrissent de jour en jour davantage. L'Empereur a fait renvoyer de Paris le général La Vauguyon*, capitaine des gardes du Roi et mettre à Vincennes le colonel Aimé, son secrétaire particulier, qui jouit de toute sa confiance. Il a été arrêté au moment où il montait en voiture, et on a trouvé sur lui beaucoup de lettres adressées tant au Roi qu'à la Reine, qui ne seraient pas de nature à inspirer à l'Empereur des sentiments plus modérés à leur égard. Le Roi, de son côté, ne paraît pas être resté en arrière en fait de mesures violentes, et a renvoyé de son service le ministre de l'intérieur Daure et le général Lanusse,

1. Sa.vCarlos (don Joseph-Micliel de Carvajal, duc de), homme politique espagnol, né à Lima en 1771, mort à Paris en 1828.

2. La Vajiguton (Paul de Quélen, comte de), lieutenant général, né à Paris en 1777, mort en 1859. Il fit, dans un corps .d'émigrés, les campagnes de 1794-1795 contre la France, se rallia à l'Empire, assista à la bataille d'Austerlitz comme volontaire, devint aide de camp de Murât, commandant de l'infanterie de la garde, avec le grade de général de division, qui lui fut conservé par Louis XVIII, après 1815.

qui ont refusé de se faire naturaliser. Enfin, les choses en sont au point qu'il est difficile qu'elles puissent finir autrement que par un coup d'éclat.

Brouillon d'une lettre du comte Ch. de Neaselrode

au comte Siichtelen\

minisire de Rmsie à Stockholm.

Paris, septembre 1811.

Les rapports d'intimité qui viennent de s'établir entre nous et la Suède ont déterminé Sa Majesté l'Empereur à instruire la cour de Stockholm de tous les faits marquants que présentent les négociations amicales avec la France. Elle m'a, en conséquence, ordonné, mon Général, d'entrer vis-à-vis de Votre Excellence dans quelques détails sur l'objet qui a motivé l'envoi du colonel Tchernichef, comme sur les réponses qui viennent d'être faites aux ouvertures dont il était porteur.

Mes dernières dépêches vous ont mis à même, mon général, de faire connaître au gouvernement suédois les démarches que Sa Majesté l'Empereur a faites auprès du Cabinet des Tuileries au sujet de l'occupation de la Poméranie. Le courrier chargé de porter au

i. SccHTELEN (Jean-Pierre, comte), général et diplomate russe, né dans la province d'Over-Yssel (Hollande) en 1759, mort en 1858.

ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELKODE.

prince Kourakin les ordres relatifs à cet important événement était prêt à partir lorsque M. Tchernichef arriva à Pétersbourg. Quoique les communications dont cet officier était muni fussent de nature à faire différer l'envoi de ce courrier, Sa Majesté Impériale a obéi à l'empressement qu'elle éprouvait de manifester au gouvernement suédois la sensation pénible que lui avait causée l'occupation de la Poméranie et à demander le redressement de ce grief. Si les assurances pacifiques les plus fortement exprimées pouvaient faire espérer un heureux succès pour cette démarche, les dernières explications de la France ne laisseraient certainement rien à désirer. Mais elles sont accompagnées d'une démonstration hostile qui m'aurait ôté même presque tout espoir pour la conservation de la paix. L'empereur Napoléon, tout en protestant de ses dispositions pacifiques, tout en nous faisant des propositions pour vider nos différends par un arrangement à l'amiable, a fait arriver ses armées par l'Oder, ses avant-postes par la Yistule et a entraîné la Prusse dans une alliance contre nous. Comme un tel état de choses ne saurait être compatible avec la sûreté de la Russie, Sa Majesté l'Empereur a exigé une réponse aux dernières ouvertures du cabinet des Tuileries, que la conséquence première de tout arrangement fût l'évacuation des pays que les troupes françaises viennent d'occuper et leur retraite derrière l'Elbe dans les cantonnements qu'elles avaient occupés pendant tout le cours de l'année dernière. Elle a fait en même temps déclarer qu'Elle ne

pourrait envisager que comme une déclaration de guerre tout mouvement que le gros de l'armée française ferait au delà de l'Oder ou tous renforts considérables que recevraient les troupes sur la Yistule. Quant aux autres objets, l'Empereur a, en insistant néanmoins sur une certaine extension poui* le commerce, offert des facilités qui prouveront jusqu'à quel point il a poussé sa modération et ses sacrifices pour le maintien de la paix et qui offriraient comme des moyens de réconciliation si l'Empereur Napoléon était animé des mêmes sentiments que lui.

Telles sont, Monsieur, les explications que vous voudrez donner au Ministère Suédois; il importe à Sa Majesté qu'Elle envisage sous son vrai jour la démarche que nous venons de faire à Paris et qu'Elle soit mise en garde contre les fausses interprétations que l'on pourrait, peut-être, chercher à lui donner. En même temps, il lui est bien agréable de pouvoir cimenter par ce témoignage de confiance envers Sa Majesté Suédoise les liens d'amitié qui, pour l'intérêt mutuel des deux Cours, commencent si heureusement à se former entre elles.

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