‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 2)Chapitre 6 sur 43 · INDICATIONS · texte numérisé non relu

INDICATIONS

France .

Napoléon

Talleyrand.

Ses opinions politiques.

— r le Palais de marbre Lisette

— le joli cœur, mon ami,

TepeHTiii IleTpoBHqb Sophie Smith

— mon cousin Henry, Ta,

Anna Ivanovna, notre libraire le beau Léandre le jurisconsulte

— questions sur le droit romain, décision de mon procès :

Chaque fois que je le ferai parler, je mettrai un point presque imperceptible au au milieu de la phrase après le second mot; et ce seront ses opinions que j'énoncerai tant que vous ne trouverez pas un second point également placé à contresens, mais peu avant la fin de la phrase. Pour varier, je placerai aussi quelquefois deux petits points à la marge, l'un au commencement, l'autre à la fin de la communication de Talleyrand.

AKGHIVES DU COMTE CH. DE NESSELKUDE.

Idées conservatrices .

Idées destructives. .

Fouché^

— la santé de mon père

la méthode de Pestalozzi

— les amours de Boutyaguine, l'agriculture anglaise.

— Natasche,

le président Bergien

Tchitchagof

... — mon protecteur

le marquis Tulipane,

mon oncle

le bon homme

la trop sensible princesse

Esmenard — Heant nexpoBHqb TpHÔo-fe-

AOB-b

l'assesseur Schwartz

Le prince Alexandre Kou-

rakin AH4pK)uia

Riquet à la houpo

Caulaincourt — Xo.iMHHCKiH

le possesseur

Le comte Roumiantzof. . — ma tante Aurore le préféré Martin

Champagny — le gentil

notre neveu Serge

Maret — 4MHTpiH IleTpoBHqb

L'affaire du mariage. . la Karpovka

L'empereur d'Autriche. . Robert

Le prince Schwarzenberg . Nicolas

le crâne

1. FoucHÉ (Joseph), duc d'Otrante, conventionnel luontagnard, puis ministre de la police, né au I*élerin près de Nantes, le '29 mai 1759, mort à Tricste, le 25 décembre 1820.

ARCHIVES DU COMTE GlI. DE NESSELKODE.

L'Angleterre — le goutteux

Collin Tempon

1/ Espagne — la commère,

le poltron La guerre (VEspagne . . l'amour maternel,

Noire guerre de Turquie. votre frère

La Porte — le mouton

U empereur de Russie. . Louise

MoUvo le savant

M. Spéransld — mon sémillant cousin,

le voyageur Caroline

Nesselrode — le danseur

Polaenskî

Paris, 13/2o mars 1810.

A mon départ de Pétersbourg, vous m'avez demandé, Monsieur, de vous donner de mes nouvelles. J'en suis trop flatté pour ne pas mettre le plus grand empressement à profiter de cette permission, et j'ai, dès mon arrivée ici, cherché à rassembler des notions qui fussent dignes de vous être soumises.

Dans la pièce ci-jointe, vous trouverez tous les détails que j'ai pu me procurer sur l'événement important qui, pour le moment, absorbe toute la pensée de. l'Empereur Napoléon. Les personnes les plus accoulu-

mées à étudier ses idées, les plus initiées dans le secret de sa marche, veulent voir dans son maiiage un présage de paix et de tranquillité, qui jusqu'à présent leur semblaient incompatibles avec son existence. Peu de temps suffira sans doute pour nous éclairer et nous faire savoir si cette espérance est fondée, ou bien si l'Empereur envisage le lien qu'il va contracter comme un nouveau moyen de réaliser ses projets de destructions; question importante pour le bonheur de l'Europe; importante surtout pour la Russie, la seule puissance contre laquelle il pourrait encore tourner ses vues.

La première hypothèse,, toute contraire qu'elle soit à l'opinion que l'expérience commande, n'est pourtant pas entièrement dénuée de preuves. On la fonde sur le désarmement de l'Autriche exigé itérativemeni depuis le mariage, et sur les mouvements extrêmes que se donne le ministère français pour renouer quelques fds de négociation avec l'Angleterre. Plusieurs agents subalternes y ont été envoyés pour sonder l'opinion des membres les plus marquants du ministère britannique. Il y a eu dans tout cela beaucoup d'intrigues. L'Empereur envisage lord Wellesley* comme un obstacle, vu la part directe qu'il a eue aux affaires d'Espagne, et qui l'obligerait à prendre plus d'intérêt à cette cause. Il

1. Wellington (Arthur Wellesley, duc 'de), général et homme politique anglais, né àDubUn en 17G9, mort à Walmcr Castle, le 14 septembre 1852. Fils du comte de Mornington, frère de Richard Colluy, marquis Wellesley.

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voudrait le voir remplacé par lord Grenville, qui s'est toujours montré opposé aux secours que le gouvernement accordait aux Espagnols.

Toutes ces manœuvres ne paraissent avoir eu aucun succès, ainsi qu'on devait le supposer. L'Empereur n'en a point été découragé, et a envoyé encore tout récemment un individu plus marquant et jouissant déplus de considération en Angleterre. Il paraît au moins qu'il est parvenu à se faire entendre, et ne doit pas être revenu tout à fait sans espérance. Je sais de source certaine que l'indépendance de la Prusse a été avancée comme condition première. Le mariage a interrompu cette négociation ; on se flatte qu'il y apportera des facilités et on se propose de les reprendre immédiatement après.

Ces deux objets sont essentiels à suivre. A portée du second, je ne négligerai rien pour connaître les faits qui pourraient nous donner des indices sur le système futur de l'Empereur Napoléon à notre égard; le premier devrait être recommandé particulièrement à la surveillance de nos agents en Autriche. Si le désarmement a effectivement lieu, du moins l'attaque de la Russie ne sera point immédiate et nous aurons le temps de nous préparer à tout événement.

Prévoir les plus mauvaises chances^ et éviter tout ce qui pourrait les amener, telle doit être, il me semble, la règle fixe de notre conduite politique. Pour y parvenir, il sera surtout essentiel de prévenir l'effet du ressentiment de Napoléon contre la Prusse. Il faut qu'elle paye.

et que nous cherchions à rendre l'Empereur un peu plus indulgent à son égard, sans quoi les troupes françaises rentreraient dans les États prussiens, ce qui ne nous conviendrait aussi peu qu'un nouveau démembrement de ce pays, car on lui demanderait la Silésic pour la donner au roi de Saxe, en compensation du duché de Varsovie, qui, s'il ne redevenait pas d'abord Pologne, ferait du moins un pas immense vers ce but, si évident surtout depuis le refus de ratifier notre convention. Tout mouvement autour de nous ne peut qu'insemiblement en produire chez nous. Il faut donc épuiser tous les moyens en notre pouvoir, afin de l'empêcher, et faire, à cet égard, encore une démarche en faveur de la Prusse. Malheureusement ses affaires sont extrêmement avancées, et il faudrait ne pas perdre un instant. Ici, il n'y en a aucune à faire; traiter avec M. de Champagny ne mène à rien, et M. l'ambassadeur étant retenu encore au lit n'aura pas de sitôt l'occasion de voir l'Empereur. Le traité de Tilsit stipule un agrandissement de 500 000 acres pour la Prusse, dans le cas où, à la paix générale, le pays de Hanovre ne serait point restitué à l'Angleterre. Le roi de Westphalie prend pos- ^ session de ce pays comme si ce cas était échu. Ne seraitce pas le moment de réclamer l'exécution de cet article; la Prusse y trouverait une cession territoriale à offrir, qui ne porterait pas atteinte à l'intégrité de ses possessions actuelles, si importante pour la tranquillité générale. Je ne réponds pas que ce moyen réussisse, car l'humeur contre la Prusse est excessive et aug-

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mentée par les manœuvres du roi de Westphalie, qui, dans des vues extensives, use de tout le crédit dont il jouit dans ce moment pour l'exciter davantage; cependant il me paraît indispensable de le tenter, comme tout ce qui pourrait arrêter la marche des troupes françaises, car une fois entrées dans les États prussiens, elles n'en sortiraient pas de sitôt, et feraient naître chez nous des inquiétudes, dont l'effet inévitable amènerait tôt ou tard des complications sérieuses.

Si je suis obligé de faire naître des alarmes par rapport à la Prusse, je suis du moins assez heureux de pouvoir, à l'égard de l'Autriche, mander des données plus rassurantes. Elle a consenti îiu mariage, parce qu'il lui présentait l'unique chance de conservation ; elle était perdue sans cela. Ses vrais intérêts doivent lui faire envisager la tranquillité du continent comme l'unique but d'une politique éclairée; j'ai lieu de croire que, pour le moment, elle n'en a pas d'autres et que tous ses efforts se dirigeront vers lui. L'armée et le peuple autrichiens sont fort animés contre nous; l'Empereur et le ministère ne partagent point cette disposition; ils ne conservent aucun ressentiment, et il ne tiendra qu'à nous de rétablir de bonnes relations avec cette cour, comme de nous entendre avec elle, en secret, sur les moyens de conserver la paix et la tranquillité sur le continent.

Dans les calculs du cabinet français, elle est envisagée comme entièrement livrée à l'Empereur Napoléon, et, dans la chance d'une rupture avec nous,

comme agissant parfaitement de concert avec lui. Il commence à prévoir cette chance, et songe aux moyens de s'y préparer; mais ces moyens ne sont que sentis e indirects. Tant que durera la guerre d'Espagne, et il n'en faut de beaucoup pi elle soit terminée ^ on ne veut rien précipiter, et on ne pense qu'à empêcher que nous sortions de la position où nous nous trouvons actuellement et qui convient si parfaitement au gouvernement français, puisqu'elle nous affaiblit insensiblement et finira par rendre impossible toute résistance à l'époque où il se décidera à jeter le masque. C'est dans ce but que l'on entretient la guerre de Turquie.

On nourrit à Pétersbourg l'espoir d'acquérir la Moldavie et la Valachie, et à Constantinople on insinue de ne jamais les céder. Il y a trop de preuves de la marche double de la France dans cette affaire pour que l'on puisse conserver le moindre doute à cet égard. La plus forte, la plus évidente sans contredit, est celle qu'en dépit de la paix entre la Porte et l'Angleterre, les relations entre cette puissance et la France n'ont jamais été rompues un instant. Après avoir lancé l'anathème contre tous les souverains de l'Europe qui se mettraient en rapport avec le gouvernement britannique, qu'estce qui peut avoir déterminé l'Empereur Napoléon à dissimuler son ressentiment envers le Divan, si ce n'est l'idée de s'en servir contre nous? C'est le sieur Ruffin*

1. RcFFiN (François, comte), général français, né à Boibek (Seine- Inférieure) en 1771, mort à bord du vaisseau anglais le Gorgon, on 1811.

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qui est chargé de toutes ces machinations, et j'espère pouvoir en faire passer à Votre Excellence des preuves certaines. Il importe à ce cabinet-ci de tenir cette querelle ouverte, donc il nous importe à nous de la vider au plus tôt; mais, à moins de très grands succès militaires, nous ne pourrons guère nous flatter d'obtenir la cession des principautés. La France l'empêche de tous ses moyens, et le Grand Seigneur compromettrait son existence, s'il y consentait sans y être forcé par les plus grands revers. Il me paraît, par conséquent, qu'il vaudrait mieux renoncer pour le moment à cette conquête que de prolonger une guerre qui nous enlève beaucoup de monde par les maladies, obère nos finances, diminue des forces que nous serons un jour obligés d'employer malgré nous, pour la conservation de notre propre existence, et, en un mot, n'est utile qu'à l'Empereur Napoléon, qui, lors des faibles échecs que le prince Bagration avait essuyés, n'a pas pu se défendre d'un mouvement de satisfaction fort peu équivoque. D'ailleurs, cette conquête ne sera jamais qu'éphémère. Les Turcs, au lieu de voisins fort commodes, deviendront des ennemis irréconciliables, et seront prêts à se déclarer de nouveau contre nous, au premier signal que la France leur donnera, en les berçant de l'espoir de récupérer les provinces cédées.

C'est dans ce sens que le ministère français travaille maintenant la Suède, mais avec beaucoup de circonspection, puisqu'il craint de ce côté plus que des autres un dénouement trop précoce de ses intrigues. L'Empe-

reur a dit à M. de Lagerbielke : « Il y a un grand avenir dans votre affaire w. Mais, au reste, on oppose assez de réserve aux mouvements extrêmes que se donne cet agent adroit et actif pour rétablir l'ancienne intimité entre les deux cours. La proposition qu'il a faite conjointement avec M. d'Essen, de marier le duc d'Augustenbourg* à la fille de Lucien Bonaparte, qui se trouve à Paris chez sa grand'mère, a été même accueillie avec assez de froideur. Mais nul doute qu'elle n'ait été qu'apparente et que ce projet ne soit ajourné que jusqu'au moment favorable de le réaliser. Cela nous donnerait peut-être le temps de le déjouer, et même de prévenir la France, en formant un semblable dessein. Que penseriez-vous d'un mariage entre le prince royal de Suède et madame la grande-duchesse Anne*, à qui on donnerait en dot, au lieu d'un million que nous n'avons pas, les îles d'Alànd, ou telle autre partie de nos nouvelles possessions dont nous pouvons nous passer? La Suède par ce moyen, rentrerait sous notre dépendance; toutes les vues de la France seraient paralysées, et, en cas d'attaque de celle-ci contre nous, nous aurions le dos parfaitement libre. Vous avez de quoi répondre avec cela à M. Alquier% qui, au reste, n'est pas bien dange-

1. AuGusTENBOURG (Chrétien-Charles-Auguste, duc d'), élu prince royal de Suède en 1809, et mort en 1810, au milieu de graves symptômes d'empoisonnement; ce fut pour recueillir les droits de ce prince que le maréchal Bernadotte fut appelé en Suéde.

2. Anne, grande-duchesse de Russie, sœur de l'empereur Alexandre I*% devint reine de Hollande.

5. Alquier (Gh.-J.-Marie), constituant, conventionnel et diplomate,

reux, et beaucoup moins que son collègue suédois à Paris; ayons un ministre intelligent, avec de bonnes instructions rédigées par M. Alopéus, et un crédit extraordinaire assez fort pour nous réorganiser un bon parti, et je ne vois pas, en vérité, comment la Suède nous échapperait.

Agréez, l'hommage de mes sentiments bien invariables.

Paris, 24 niars/5 avril 1810.

J'ai rédigé mon n° 1 peu de jours après mon arrivée et d'après plusieurs entretiens que j'ai eus avec mon cousin Henry \ Il vous parviendra par le premier courrier que l'Ambassadeur expédiera, et qui arrivera sûrement avant le baron Strogonof ; mais ce n'est qu'à une occasion aussi sûre que j'ai cru pouvoir confier la pièce

né en 1759, mort à Paris, en 1826. Il était avocat à La Rochelle, lorsqu'en 1789 sa province le nomma député aux États généraux. Membre de la Convention, en 1792, il vota la mort de Louis XYl, en cas (V invasion étrangère, et se prononça pour le sursis à l'exécution. Il occupa successivement les ambassades de Tanger, Munich, 1799, Madrid, 1800, Florence, 1801, Naples, Rome, Stockholm, 1810, et Copenhague. A Naples, il fit renvoyer Acton ; en Suède, il détermina la cour, malgré ses répugnances, à entrer dans le système continental; en Danemarck, il contribua à la cession de la Norvège à la Suède. Rappelé de Copenhague par Louis XVIU en 1814, proscrit comme régicide en 1816, il vécut à Yilvorde (Belgique) jusqu'en 1818, époque de son rappel, qu'il dut aux démarches actives de Boissy d'Anglas.

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