‹ Lettres et papiers, 1760-1850, extraits de ses archives; (volume 3)Chapitre 10 sur 36 · Pichegru (Charles), général français · texte numérisé non relu

Pichegru (Charles), général français

2. Bylandt (Guillaume-Frédéric, comte de), 1771-1855. Générallieutenant au service de la Hollande.

3. Heeckeren (baron de), ambassadeur de Hollande en Russie pendant de longues années, père adoptif du fameux D'Anthès-Heeckeren qui tua en duel le célèbre poète russe Pouchkine.

gens distingués parmi lesquels je trouvai à former d'agréables liaisons.

Le Corps diplomatique était bien composé : M. de Semonville1, Ambassadeur de France, y dominait. 11 tenait bonne maison; on se réunissait souvent le soir chez Mme de Semonville, femme d'esprit, mère de ce Charles de Monlholon2 qui a suivi, en 1815, Bonaparte

1. Semonville (Chartes-Louis Huguet, marquis de), diplomate, né à Paris en 1754, mort dans la môme ville, en 1809. Nommé, en 1789, député suppléant du comté de Beauharnais aux états généraux, il n'eut pas l'occasion de siéger. Peu après, il fut chargé d'une mission en Belgique, puis Louis XVI lui confia l'ambassade de Gènes, vers le commencement de 1791. Peu de jours avant le 10 août 1792, il fut appelé à l'ambassade de Constantinople; mais la Porte ne voulut pas le recevoir. Nommé de nouveau ambassadeur à Constantinople en mai 1795, il fut arrêté avec Maret, en traversant au mois de juillet le pays des Grisons, et renfermé dans la forteresse de Kusstein, où il subit une détention de trente mois. Après le coup d'État du l<S brumaire, il obtint de Bonaparte l'ambassade de Hollande (déc. 1799) et réussit à maintenir l'alliance qui existait entre ce pays et ia République française, reçut un siège au Sénat en 1805 et fut nommé comte par Napoléon en 1808.

2. MoxTHor.os (Charles-Tristan, comte de), général français, né à Paris en 1785, mort en 1855. Admis dans la marine au début de la Révolution, il passa, en 1797, dans la cavalerie, fit la campagne d'Italie et de Hollande, et fut nommé capitaine en récompense du zèle qu'il prit à seconder les vues ambitieuses de Bonaparte lors du coup d'État du 18 Brumaire. A Eckhmiihl (1809). une brillante charge de cavalerie lui valut le grade d'adjudant commandant et le titre de baron. Puis à Wagram, où il reçut cinq blessures, Napoléon le nomma comte, chambellan, et lui donna une dotation. Au commencement de 1812, le comte de Monlholon alla à Wurtzbourg, en qualité de ministre plénipotentiaire, assista à la bataille de Waterloo et obtint l'autorisation d'accompagner l'Empereur déchu à Sainte-Hélène où il resta auprès de lui jusqu'à ses derniers moments. En 1821, il quitta l'île de Sainte-Hélène, après avoir été nommé un des quatre exécuteurs testamentaires de Napoléon.

à Sainte-Hélène, et qui alors était attaché à l'Ambassade de France. L'Angleterre était représentée par Sir Robert Liston, homme de mérite d'un caractère doux et conciliant, diplomate anglais de l'ancienne roche; l'Autriche par le Baron deFellz1, un Belge d'origine, homme d'esprit, père de Mmede Yilain XIV*, qui, de ses terres en Flandres, venait passer l'hiver à La Haye auprès de lui et contribuait beaucoup par son amabilité à l'agrément de notre coterie.

Avec de pareils éléments, rien ne nous manquait pour passer l'hiver agréablement. Au printemps (1805), un nouvel orage vint éclater sur la pauvre Hollande, et je dirai même sur l'Europe entière, puisque douze années de guerres et de calamités s'ensuivirent. C'était la rupture du traité d'Amiens. La Hollande était la première à s'en ressentir. Un corps d'armée, réuni sous le Maréchal Victor3 (plus tard Duc de Bellune), pour aller prendre possession de la Louisiane, dut renoncer à cette expédition et fut maintenu en Hollande, aux frais du pays. Son commerce maritime, seule source de sa

1. Feltz (Guillaume-Antoine-François, baron de), 1744-1820. D'origine belge, servit d'abord en Belgique dans l'administration, puis passa au service de l'Autriche, nommé conseiller aulique par François II et ministre plénipotentiaire du St-Empire en Hollande. Rentré dans sa patrie après 1814, devient curateur de l'université de Louvain puis président de l'académie de Bruxelles.

2. Vilain XIV (comtesse), femme du comte Philippe-Louis-Marie- Ghislain, homme politique belge, maire de Gand sous l'empire, 1778-

5. Victor (Claude-Victor Perrin dit), maréchal et pair de Fiance 1764-1841, nommé duc de Bellune.

ARCHIVES DU COMTE Cil. HK NESSELUOM.

richesse qui venait à peine de renaître, fut complètement anéanti; enfin le pays réduit à une extrême misère. Comme si cela ne suffisait pas, les exigences de Bonaparte ne connurent plus de bornes. Le Gouvernement Balave essaya de résister; il y joua son existence. Bonaparte le renversa et le remplaça par un Grand Pensionnaire aux mains duquel le pouvoir exécutif fut remis. 11 confia ces hautes fonctions à M. Schimmelpenninck1 qui, après la rupture, avait passé de l'Ambassade de Londres à celle de Paris. C'était un ancien avocat d'Amsterdam, qui avait joué un rôle marquant dans le parti patriote, homme d'esprit, d'un caractère doux et modéré, prenant à cœur les intérêts de sa malheureuse patrie, aussi son règne ne fut-il pas de longue durée.

C'est dans le courant de l'année 1804 que ce changement eut lieu. Au printemps de l'année suivante,

1. Scmmmelpenninck (Ilulger-Jean), dernier grand pensionnaire de Hollande, né en 1761, mort en 1825. Présida la municipalité d'Amsterdam (1795) et se lit remarquer parmi les membres de la Convention batave. Vint à Paris comme ambassadeur (1798), assista ensuite au congrès d'Amiens, et la paix générale conclue (1802), passa à l'ambassade de Londres. Napoléon, devenu empereur, imposa à la Hollande l'autorité d'un seul, sous l'ancien titre de grand pensionnaire, et voulut que cette haute magistrature lut remplie par Schimmelpenninck lui-même. Celui-ci, nommé en mars 1805, ne resta que quinze mois à la tète des affaires; il vit la Hollande érigée en royaume au profit de Louis Bonaparte, puis réunie à la France en 1819. Créé comte de l'Empire et appelé au Sénat, il quitta la retraite où il s'était tenu pendant le règne du roi Louis, pour assister aux séances de ce corps. A l'établissement du royaume des Pays-Bas en 1815, il fut membre de la première assemblée des états généraux. Louis XVI11 le nomma grand cordon de la Légion d'honneur.

40 ARCHIVES M COMTE Cil. DE NESSELRODE.

mon chef le Comte Stackelberg prit un congé pour aller à Pétersbourg se marier avec la Comtesse Ludolf. Le premier secrétaire de Légation, M. Maltitz, ayant été transféré quelque temps avant à Madrid, je fus accrédité comme chargé d'affaires. C'était la première fois que je volais de mes propres ailes. Je regardai cela comme une véritable bonne fortune et le considère encore comme tel aujourd'hui, à l'âge de soixante-dix-huit ans où j'écris cet aperçu. En effet, pour un jeune diplomate, rien de plus désirable que d'avoir une occasion de montrer ce qu'il sait faire. Ces occasions se présentent plus souvent aux Légations de second ordre qu'aux grandes Ambassades. Celle qui m'est tombée en partage m'a fait connaître au Ministère. Mes dépêches ont été accueillies à Pétersbourg avec plus d'indulgence qu'elles ne le méritaient peut-être. On trouva que j'étais employable; c'est tout ce que je demandais. Comme point d'observation, La Haye n'était pas dénuée d'intérêt. Dans les ports, on faisait de grands préparatifs pour la fameuse expédition d'Angleterre. Le corps d'armée français, destiné à être embarqué et réuni à l'armée batave, était concentré dans le camp de Zeist sous le commandement du Général Marmont1 et recevait journellement des renforts. Ces mouvements militaires ne tardèrent pas à acquérir pour nous une importance réelle. Dans le courant de 1805, une nouvelle coalition s'était formée entre la Russie, l'Autriche et l'Angleterre contre

1. Marmont (Auguste-Fréiléric-Louis Viesse de), duc de Raguse. Maréchal de France et membre de l'Institut, 1 774-185*2.

la France. La guerre éclata au mois d'octobre. Le corps de Marmont quitta la Hollande pour marcher sur le midi de l'Allemagne. Un corps russe sous les ordres du Comte Tolstoy1 occupa le Hanovre. La Légation batave fut rappelée de Saint-Pétersbourg; en conséquence, mes relations officielles durent également cesser, mais je reçus l'ordre de rester à La Haye aussi longtemps que la place serait tenable et de rendre compte de ce qui se passait au dos des armées françaises. La tâche était délicate et pas toujours facile à remplir. J'eus même un hiver souvent bien pénible à passer, lorsque parvinrent en Hollande les nouvelles de nos désastres à Ulm et à Austerlitz. Je ne trouvai de consolation que dans la part sincère que nos bons Hollandais prirent à nos malheurs. Ils étaient las du joug français et l'auraient probablement secoué si, au lieu de revers, la coalition avait eu des succès. Au lieu de cela, ces fiers Républicains eurent à subir une Royauté dont le nouvel Empereur des Français les gratifia au printemps de l'année 1806. La Russie ne la reconnut pas. Je reçus l'ordre de quitter la Hollande et de me rendre à Berlin pour y attendre une nouvelle destination. Je sortis de La Haye le jour même où le Roi Louis y fit son entrée.

1. Tolstoï (Pélr-Alexandrowitch, comte), 1769-1 844. Fit ses premières armes sous Souvarof, commanda en 1805 le corps de débarquement dans l'Allemagne du Nord ; commandant en chef de la milice de Moscou (1812) ; commandant de corps d'armée sous Bennigsen (1815), directeur des colonies militaires (1826) ; nommé en 1854 commandant de l'armée de réserve, battit les Polonais et les chassa de Lithuanie. Puis, jusqu'à sa mort président du département des affaires militaires au conseil de l'empire.

(Cette autobiographie est, jusqu'ici, de la main même du comte Charles de Nesselrode, la suite, dictée par lui, a été écrite par sa nièce, Mme Marie Kalergis, plus lard Mme Mouchanof, née comtesse de Nesselrode.)

Avant de me rendre à Berlin, j'allai voir mon père à Francfort, et passai une quinzaine de jours avec lui. Je prévoyais que les événements qui se préparaient amèneraient une longue séparation entre nous. Dans ce moment, un négociateur russe, le conseiller d'Etat d'Oubril ' avait été envoyé à Paris, pour traiter de la paix conjointement avec un négociateur anglais, lord Lauderdale*. Je quittai Francfort sous l'impression que le repos de l'Europe était assuré, sinon par une paix durable, du moins par une trêve plus ou moins prolongée. C'est sous cette impression que j'arrivai à Berlin. J'y trouvai, quant à la manière dont la Bussie élail représentée, une situation assez bizarre. Après les désastres d'Austerlitz et la paix de Presbourg, le baron de Hardenberg 3 avait quitté le ministère, que reprit de

1. OuisiuL (cT), diplomate russe. Père de M. d'Oubril qui l'ut pendant de longues années ambassadeur de Russie à Vienne et à Berlin, membre du conseil de l'empire.

2. Laideudale (James Maitland, comte de), 1752-185'J. Homme d'État et publiciste anglais. Garde du grand sceau d'Ecosse, reçut en 1806 la mission de traiter avec la France, mais les négociations turent interrompues et il revint en Angleterre. A écrit de nombreuses brochures sur les questions d'économie politique.

."). Hardenbehg (Charles-Auguste, prince de), célèbre homme d'État prussien, né en 1750, mort en 1822. Ministre du roi de Prusse (1781)

nouveau le comte Haugwilz, dévoué à la France, fauteur de la politique pusillanime et versatile que la Prusse avait suivie depuis la paix deBàle. M. d'AJopéus, notre ministre, avait déclaré qu'il ne traiterait pas avec lui, et, comme cette incartade avait été loin d'engager le roi à reprendre son ami Ilardenberg, que, d'un autre côté, l'Empereur Alexandre ne jugea pas convenable de rompre ses relations avec le cabinet de Berlin, le comte Stackelberg, qui revenait alors de Pétersbourg, fut chargé de traiter avec le comte de Haugwitz. Je fus placé auprès de lui. Il eut à s'occuper principalement d'une espèce de médiation entre la Prusse et le roi Gustave de Suède, qui, rallié à la coalition de 1805, occupait encore quelques territoires dans le nord de la Poméranie. Il s'agissait de l'en faire sortir, ce qui eut lieu, après de fastidieuses négociations. Pendant qu'elles se poursuivaient, M. d'Oubril nous arriva inopinément

fut chargé des négociations du traité de Bâle (1795) et remplaça, en 1804, le comte de Haugwitz comme premier ministre, mais il dut l'année suivante céder la place à son prédécesseur pour désarmer la colère de Napoléon, victorieux à Austerlitz (1805). Sacrifié ostensiblement, il n'en conservait pas moins la direction occulte de la politique prussienne, et il eut une grande part aux démonstrations belliqueuses de 1806. Après la défaite d'iéna, il releva le courage de Frédéric-Guillaume, redevint chef du cabinet, fut encore immolé à Napoléon, lors de la paix de Tilsilt (1807), mais reparut aux affaires en 1810, cette fois pour ne plus les quitter. La Prusse avait été écrasée par l'Empereur ; Ilardenberg travailla activement à la relever pour la revanche. Le 3 juin 1814, il fut créé prince. Au congrès de Vienne, et dans les négociations des deux traités de Paris en 1814 et en 1815, il se montra le plus passionné parmi les diplomates de la coalition: le partage de la France entre les yainqueurs pouvait seul le satisfaire.

de Paris, porteur d'un traité qu'il avait pris sur lui de signer. Il ne fut pas ratifié, et notre cabinet, prévoyant dès lors les conflits qu'amènerait cette mesure, me donna l'ordre de parcourir le midi de l'Allemagne, afin d'y recueillir des notions sur le nombre et la dislocation des troupes françaises, que Napoléon y maintenait encore sous divers prétextes, contrairement au traité de Presbourg. Je commençai par me rendre à Hof, où un de mes anciens amis, le général comte Tauentzien ', avait établi son quartier général.

De là, j'adressai régulièrement des rapports au ministère. Après un séjour d'une quinzaine de jours dans cette ville, je relournai par Prague, Toeplitz et Dresde à Berlin ; partout, je rencontrai d'anciennes connaissances qui, par d'utiles renseignements, me mirent à même de compléter mes rapports. A Berlin, je trouvai un grand changement; le comte Haugwitz, l'apôtre de la paix à tout prix, était devenu subitement le plus ardent partisan de la guerre. Voici le secret de cette métamorphose :

Dans les négociations directes qui suivirent la bataille d'Austerlitz, le comte Haugwitz avait obtenu de l'Empereur Napoléon la cession du Hanovre à la Prusse. D'autre part, dans celles de la France avec l'Angleterre, l'Empereur Napoléon avait assuré la rétrocession du Hanovre à l'Angleterre. Cette duplicité amena une rupture accueillie avec joie par tout le monde à Berlin,

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