MARIAGE DE L'EMPEREUR NAPOLÉON
Avant que d'entrer dans des détails sur la marche de cet événement important, il est essentiel de tracer succinctement la position politique et militaire dans laquelle l'empereur Napoléon s'est trouvé pendant et après la guerre d'Autriche ; car c'est des différentes circonstances qui y ont directement rapport qu'est née en lui l'idée de réaliser à la fin un projet conçu depuis plusieurs années.
Dans cette guerre, plus que dans toutes les autres, les succès de ce souverain ont été le fruit, plutôt des fautes de ses adversaires que de la valeur de son armée. Elle ne s'est point haltue, comme elle se hattait autrefois, et, presque dans toutes les batailles rangées, le génie de l'Empereur dut faire des efforts prodigieux pour suppléer au défaut de courage et de dévouement qu'il aperçut dans ses troypes. Ce n'étaient plus les soldats de Marengo, d'Ulm et de léna; les vieilles bandes étaient en Espagne, et y avaient péri en grande partie. L'armée d'Allemagne était une armée nouvelle. L'esprit en était altéré ; celui des officiers supérieurs surtout se prononçait hautement contre les projets de destruction universelle de l'Empereur; parmi eux se distinguèrent Bernadotte et Masséna.
L'opinion de la France abondait dans ce sens, et présentait môme un caractère plus alarmant encore. La
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conviction que ce n'était plus elle, mais l'empereur Napoléon qui faisait la guerre, devenait plus générale ; on se lassait de son système fatigant, et on concevait des inquiétudes séi'ieuses sur le sort d'une nation gouvernée par un chef qui, tous les ans, en jouait l'existence sur une carte. Les personnes du gouvernement chargées d'influencer l'opinion cherchèrent à rassurera cet égard, et firent même entrevoir un avenir de paix, de prospérité et de bonheur, pour le cas où l'Empereur ne reviendrait pas de la guerre. C'est ce que l'on appela ici la conspiration des hypothèses. On fît plus: lors de l'organisation des gardes nationales de Paris, on chercha à y placer, comme officiers, des individus connus par leurs bonnes intentions ; et à ceux qui ne voulurent pas s'y prêter, on insinua secrètement qu'il serait bon que, dans ces circonstances, des gens bien pensants et sincèrement dévoués aux vrais intérêts de leur patrie eussent les armes à la main.
Des dispositions aussi ouvertement manifestées ne purent longtemps rester inconnues. La paix de Vienne ne terminait point la guerre d'Autriche; l'Empereur emporta cette conviction du théâtre de ses succès, partagée par tous ceux qui l'entouraient. Le ministère autrichien n'en conserva pas le moindre doute, et envoya M. de Saint-Julien à Pétersbourg, avec l'instruction de chercher à connaître le parti que prendrait la Russie, si les hostilités devaient recommencer. Ce fait est positif.
Un concours de circonstances aussi contraire à son système de destruction parut présager à l'Empereur un
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décroissemeot de puissance, s'il persévérait à suivre la ligne qu'il s'était tracée. Il songea dès lors à la fonder sur d'autres bases ; les projets de divorce furent repris, et, quatre jours après son retour d'Allemagne, il en fit la première ouverture à l'impératrice Joséphine, sans en avoir fait confidence à personne, et sans que personne ne l'ait influencé dans cette détermination. L'Impératrice crut qu'il en serait de même que dans les occasions précédentes où la question avait été agitée, et fit la plus forte résistance. L'Empereur lui déclara catégoriquement que sa résolution était irrévocablement prise; qu'elle améliorerait son sort, en s'y prêtant de bonne grâce, et en le secondant dans l'exécution de son projet; que si, au contraire, elle s'y refusait, et se plaçait par là dans une position hostile vis-à-vis de lui, le divorce ne s'en ferait pas moins et son avenir serait affreux. C'est le langage qu'il lui tint à Fontainebleau et à Paris, et par lequel il est parvenu à l'amener au sacrifice qu'elle a fait.
Le 27 novembre, on expédia à M. de Caulaincourt l'ordre de sonder le terrain à Saint-Pétersbourg pour un mariage avec une grande-duchesse de Russie. Cet ambassadeur ne mit pas beaucoup d'empressement à s'en acquitter; il ne crut pas l'affaire aussi pressée et jugea qu'elle prendrait la même tournure que deux ans auparavant. Le divorce eut lieu le 16 décembre; le même jour un envoi d'un second courrier au duc de Vicence, avec l'acte de divorce et l'ordre d'aller de l'avant. Peu après, arrivèrent à Paris les réponses au
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premier. Elles annonçaient sinon des difficultés, du moins beaucoup de retards provenant des négociations à entamer dans la famille impériale, de l'âge de madame la Grande-Duchesse et de l'objet de la religion. L'Empereur consulta sur ce dernier point le cardinal Fesch, qui répondit qu'il résulterait une impression défavorable dans le clergé, comme dans le public, d'une religion autre que la religion catholique, professée sur le trône de France. Ce fut alors qu'il s'arrêta à l'idée d'un mariage autrichien, et s'en ouvrit à M. Maret, qui a joué dans toute cette affaire le rôle le plus actif, quoique le moins soupçonné. Entièrement initié dans le secret de l'Empereur, j'ai lieu de croire que c'est par lui qu'à la fin de décembre il fit faire la première insinuation à Mme de Metternich. Celle-ci a été longtemps le seul intermédiaire dont on se soit servi, et le secret a été aussi bien gardé à Vienne qu'à Paris.
Vers le commencement de janvier, l'Empereur consulta le prince de Bénévent' sur la position oii il se trouverait, dans le cas où le mariage russe éprouverait des retards. Ce ministre la lui dépeignit comme fort désagréable; car ayant annoncé à l'Europe que nul autre motif ne l'avait porté au divorce que la nécessité de donner un héritier à la couronne de France, on devait trouver extraordinaire qu'il ne prît pas les moyens d'arriver promptement à ce but. 11 fut frappé de ce raisonnement, et sentit qu'il était urgent de mettre fin à cet état de choses. Une autre considération le fixait