Bénévest (prince de). Voir Talleyrand
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encore dans cette idée. Le mariage le dispenserait de se rendre en Espagne où il ne voulait pas aller. Il dit dans cet entretien : « Les Autrichiens sont si maladroits ! Je ne compte sur aucune facilité de leur pai't ». M. de Talleyrand démentit cette opinion, et fut chargé d'entamer une négociation plus formelle. Peu connu du prince de Schwarzenberg, il s'adressa à Floret, son conseiller d'ambassade, et l'autorisa à écrire à son ministère que l'Empereur avait résolu de demander une archiduchesse d'Autriche, s'il ne réussissait point en Russie. Il ajouta que le moyen d'arranger cette affaire de la manière la plus avantageuse pour la cour de Vienne serait d'y mettre le plus grand empressement, dans le cas où elle accepterait la proposition et d'envoyer sans délai des pleins pouvoirs pourconclure dans les 24 heures, si les réponses de Pétersbourg étaient dilatoires.
Dans cet intervalle, l'Empereur s'appliqua à connaître l'opinion de la nation. Quoique tout décidé déjà, il consulta les différents partis qui la composent et assembla pour cet effet le premier conseil de famille. . Le parti révolutionnaire demandait une impératrice (|ui n'eût point à réveiller de souvenirs fâcheux pour lui, point de ressentiment à exercer. Fouché, Cambacérès', Murât, tous gens de la révolution, penchèrent pour le mariage russe. Fontanes', au contraire, tint, en faveur
1. Cambacérès (Jean-Jacques Régis de), jurisconsulte et homme d'Etat, né à Montpellier en 1755, mort à Paris en 1824.
2, FoNTANEs (Louis de), littérateur et homme d'État, né à Niort en 1757, mort en 1821.
de l'Autriche, un discours fort long, inspiré par Talleyrand, et auquel l'Empereur donna des si > nés d'approbation si peu équivoques que la foule des courtisans se rangea de cet avis. Quelque temps après, on reçut des réponses évasives de Saint-Pétersbourg ; le courrier de Vienne arriva le même jour. Le 6 février, l'Empereur envoya le vice-roi d'Italie, fils de Vimpératrice Joséphine, faire au Prince Schwarzenberg la proposition formelle, et, le 8, le contrat de mariage fut conclu.
La sensation la plus immédiate que cet événement produisit se manifesta dans le parti révolutionnaire qui se crut perdu. Le parti contraire poussait effectivement l'Empereur à des mesures violentes contre les révolutionnaires, et affichait déjà assez hautement les succès qu'il espérait obtenir. Dans cette circonstance, Fouché a parlé avec beaucoup de courage, et doit avoir sans doute, rappelé à l'Empereur que lui-même n'avait dû sa fortune qu'à la Révolution. Ce discours paraît avoir fait impression; et, pour rassurer tout à fait ce parti, on a nommé: MmeLasne, dame d'honneur de l'Impératrice; M. Alquier, connu pour avoir voté la mort du Roi, ministre en Suède; et on a donné le cordon de Saint- Étienne à Fouché, qui s'était prononcé contre le mariage autrichien ; tandis que Maret, le premier initié dans le secret de l'Empereur, le premier instrument dont il se soit servi dans cette affaire, ne l'a point eu.
Mais ceux qui ont remporté une véritable victoire, ce sont les Bonaparte, la famille de l'Empereur qui a entièrement écrasé les Beauharnais, dont de tout temps
ils étaient les ennemis implacables. L'impératrice Joséphine est oubliée et \égète à Navarre. La reine de Hollande, depuis longtemps au plus mal avec son mari, et redoutant comme le plus grand malheur la nécessité de vivre avec lui, parce qu'il lui fait éprouver les traitements les plus durs, a été forcée de le suivre en Hollande, et de laisser ici les personnes de la cour qui jouissaient de sa confiance et de son amitié. On regarde la reine de Naples et le roi de Westphalie comme les principaux auteurs de celte machination.
Au milieu de tant d'intrigues et d'agitations, la jeune Impératrice conserva beaucoup de calme et de dignité. Elle ne s'est jusqu'à présent liée avec personne; elle traite même avec assez de hauteur les reines et princesses qui l'entourent et ne semble exister que pour l'Empereur, qui est rempli d'attentions pour elle, ayant l'air d'en être amoureux comme un jeune homme de quinze ans, malgré qu'elle soit plutôt laide que belle.
Paris, 51 mars/12 avril 1810.
Pour ôter au prince Kourakin tout soupçon de la correspondance que j'ai l'honneur d'entretenir avec vous, je continue, comme je le faisais pendant mon premier séjour, à lui fournir les renseignements qui exigent moins de secret. C'est ainsi que j'ai rédigé pour lui le rapport sur les affaires d'Angleterre dont vous
trouverez ci-joint une copie. J'ai puisé les notions qu'il renferme dans la dépêche originale de M. Labouchère, que j'ai eu occasion de lire.
A la réception des dernières nouvelles d'Angleterre, l'Empereur ordonna à M. de Champagny de lui faire un nouveau travail sur ce pays, fondé sur les changements de ministère qui viennent d'y avoir lieu. Votre Excellence trouvera sous ce pli une copie exacte de cette pièce importante. Après y avoir examiné la position actuelle delà France vis-à-vis de l'Angleterre, et presque établi, en principe, l'impossibilité d'un rapprochement entre les deux pays, le minisire en vient aux puissances du nord. Mais cette partie n'est que la suite d'un Mémoire beaucoup plus intéressant et infiniment plus détaillé, remis à l'Empereur, le 14 mars, par le duc de Cadore. Je l'ai expédié par le Baron Strogonof, parti d'ici, il y a huit jours; mais, malgré cela, je suppose qu'il vous parviendra plus tard que celui-ci. Ce dernier, indépendamment de l'intérêt des vues politiques qu'il annonce, nous apprend encore quelques faits que nous ignorions jusqu'ici: tels que la prise de la Guadeloupe, le voyage de l'Empereur aux Pays-Bas projeté pour le mois de juin, la rupture devenue probable entre la France et l'Amérique, et enfin le peu de succès qu'ont eu les intrigues de M. Ruffin, à Constantinople, en vue de faire renvoyer le ministre anglais. Je sais même, d'autre part, qu'elles ont complètement échoué, et que la Porte est décidée à ne pas rompre avec l'Angleterre.
J'ai déboursé 7000 francs pour ces deux pièces; je
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VOUS supplie, Monsieur, de me les faire restituer au plus toi; et, si Sa Majesté juge à propos que j'entretienne les relations par lesquelles je suis parvenu à me les procurer, il serait nécessaire qu'elle ordonnât de mettre 50 à 40 000 francs à ma disposition, afin que, dans des cas importants, je ne sois pas retenu par le défaut de fonds.
Les affaires de la Prusse semblent devoir prendre une meilleure tournure ; on commence à nourrir quelque espoir que pour le moment elle pourra éviter la cession et la rentrée des troupes françaises. Le vrai motif de cette disposition plus favorable est dans les affaires d'Espagne qui, de rechef, vont mal pour les Français et paraissent loin d'être terminées, ainsi qu'on a bien voulu le supposer ici. J'ai rassemblé, dans une dépêche, que l'Ambassadeur adresse au Comte Roumiantzof, toutes les données que j'ai pu me procurer sur cette importante question. Je dois m'y référer, n'ayant pas le temps d'en faire une copie.
J'ai profité de cette circonstance pour faire encore insister sur l'affaire de l'emprunt, quoique je sois presque convaincu qu'elle ne réussira pas ; je vous conseille donc de ne plus compter sur cette ressource et d'avoir recours à d'autres moyens, ainsi que je l'ai dit à M. de Gourief, ministre des finances, auquelj'ai écrit à ce sujet une lettre fort détaillée. Étant parvenu à me mettre en rapport avec des personnes très versées
4. GouRiEF (Diniitri, comte), homme d'État russe, ministre des Finances sous Alexandre I".
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dans la partie des finances, je serais à même de faire passer à ce ministre des renseignements très curieux sur cette partie. Il s'en faut de beaucoup (]ue les finances soient ici dans l'état brillant où les budgets nous les dépeignent; on a adopté pour principe de ne pas payer les sommes dues au delà de celles assignées à chaque ministère ; et, sous ce rapport, le gouvernement français n'est dans le fait qu'un puissant banqueroutier. Les hommes d'un mérite réel, tels que Louis' et Bérenger*, sont sans influence; et M. Mollien% qui professait des principes de probité, comme les seuls utiles en finances, et annonçait môme, à son entrée au ministère, les vouloir faire mettre en pratique, paraît, depuis, les avoir sacrifiés au désir de se maintenir en place. Gandin* et
1. Louis (le baron Joseph-Domiiii(H)e), homme d'Étal français, né à Teul en 1755, mort en 1857.
2. BÉRENGER (le comte Jean), homme politique et administrateur, né près de Grenoble, en 1767, mort en 1850. Membre du conseil dos Cinq-Cents, il prit une part active au coup d'État du 18 brumaire et fut comblé de faveurs par Napoléon. Il ne se rallia pas moins à Louis XVIII, qui le nomma directeur général des contributions indirectes, puis à Louis-Philippe, qui lui donna un siège à la Chambre des pairs. C'était un habile financier.
3. MoLLiEN (Nicolas-François, comte), homme d'État et financier, né à Rouen en 1759, mort en 1850.
4. Gaudin (Martin-Michel-Charles), duc. de Gaëte, administrateur français, né à Saint-Denis (Semé) en 175C, mort en 1841. Nommé en 1791, l'un des six administrateurs de la Trésorerie nationale, il accepta le portefeuille des finances après le 18 brumaire. Ce portefeuille, il le consei-va jusqu'à l'abdication de Fontainebleau (1814), et le reprenant pendant les Cent-jours, ne le quitta qu'à la dernière heure de l'Empire. Devint sous Louis XVIII, directeur de la Banque de France et conserva cette direction jusqu'en 1834.
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DefermontS surtout ce dernier, sont tout à fait dans le sens de l'empereur Napoléon, qui est celui de ne pas se croire tenu à payer quand on ne le juge pas nécessaire, sans égard même aux prétentions les plus justes.
Paris, 2/14 avril 1810.
Jusqu'à présent, nous n'avons reçu ni réponse aux notes sur les affaires polonaises, ni à celles de l'emprunt. L'Ambassadeur vous expédie malgré cela ce courrier, car il est essentiel que vous soyez informé de l'état des choses.
Je doute que l'emprunt puisse réussir et notre jurisconsulte* est tout à fait de celte opinion; on nous traînera en longueur et l'on finira par se refuser à ce que nous demandons. Nous sommes encore la seule puissance sur le continent; or il est naturel que l'on aime mieux qu'elle soit faible que forte, donc on ne fera rien pour nous tirer des embarras financiers dans lesquels nous nous trouvons. Ne voulant, ni ne pouvant encore agir ouvertement contre nous, on est bien aise d'avoir des entraves de ce genre à nous susciter. Il en est de même des Polonais, que l'on réserve pour
1. Defermont DES Chapomèues (Joseph), constituant et conventionnel, comte de l'Empire, né à Rennes en 1750, mort en 1831. On le compte parmi les plus serviles adulateurs de Napoléon.
a. Talleyrand.
ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE. '249
d'autres moments; et, en attendant, on ne voudrait pas les décourager par la convention, d'ailleurs on en a besoin en Espagne. Voilà les motifs qui empêcheront que ce traité soit ratifié. On m'a assuré qu'il avait attiré une forte réprimande à M. de Caulaincourt, et qu'il est même question de le rappeler. Savary* désire le remplacer, et intrigue beaucoup pour obtenir cette place.
Les pourparlers avec l'Angleterre n'ont eu aucun résultat jusqu'à présent, et n'en auront vraisemblablement pas, car ni l'Empereur, ni le gouvernement britannique ne veulent sérieusement la paix. L'Empereur, n'entretient ses allées et venues que pour avoir un prétexte de rester à Paris et de ne pas aller en Espagne où il craint de se fendre depuis la tentative que l'on a faite à Vienne de l'assassiner, et qui a produit la plus vive impression sur son esprit.
Voilà tout ce que j'ai à vous mander aujourd'hui ; je vous quitte pour aller à Compiègne.
Paris, 18/50 avril 1810.
Le travail secret de M. de Champagny, que j'eus l'honneur de vous envoyer par le baron de Strogonof,
1. Savary (Anne-Jean-Marie-René, duc de Rovigo), général et homme politique Trançais, né à Marcq (Ardennes), le 26 avril 1774, mort à Paris le 2 juin 1853.
fait menlion d'un mémoire sur les intelligences que les autorités de Varsovie entretiennent dans nos provinces ci-devant polonaises. Je l'ai jugé assez important pour n'épargner ni peines ni argent, afin de me le procurer. Ce n'est qu'avec beaucoup de répugnance, après beaucoup d'hésitations et de craintes, que l'on s'est décidé à me le livrer. On appréhende surtout que les mesures que l'on prendra chez nous contre les émissaires nommés dans cette pièce ne servent à faire découvrir l'individu qui me l'a communiquée. Et ce n'est que lorsque je l'eus assuré, de la manière la plus formelle, que ces mesures ne seraient point prises en ce moment, qu'elles ne le seraient même jamais qu'avec la plus grande prudence; que l'on se bornerait à surveiller insensiblement ces agents, sans se porter à des démarches d'éclat, propres à donner l'éveil au gouvernement de Varsovie et h la France; que si l'on procédait à leur arrestation, ce serait sous d'autres prétextes faciles à faire naître; que pour l'instant on ne ferait qu'empêcher qu'une fois entrés dans nos provinces ils n'en sortent de nouveau. Et ce ne fut qu'après lui avoir donné, pour ainsi dire, ma parole d'honneur sur tous ces points, que j'ai obtenu cette pièce intéressante. Je dois donc vous supplier d'en agir ainsi pour ne pas perdre un homme qui nous est si utile, et qui le sera encore longtemps, si l'on observe religieusement le secret et les précautions que réclament des relations de cette nature.
ARCHIVES DU COMTK Cil. DE NESSELRODE. 251
Paris, 2/14 avril 1810.
Le nombre de nos compatriotes à Paris vient d'être augmenté par l'arrivée du comte Rasumovski. Le baron Strogonof est parti d'ici, il y a huit jours, et le prince loussoupof, après avoir bien joui de la capitale pendant deux ans, va nous quitter, après les fêtes de Mai. Au reste j'ai retrouvé ici les mêmes personnes que j'y avais laissées et de plus M. de Tchitchagof. Fort bien accueilli par l'empereur Napoléon, il jouit d'une certaine faveur dans la société. Ce souverain a eu avec lui une conversation particulière et avait pris l'habitude de l'accoster aux cercles diplomatiques. La dernière fois qu'il lui parla, ce fut pour lui marquer son étonnement de ce qu'il n'avait pas été nommé membre du nouveau Conseil et depuis il paraît que ses dispositions envers lui se sont un peu refroidies. M. de Tchitchagof se propose de passer l'été dans le midi de la France et des personnes liées avec lui m'ont assuré qu'il formait le projet d'aller en Amérique, mais j'ai beaucoup de peine à le croire. Au reste, même exagération dans ses opinions, peut-être un peu moins d'enthousiasme pour ce pays-ci, mais contre le sien toujours beaucoup d'exaspération qu'il laisse éclater avec fort peu de ménagements et il est vraiment curieux d'entendre un homme, qui n'est assurément pas exempt de reproche dans la gestion de son département, sans cesse relever les défauts de votre administration. Il déclame même
252 ARCHIVES DU COMTE Cil. DE NESSELRODE.
contre tout ce qui se fait chez nous, au point que beaucoup (le gens ici le croient dans un sens très opposé à celui du gouvernement frani^'ais et lui témoignent de la confiance à raison de cela.
J'ai lieu de supposer que ses conversations avec l'Empereur n'ont roulé que sur des objets généraux; je ne vois pas qu'il nous ait beaucoup nui jusqu'à présent malgré qu'il soit assez lié avec Savary, mais, comme je suis intimement convaincu que son esprit et son imagination faciles à exalter lui en donnent tous les moyens, je ne négligerai rien pour suivre ses démarches pendant qu'il sera dans ce pays-ci et ne manquerai pas l'occasion de vous en rendre un compte exact.
Paris, 4/16 mai 1810.
Il y a environ trois semaines que je suis parvenu à me procurer les deux pièces ci-jointes; je regrette infiniment de n'avoir pas eu alors une occasion de vous les faire parvenir. Cependant, malgré que les données qu'elles renferment ne soient pas d'une date bien fraîche, elles serviront à vous faire connaître et juger l'état présent de l'Espagne, les plans que l'Empereur pourrait adopter pour la réduire, et les facilités et les obstacles qu'il rencontrera en les mettant à exécution. Depuis son départ, il m'a été impossible de me procurer la continuation de cet important travail, mais on me
le promet pour son retour. Mes dépenses montent à 9000 francs. J'attends avec impatience l'autorisation d'aller de l'avant.
Aussi bien par le contenu de ces deux mémoires que par tous les autres renseignements que je me suis procurés, il paraît que, pour le moment, c'est la conquête du Portugal qui est devenue le point de mire principal de l'Empereur. Toutes les autres questions restent pendantes jusqu'à ce que celle-ci soit résolue. Telle était son idée lors de son départ pour les Pays- Bas; et le peu de nouvelles que l'on a reçues de lui pendant son voyage prouvent qu'il y persévère. Par des succès en Portugal, il espère pouvoir influer sur les négociations avec l'Angleterre, tout comme par ces négociations, dont il fait beaucoup de bruit dans les gazettes, il se flatte de pouvoir ramener les Espagnols, en leur présentant la possibilité d'être abandonnés par leur allié. Les dernières nouvelles d'Anvers disent que l'Empereur a montré beaucoup d'ardeur pour la paix et qu'il a concerté avec le roi de Hollande un nouvel envoi de M. Labouchère à Londres. L'espoir que l'on place dans les efforts de ce négociant provient de la liaison qui existe entre lord Wellesley et sir Francis Baring*, son beau-père, liaison qui date de l'époque où ce dernier, étant l'un des directeurs de la Compagnie des Indes, a fortement, comme tel, protégé le ministre actuel des Affaires étrangères, alors gouverneur de
1. Barinc (sir Francis), de la célèbre famille financière de Londres, né en 1740, mort en 1810.
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l'Inde. Tous ces différents fils de négociation aboutissent au cabinet de l'Empereur. Aucun de ses minisires n'est jusqu'à présent exclusivement chargé de les suivre. MM. de Champagny et Fouché se les disputent et voudraient chacun les attirer à soi lorsqu'ils présenteront plus de consistance.
L'Empereur a très récemment fait faire une démarche indirecte auprès du prince de Bénévent pour se rapprocher de lui, et on ne laisse pas que de tirer également de cette circonstance quelques inductions pacifiques. Cependant, des personnes qui ont beaucoup vu et causé avec l'Empereur avant son départ ne partagent pas celle espérance: j'avoue que je suis moimême de cet avis, et regarde tout ce qui se fait à cel égard comme des démonstrations dans le genre de celles qui se sont si souvent répétées. Pour arriver à la paix, il faut des sacrifices réciproques; et je crois l'Empereur aussi peu disposé à accorder des concessions réelles à l'Anglelerre qu'au Pape, vis-à-vis duquel la dernière démarche aulrichienne n'aboutira guère à un résultat satisfaisant, suivant l'opinion même de ceux par l'entremise desquels elle s'est faite.
M. de Metternich s'est montré fort inquiet des articles menaçants que les journaux ont publiés sur la Turquie. Quelque appât qu'on puisse présenter à sa cour, il connaît trop le danger d'être associé d'une manière active aux entreprises de Napoléon pour ne pas le craindre au dernier point. Je suis presque sûr que jusqu'à présent aucune proposition de ce genre ne lui
a été faite, et intimement convaincu qu'il fera tout ce qu'il pourra pour en prévenir les conséquences. Il sera encore tem})s de nous entendre avec l'Autriche sur les moyens de maintenir la paix du continent; elle y est toujours très disposée, et accueillera avec empressement toute ouverture que nous pourrions lui faire à cet effet. Mon cousin Henry', que j'ai consulté là-dessus, est parfaitement de cet avis, et aimerait beaucoup que Ton mît ce moment favorable à profit pour atteindre ce but et pour terminer surtout au plutôt notre guerre de Turquie, qui abîme nos armées, nos finances, et n'ofïVe d'avantage réel qu'à la France. Ce moment passé et l'empereur Napoléon devenant plus libre du côté de l'Espagne, il se pourrait bien qu'il ne fut plus possible d'amener cet accord, et que l'Autriche, obligée de céder à la force des circonstances, soit entièrement entraînée sous la dépendance de ce pays-ci.
L'apparition de la flotte anglaise dans la Baltique a causé beaucoup d'appréhensions au gouvernement français, par rapport aux intelligences qu'elle pourrait entretenir avec nous. On a fait partir hier le général Rapp pour Dantzig et M. de Clérembault pour Kœnisberg, afin de surveiller ses mouvements et les relations avec nos côtes.
Le général VVrède, envoyé par la cour de Suède pour complimenter l'Empereur sur son mariage, a tracé à M. de Champagny, dans la première conférence qu'il